Aller au contenu principal

La Ferme France, le déclin d'un géant agricole

Le dernier rapport d'information du Sénat, publié le 28 janvier dernier, au nom de la Commission des affaires économiques visant à actualiser les chiffrages de 2018-2019 notamment de la compétitivité de la Ferme France, dresse un constat accablant sur la santé de l'agriculture française. Entre un solde commercial devenu déficitaire pour la première fois en près de 50 ans et une perte de compétitivité structurelle, le pays s'apprête à céder sa place de leader européen.

Projection à partir du taux moyen d'évolution de la production agricole observé entre 2019 et 2024
Projection à partir du taux moyen d'évolution de la production agricole observé entre 2019 et 2024
© Tiré du rapport d'information au nom de la commission des affaires économiques du Sénat

L'année 2025 restera gravée comme celle d'une rupture majeure pour l'économie nationale. Pour la première fois depuis 1978, la balance commerciale agricole et agroalimentaire de la France a basculé dans le rouge. Entre décembre 2024 et novembre 2025, le déficit s'est établi à 515 millions d'euros (M€). Ce choc ne provient pas d'un effondrement des exportations, qui ont progressé de 1,7 %, mais d'une explosion incontrôlée des importations de l'ordre de 7,7 %. Ce phénomène touche des secteurs vitaux tels que les fruits, les produits laitiers, la viande de volaille et les boissons, dont les soldes commerciaux connaissent tous une dégradation préoccupante.

La fin annoncée de la domination européenne

Le déclassement de la Ferme France n'est plus une simple crainte, mais une projection statistique selon le sénateur Laurent Duplomb. Si le rythme actuel de croissance de la production se maintient, l'Espagne détrônera la France dès 2029 pour devenir la première puissance agricole de l'Union européenne. Cette érosion devrait se poursuivre de manière spectaculaire : l'Italie et la Pologne pourraient dépasser l'Hexagone en 2033, suivies par l'Allemagne en 2036. En l'espace de dix ans, la France passerait ainsi du premier au cinquième rang des producteurs européens, devenant ce que le rapport qualifie d'« agriculture malade de l'Europe ».

Le poids écrasant des normes et de la perte de compétitivité

Le rapport identifie la perte de compétitivité comme le « nerf de la guerre » de cette crise. Environ deux tiers des parts de marché perdues par la France sont directement imputables à ce manque de compétitivité. Un facteur clé est le poids disproportionné des normes nationales : le Premier ministre François Bayrou avait souligné que celles-ci représentent l'équivalent de 4 % du PIB français, un chiffre colossal comparé aux 0,17 % de l'Allemagne ou aux 0,8 % de l'Italie. Ce carcan administratif, couplé à une stratégie de « montée en gamme » qui a parfois déconnecté l'offre des capacités budgétaires des ménages français, a laissé le champ libre aux produits importés.

Un appel à une vision politique claire

Face à cette « chronique d'une chute annoncée », le Sénat réclame d'urgence la définition d'un cap politique stable pour remplacer la gestion par à-coups pratiquée depuis 2017. Le rapporteur Laurent Duplomb insiste sur la nécessité de reconquérir le marché national, notamment pour la filière volaille qui manque cruellement d'infrastructures de production malgré une demande intérieure forte. En parallèle, la France doit adopter une position plus ferme lors des négociations commerciales internationales, comme pour l'accord avec le Mercosur, afin de protéger ses éleveurs contre une concurrence jugée déloyale et d'imposer des contrôles plus stricts aux importations.•

D'après le rapport d'information de la Commission des affaires économiques du Sénat (janvier 2026).

Balance agroalimentaire : Agreste confirme la dégringolade

Dans une note publiée le 12 février, le service statistique du ministère de l'Agriculture confirme la chute vertigineuse de l'excédent de la balance commerciale au cours des trois dernières années. En effet, celui-ci a chuté de 4,8 milliards d'euros en seulement un an et même perdu dix milliards d'euros en trois ans. L'excédent agroalimentaire n'atteint plus que 181 millions d'euros pour toute l'année 2025. Les exportations en légèrement augmentation de + 1 % (83, 956 Md€ en 2025 vs 82 334 Md€ en 2024) ne parviennent pas à compenser la hausse importante des importations (+ 8,36 %) qui ont atteint 83 775 Md€ l'an dernier (sur douze mois). Les statisticiens notent que la balance des produits agricoles bruts est déficitaire (- 373 millions d'euros) pour la première fois depuis 2017 et que l'excédent des produits agricoles transformés (+ 554 M€) a atteint son plus bas niveau depuis " au moins la fin des années 1990 ". De nombreux observateurs ont souligné que cette chute est en grande partie consécutive à un problème franco-français, en particulier à l'abandon de production de produits d'entrée et de moyenne gamme, elle-même contributaire des surtranspositions qui ont renchéri les coûts de revient des produits, les rendant moins compétitifs.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Union agricole

Les plus lus

Elody et Sébastien Marc, de l’exploitation bio « Les Jardins de Marcelle », présentent leur production de légumes, plants et graines sur leur stand au Sia 2026.
Sia : nos producteurs seinomarins régalent les papilles

Dans le Hall 7.2 les régions ont attiré des centaines de visiteurs dès ce premier week-end du salon. Et sur le pavillon…

ComLin (Agylin, Coopérative du Neubourg et Terre de Lin) classe près de 5 000 lots par an. Ce classement permet de segmenter la production selon 6 critères : nature, couleur, force, finesse, homogénéité et longueur. Ici un échantillon de lin d'hiver à qui les experts ont donné une excellente note.
AG Terre de Lin : « la véritable force est avant tout humaine »

Un volume de paille record pour la récolte 2024 et une récolte 2025 plutôt légère.

La Seine-Maritime accompagne ses producteurs au Sia

La Seine-Maritime sera présente au Salon international de l'agriculture (Sia) qui se tient à Paris du 21 février au 1er…

Veau malade.
FCO-3 : une vague de naissances de veaux “débiles” dans les élevages cet hiver

La fièvre catarrhale ovine (FCO) sérotype-3 est passée à l’été et l’automne 2025 dans les élevages bovins et ovins seinomarins…

Loïc Charron a choisi l'Eure pour être au cœur du tissu économique du lin.
Une usine flambant neuve pour s'implanter au cœur du tissu économique du lin

Après le négoce, Norlin, société nordiste, a choisi de réindustrialiser le teillage de la fibre courte en Normandie.

L'année dernière, le club NCRC a animé les 120 m2 de circuits radiocommandés. Les pilotes feront revivre la zone avec des camions, des pelleteuses et des tracteurs à l'échelle 1/14e et 1/16e.
Du plus petit au plus grand : miniatures agricoles à Yerville

Après avoir frôlé les 5 000 visiteurs l'an passé, l'événement "L'agriculture, une passion même en miniature" revient ce…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 300 €/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site L'Union agricole
Consultez le journal L'Union agricole au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters du journal L'Union agricole