La Région à la conquête de la volaille normande
Face au changement climatique, à la hausse de la consommation et au poids des importations, la Région mise sur le développement de nouveaux élevages avicoles pour diversifier les exploitations et renforcer la souveraineté alimentaire. Elle vise la création de 50 poulaillers par an dans les cinq prochaines années.
La filière avicole semble être la nouvelle coqueluche de la Région Normandie. Lors d'une table ronde organisée sur l'exploitation avicole de Marius Voeltzel, installé avec sa mère et son frère aux Thilliers-en-Vexin, dans l'Eure, les acteurs de l'amont et de l'aval de la filière ont présenté les atouts de développer un atelier volailles sur le territoire normand. "Pour s'adapter face au changement climatique, il faut se diversifier, introduit Hervé Morin, président de la Région. Dans trente ans, nous estimons qu'il y aura 50 jours de canicule par an en Normandie. L'Eure et l'Orne, qui sont les territoires les plus continentaux, seront les plus touchés. Par exemple, à Évreux, il fera plus de 50 °C entre cinq et huit jours par an. Il est essentiel pour les fermes qui ne produisent que des céréales de penser à se diversifier pour survivre."
Une production résiliente
La Normandie est une petite région avicole, elle représente 4 % de la production nationale de poulets de chair, ce qui en fait la 8e région française, loin derrière la Bretagne (31 %) ou les Pays de la Loire (26 %). "La production apporte un complément de revenu et est moins chronophage en termes de main-d'œuvre qu'un atelier lait, relate Laurence Sellos, productrice d'œufs en Seine-Maritime et présidente d'Avi'Normandie. Elle crée également une synergie avec les grandes cultures. Les fientes jouent un rôle agronomique en permettant de relever le taux de matière organique dans les sols, participant à la bonne santé du sol et à la possibilité de retenir l'eau." Associer volailles et réchauffement climatique peut surprendre quand on sait que la canicule a entraîné une surmortalité chez ces animaux cet été. Les acteurs de la filière ont insisté sur l'importance de moderniser certains bâtiments et de les adapter aux fortes chaleurs. "Lorsque l'on a des bâtiments bien construits, modernes, qui permettent un bon refroidissement l'été, doublé à un éleveur formé, qui sait piloter, l'atelier marche et est résilient", assure David Cassin, directeur communication et affaires publiques chez Sanders.
Une consommation exponentielle
La consommation de volailles augmente de 5 % par an dans l'Hexagone. "La production française n'arrive pas à suivre, un poulet consommé sur deux est importé, déplore Bruno Mousset, directeur général du pôle amont du groupe LDC. Aujourd'hui, on n'imagine presque plus pouvoir reconquérir la volaille importée. La demande de la consommation est telle que, si on arrivait à stabiliser l'import et suivre l'évolution de la consommation, ce serait déjà une réussite." Et pour arriver à cet objectif, il faut encourager les jeunes à se tourner vers cette production au plus tôt. "Je souhaite qu'on puisse proposer un certificat de spécialisation dans la filière avicole dès la rentrée prochaine. Nous réfléchissons aussi à développer des poulaillers dans un lycée de Haute-Normandie et un autre en Basse-Normandie pour susciter des vocations", insiste Hervé Morin.
L'acceptabilité sociétale des projets
La Région Normandie a pour objectif d'aider à la création de 50 poulaillers par an en Normandie dans les cinq prochaines années. Elle en a subventionné 66 en cinq ans. Encore faut-il que les porteurs de projets ne se heurtent pas à des obstacles. "C'est très compliqué aujourd'hui de monter un projet au niveau de l'acceptabilité sociétale. Nous faisons face à des associations, à des riverains qui s'opposent à la création de bâtiments avicoles dans leurs communes. Alors que l'œuf est la protéine la moins émettrice de gaz à effet de serre. Quand on a une lenteur administrative qui s'additionne à cela ça peut être décourageant. Il faut que les services de l'État nous aident à accélérer les dossiers", réclame le représentant de Sanders. La Région Normandie semble avoir reçu le message. "Il faut que l'on réduise le temps des procédures administratives, raccourcir à un mois les délais de réponses. Les cinq préfets normands ont pris l'engagement de lever les problématiques presque immédiatement dès qu'il y a un blocage de projets auprès d'une administration déconcentrée", termine le président Morin.
À l'horizon 2035, la Région s'est fixée comme objectif de développer la production de volailles de chair pour réduire les importations et répondre à la hausse de la demande, avec : la création de 6 300 tonnes équivalent-carcasse (Tec) par an pour un objectif national à 75 000 tec/an, soit 9 % de contribution.•