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La décarbonation passera par le mix énergétique

La FNSEA a organisé le 7 novembre sur le Sima une table-ronde sur le thème du machinisme agricole face aux enjeux de la décarbonation. Il ressort des débats que parvenir au zéro émission nette à l’horizon 2050 nécessitera de multiplier les solutions.

Table ronde sur la décarbonation lors du Sima 2022
Table-ronde sur le machinisme et la décarbonation lors du Sima 2022.
© ActuAgri

« L’agriculture a commencé sa mutation bien avant 2022 et on n’a pas attendu pour inscrire nos exploitations dans la trajectoire de la décarbonation », a indiqué d’emblée Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA, citant l’exemple des biocarburants mais aussi la méthanisation et les puits de carbone que constituent les cultures et les prairies. « Un champ de maïs capte deux fois plus de carbone que la même surface en forêt », a d’ailleurs soutenu Isabelle Patrier, directrice générale France de TotalEnergies. Mais chacun des débatteurs est conscient qu’il reste encore des efforts à fournir. Ainsi d’autres moyens peuvent être employés pour réduire le CO2 et les gaz à effet de serre, notamment par les constructeurs qui ont déjà « réduit la trajectoire carbone de - 43 % en dix ans », a pour sa part assuré Philippe Girard, directeur général de JCB France. 

Très compétitif

« Les biocarburants sont un élément du mix énergétique et certainement pas l’alpha et l’oméga de la décarbonation », a expliqué Arnaud Rousseau, premier vice-président de la FNSEA qui a assuré que le carburant 100 % vert existe déjà dans des flottes de bus de ramassage scolaire et des bennes d’ordures ménagères pour remplacer le carburant fossile. TotalEnergies commercialise aussi du HVO (huiles végétales hydrotraitées, issues de composés non oxygénés), dans des flottes captives. S’il est très compétitif a confirmé Martin von Hoyningen-Huene, président de Class tracteur, sa disponibilité en matière première reste assez limitée, tempère Xavier Hamel, responsable produit de Kubota. « Il faut toutefois veiller à l’équilibre entre le Food et le Fuel », a averti Arnaud Rousseau. D’une manière ou d’une autre, malgré les annonces gouvernementales et européennes, le moteur thermique « n’est pas encore mort, car ce n’est pas le moteur thermique qui pollue mais bien le carburant qui y est incorporé », a précisé Philippe Girard.

Bonnes énergies et bons usages

Décarboner l’agriculture dans son acte de consommation c’est bien. Mais transformer l’agriculteur en producteur d’énergies vertes, c’est mieux. Ainsi la décarbonation peut-elle passer par la méthanisation à partir de laquelle on peut produire du gaz et de l’électricité. Il existe environ 1 000 méthaniseurs en fonctionnement en France : 500 sont destinés au gaz et les 500 autres à la production d’électricité. « Sur mon exploitation, je n’ai pas de jour de dépassement. J’ai plutôt créé un jour de rattrapage qui commence pour moi le 30 avril », a indiqué Mauritz Quaak, agriculteur en Seine-et-Marne et co-président de France Gaz Renouvelables. Grâce à ses méthaniseurs, il produit trois fois plus d’énergie qu’il n’en consomme sur son exploitation. Il leur faudra cependant s’adapter aux nombreux systèmes agricoles et à la diversité des territoires, en fonction des usages de chacun. « Trouver les bonnes énergies pour les bons usages », a résumé Isabelle Patrier. Pour Philippe Girard, l’électrique est tout à fait adapté à des usages réduits (trois à quatre heures d’utilisation par jour) même si les batteries coûtent cher et que l’autonomie reste un vrai sujet. L’injection d’hydrogène (« qui dégage trois fois plus de puissance que le fuel ») dans des moteurs à combustion interne peut être une solution alternative. En plus le “rétrofit”, c’est-à-dire, l’adaptation des modèles anciens aux nouvelles technologies est possible. JCB France qui a déjà développé cette technologie sur des moteurs à poste fixe attend l’homologation pour la faire passer sur des machines roulantes. 

Massification

Se posera ensuite la question de l’approvisionnement de l’hydrogène sur les exploitations. La mise en place d’une banque d’énergie (Power Bank) de 100 kg d’hydrogène à une pression de 750 bars reste délicate. Il faudra aussi former les agriculteurs et leurs salariés à l’utilisation de ces matériels. « Mais un premier temps, il faudra surtout produire de l’hydrogène à partir d’énergies vertes, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui », a rappelé Isabelle Patrie. « Pour décarboner, il n’existe pas de solution unique et il existera plusieurs énergies sur les fermes », a résumé Xavier Hamel. Venus conclure les débats, le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau, et Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, ont répété que les agriculteurs étaient attendus sur ce sujet mais qu’ils se refusaient à toute décroissance économique. « Décarboner, c’est aussi travailler sur les fertilisants minéraux et organiques », a dit le ministre. « L’enjeu est aussi que les innovations techniques arrivent rapidement dans les cours de ferme et qu’elles soient massifiées », a pour sa part conclu Christiane Lambert. •

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