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Itinéraire maritime d'un grain de blé.

Un épi de blé sur deux, produit en France, quittera l'Hexagone. Certains feront un long périple maritime, démarrant à Rouen et affrontant les risques inhérents à la mer.

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Le blé français traverse les mers à bord de navires modernes et peu polluants, à destination du Maghreb ou d'ailleurs.
© Louis Dreyfus Armateurs.


1694. Au large de l'île néerlandaise Texel, Jean Bart et son escadre remportent une victoire qui restera dans l'histoire de France. Enjeu de la bataille ? Reprendre aux Hollandais quelque 170 navires remplis de blé à destination de la France, menacée de famine par une mauvaise récolte et une spéculation sur le prix du blé. La victoire remplit les greniers et fait chuter les prix du blé de 90 %.
En 2019, la France exporte la moitié de sa production de blé tendre, soit 35 à 40 millions de tonnes par campagne.
« Son agriculture est tournée vers le grand large », commentait Jean-François Isambert, en ouverture d'un récit sur l'itinéraire d'un grain de blé*. Cultivé dans les terres fertiles du grand bassin parisien (mais pas uniquement), le blé tendre est le garant de la souveraineté alimentaire de la France. Mais également un vecteur de stabilité dans le monde. Les atouts du blé français ne sont pas minces : « des agriculteurs compétents, un climat stable, une expertise unique », énumérait Jean-François Loiseau, agriculteur et président de la coopérative Axéréal, déplorant « un pays qui se cherche ».
A Rouen, le chargement des navires est assuré par Sénalia. L'entreprise de logistique transporte 3,5 à 5 millions de tonnes chaque campagne. Capable de réceptionner 1 000 camions par jour, cette union de coopératives remplit des bateaux au rythme de 3 000 tonnes par heure.
« Nous sommes l'arme du train des céréales, commentait Gilles Kindelberger, directeur général de Sénalia. Au-delà du transport, l'opérateur sélectionne et assemble le blé, assurant une qualité constante. C'est le drapeau français que nous exportons ».
Les céréales voyagent à bord de navires modernes et peu polluants. Dernier armateur français dans le domaine du vrac, Louis Dreyfus armateurs convoie chaque année quelque 15 millions de tonnes de céréales, correspondant à 1 100 voyages maritimes partant de 19 ports français.
« Nous sommes meilleurs que nos concurrents et voilà pourquoi nous sommes encore en vie », résumait Sébatien Floc'h, directeur général adjoint de Louis Dreyfus Armateurs.

Sous surveillance
En mer, les navires de commerce sont sous la surveillance permanente de la Marine nationale. « Nous savons tout ce qui se passe », commente Thierry Duchesne, commissaire général de la préfecture maritime Méditerranée. Sémaphores et satellites assurent le suivi des navires le long du littoral. « Pour le marin, tout repose sur la prévention. Lorsqu'un incident survient, c'est souvent trop tard. » Dans les eaux internationales, lorsqu'un navire entre dans une zone maritime dangereuse - par exemple au large de la Libye ou au sud de Chypre - il rentre volontairement dans un dispositif de suivi. « Nous lui portons assistance si la tension monte. » Disposant de près de 120 bâtiments de combats et de soutien, la Marine nationale assure la liberté des mers et l'indépendance alimentaire de la France.
« Les marins et les agriculteurs ont un point commun : ils sont aux deux extrémités d'une même chaine et sont obligés de composer avec des contraintes fortes », résume Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster maritime français. « Vous tracez un sillon, nous traçons un sillage. »

*Propos recueillis à l'occasion d'une table-ronde « Mer et agriculture, itinéraire d'un grain de blé » organisée par le club Demeter et le Centre d'étude stratégique de la Marine, le 27 février 2019 à Paris.

Une compétition internationale féroce
Jean-François Lepy, directeur général de Soufflet Négoce, a rappelé la compétition féroce qui caractérise le marché international des céréales : 600 millions de tonnes sont échangées chaque année. Huit pays réalisent plus de 90 % des origines et 40 % du blé échangé dans le monde vient de la mer Noire. Six multinationales totalisent 80 % des échanges, dont les célèbres ABCD (Archer, Bunge, Cargill, Dreyfus), récemment rejoints par le chinois Cofco. « Quand nous vendons à l'Algérie, c'est uniquement parce que nous sommes les moins chers », précise Jean-François Lepy. La France est devenue une variable d'ajustement  - « à ce rythme-là, dans dix ans, la baguette est faite avec du blé russe. »

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