Jeunes agriculteurs : un livre blanc et une demande d'impôt sécheresse
Les Jeunes agriculteurs (JA) ont organisé le 31 août dans leur local parisien leur rentrée syndicale. Ils ont mis à profit leur été pour peaufiner un livre blanc et plancher sur les réponses à apporter à long terme au dérèglement climatique. Parmi leurs propositions : la mise en place d'un impôt sécheresse couvrant tous les secteurs.
Au moment même où le gouvernement se réunissait autour de Sébastien Lecornu en grand séminaire au siège du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) dans l'Hôtel des Invalides pour préparer une rentrée qui s'annonce tendue, les Jeunes agriculteurs tenaient leur conférence de presse. Le président du syndicat jeunes, Jocelyn Dubost, et son secrétaire général, Loïc Scalabrino, ont présenté le fruit de leurs réflexions estivales qui tiennent dans un livre blanc d'une trentaine de pages* et d'autant de propositions. Objectif : appliquer un plan d'action à court, moyen et long terme pour adapter les exploitations au changement climatique.
« Dans le rouge »
L'une des premières demandes des JA consiste à la mise en place d'une « contribution générale sur l'impôt pour faire face aux effets de la canicule pour indemniser les pertes mais aussi aider et accompagner les investissements structurants comme l'adaptation des bâtiments d'élevage, a indiqué Jocelyn Dubost. Dans un premier temps ciblée sur l'agriculture, cette contribution pourrait être généralisée pour les professionnels de tous secteurs d'activité et pour les particuliers, victimes d'intempéries, a précisé Loïc Scalabrino. Le syndicat agricole a en outre réclamé le déplafonnement de la dotation pour épargne de précaution (DEP)**, le gel des fermages, le dégrèvement total de la taxe sur le foncier non bâti (TFNB) ainsi que la suspension des contrôles Pac et le versement anticipé des aides de Bruxelles, le plus tôt possible pour regonfler les trésoreries », a dit Jocelyn Dubost.
Les Jeunes agriculteurs savent que les premières années d'installation sont en général déterminantes pour la poursuite de l'activité. Sur les 30 000 à 35 000 exploitations en difficulté, « de nombreux jeunes agriculteurs sont actuellement dans le rouge », ont concédé les dirigeants syndicaux.
« Trouver une solution »
Les JA ne perdent pas de vue les grandes séquences politiques qui vont se rejoindre au printemps 2027 : l'élection présidentielle en mai, les législatives en juin et la fin des négociations de la Pac aussi en juin. Sur le premier point, le syndicat jeunes s'appuiera sur son livre blanc pour diffuser le message aux candidats. « À ce jour, aucun ne porte un programme agricole clair », a tranché Jocelyn Dubost qui a averti les politiques : « Le temps de l'examen du projet de loi de finances 2027 ne doit pas être celui de la pré-campagne ». Autrement dit, les JA attendent du « concret, des actions rapides. On ne veut plus d'annonces mirobolantes », a insisté Loïc Scalarbino. Sur le second point, le syndicat dénonce, à mots à peine voilés, l'incohérence des intentions de la Commission européenne (Souveraineté...) et leur traduction dans les faits sur la Pac, avec un budget de la Pac en recul de - 13 %. Toujours arc-bouté sur une sanctuarisation de 10 % du budget de la Pac pour renouveler les générations, Jocelyn Dubost enjoint les États membres à « trouver une solution », alors même que certains pays (Allemagne, Suède, Autriche, Finlande et Danemark) partagent une position commune de stricte rigueur budgétaire. Les deux dirigeants sont conscients que les semaines et mois qui viennent seront décisifs pour l'agriculture française et européenne. Ils jugeront sur pièce les annonces du plan de sauvegarde et de relance promis par le gouvernement. « Si ce plan ne répond pas aux ambitions affichées, on va droit à la catastrophe. Beaucoup d'agriculteurs n'ont plus rien à perdre car beaucoup ont déjà quasiment tout perdu », a lâché le secrétaire général. Une rencontre entre le Premier ministre Sébastien Lecornu et une délégation des JA est prévue à Matignon le 14 septembre.•
* À retrouver sur le site Internet de Jeunes agriculteurs : www.jeunes-agriculteurs.fr/
** Relèvement à 80 000 euros et jusqu'à 100 % d'exonération fiscale lorsqu'elle est réintégrée après un évènement climatique