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JA 76 et FNSEA 76 disent non aux accords du Mercosur

JA 76 et la FNSEA 76 ont mené lundi soir au Havre une action de grande envergure pour protester contre la signature des accords du Mercosur, dénonçant leur impact potentiel sur l'agriculture française. Malgré une météo exécrable, les agriculteurs se sont rassemblés en nombre. 

Quoi de mieux qu'un port maritime, tel que celui du Havre, pour s'opposer aux importations déloyales. C'est donc en s'appuyant sur ce symbole fort que les réseaux JA 76 et FNSEA 76 ont donné rendez-vous à leurs adhérents, lundi 18 novembre en début de soirée. Ils ont été près de 150 à se rassembler sur le port, et plus précisément à l'écluse François Ier, fondateur du Havre rappelons-le. Les manifestants, et la vingtaine de tracteurs, se sont installés sur l'écluse, bloquant ainsi la circulation des marchandises et l'entrée sur le sol européen, de denrées aux standards de production loin de ceux imposés aux producteurs européens. " On ne peut pas demander aux producteurs français des règles et des contraintes de production toujours plus strictes, certes dans l'intérêt des consommateurs et dans le même temps, laisser rentrer tout et n'importe quoi en Europe, On lèse les producteurs et on trompe les consommateurs ", fustige Bruno Ledru, président de la FNSEA 76, devant les manifestants et une presse, particulièrement présente sur cette action. 

Échange avec Édouard Philippe

Le moment clé de la soirée a été l'échange avec Édouard Philippe. L'ancien Premier ministre, et déjà candidat aux prochaines élections présidentielles, qui se trouvait en réunion du conseil municipal, a mis un peu de temps à arriver pour discuter avec les manifestants. Un délai qui n'est pas passé inaperçu parmi les agriculteurs, certains ironisant qu'ils auraient été contraints d'aller le chercher eux-mêmes s'il ne s'était pas montré. Finalement, Édouard Philippe a pris le temps d'écouter leurs inquiétudes, notamment concernant les impacts de l'accord du Mercosur sur l'agriculture française. Cet échange a permis de porter leurs revendications directement à une figure politique influente, renforçant ainsi leur message. Vers 22 heures, le cortège s'est dirigé vers la sous-préfecture et le centre des impôts devant lesquels les manifestants ont également exprimé leur exaspération et dénoncé la pression économique et administrative qui pèse sur leur secteur. Sur le parvis de l'Hôtel de Ville, les drapeaux officiels et notamment celui de l'Europe ont été abaissés voire remplacés par ceux des Jeunes agriculteurs et de la FNSEA, dans un geste symbolique affirmant leur revendication. 

Partis pour revenir plus tard 

Après plusieurs heures sous la pluie battante et dans des conditions difficiles, les participants sont rentrés au chaud, après avoir marqué les esprits par leur détermination. Justin Lemaitre, secrétaire général de Jeunes agriculteurs 76, a salué la mobilisation exemplaire du réseau. " Encore une fois, le réseau était mobilisé et a parfaitement respecté les consignes données. Un grand merci à tous nos adhérents pour leur engagement, malgré une météo difficile, mais également aux Français qui nous soutiennent fidèlement. C'est grâce à eux que ces actions prennent de l'ampleur et ont du poids ". Avant de se quitter, les responsables syndicaux ont appelé leurs adhérents à rester mobilisés. D'autres actions sont donc à prévoir.•


Le Mercosur : une menace pour l'agriculture française

Le Mercosur est une alliance économique regroupant cinq pays d'Amérique du Sud : Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et Bolivie. L'accord commercial controversé a été signé en 2019 et pourrait être finalisé avant la fin de l'année 2024. Il vise, comme tout accord commercial, à faciliter les échanges en réduisant les droits de douane. Cet accord soulève de vives inquiétudes, notamment chez les agriculteurs européens. Ils dénoncent une concurrence déloyale due à des normes environnementales et sanitaires bien moins strictes dans les pays du Mercosur. Les filières viande bovine, avicole et porcine, mais aussi le sucre, l'éthanol, le miel et le riz seraient particulièrement menacés par des importations aux droits de douane réduits. De son côté, l'UE obtiendrait des contingents et des mesures de libéralisation des échanges pour les produits tels que les fromages, le lait écrémé en poudre et infantile, la viticulture et une libéralisation pour les spiritueux et quelques autres produits. La FNSEA alerte sur la probable hausse des importations de produits agricoles sud-américains, susceptibles de ne pas respecter les hauts standards de qualité européens, et demande donc de véritables clauses miroirs, contrôlées, et des clauses de sauvegarde réellement applicables. Pour contribuer à lever les réticences de certains “grands pays” européens, la Commission réfléchirait à un fonds de compensation pour les agriculteurs européens, inacceptable pour la FNSEA. De plus, la séparation de l'accord en deux parties, avec une partie commerciale ratifiée uniquement au niveau européen sans discussion dans les États Membres, est à proscrire. La FNSEA et les associations spécialisées demandent donc un arrêt des négociations. La mobilisation de lundi au Havre illustre la détermination des agriculteurs à défendre leur profession et à sensibiliser les décideurs politiques, comme Édouard Philippe, et l'opinion publique aux dangers du Mercosur.

Simon Huet

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