Aller au contenu principal

Industrie : un premier fil de lin est sorti d'une filature normande

Voilà plus de 20 ans que le lin n'est plus filé en France. Avec sa French Filature, dans l'Eure, NatUp Fibres relance ce savoir-faire. Les réglages des machines sont encore en cours, mais 250 tonnes de fil devraient en sortir chaque année.

Dans le vacarme de la machine qui le confectionne, il sort enfin : très fin, long, blanc, « d'une qualité supérieure », assure ses naisseurs. Après 20 années de savoir-faire exporté à l'étranger, un premier fil de lin est enfin fabriqué à Saint-Martin-du-Tilleul dans l'Eure, dans la French Filature de NatUp Fibres. Un premier test avant sa mise en route effective à la fin du printemps, mais un sacré symbole. Serge Nowaczyk, le responsable du site, en est encore tout ému. L'ancien filateur n'a pas exercé depuis la fermeture de son entreprise, Le Blan, à Lille (59), en 1997. Mais il y a des gestes que l'on n'oublie pas. « Ma mémoire revient. Les machines à filer ont finalement peu évolué, donc je peux former le personnel. Cependant, la relance d'une filature reste un vrai défi », assure-t-il. NatUp s'est mis en tête de relever ce défi il y a trois ans, au sein de son site normand. « J'ai rejoint l'entreprise en 2017. Quand la coopérative a émis l'envie de relancer une filature, j'étais évidemment partie prenante. C'est un vrai retour aux sources », se réjouit Serge Nowaczyk. Le projet est né de la volonté de boucler la boucle. « Nous voulons proposer la maîtrise du lin de la culture de la graine jusqu'au produit fini, pour nourrir l'écosystème et satisfaire un nouveau segment du marché, celui de l'habillement et du linge de maison 100 % français », annonce Karim Behlouli, directeur général de NatUp Fibres. L'idée a pu se concrétiser grâce à l'activité de peignage et de préparation de ruban qui y existait déjà. « C'est notre métier premier. Nous avons un outil industriel performant, qui tourne grâce à 29 salariés compétents, ce qui nous permet d'être compétitif vis-à-vis de nos concurrents chinois. » 4,4 millions d'euros (co-financés par NatUp, l'État et la Région Normandie), ont été mobilisés pour l'acquisition de plusieurs machines de filature et la formation des salariés opérant déjà sur place. Vingt-cinq nouvelles personnes devraient être embauchées pour compléter l'équipe. Un objectif de 250 tonnes de fil chaque année est fixé, soit « l'équivalent de 1,25 million de chemises, 750 000 pantalons de yoga ou encore 300 000 draps de lit ».

Des étapes clés

Pour satisfaire la demande d'un fil 100 % français - cultivé, teillé, peigné et filé en France - la seule relocalisation ne suffit cependant pas. « Les clients qui se lancent dans cette démarche cherchent une qualité irréprochable », assure Jean-Charles Deschamps, président de NatUp. Le peignage et la préparation de ruban, tout d'abord, sont des étapes clés. « Le peignage est effectué à l'aide de peignes de plus en plus fins. Les derniers petits morceaux de paille sont éliminés, et les fibres les unes des autres », explique Serge Nowaczyk. Les fibres sont ensuite rassemblées pour former un ruban, plus ou moins étiré pour renforcer sa solidité. La préparation, elle, consiste à mélanger plusieurs rubans peignés de différentes régions et différentes années pour créer la mèche la plus homogène possible. Ces rubans prennent la route du Nord, direction le teinturier Decoster-Caulier, à La Gorgue, près de Lille (59), où ils subiront un blanchiment. « Il donnera lieu au retrait du ciment pectique de la fibre, qui permettra d'obtenir un fil très fin. » Très peu d'entreprises spécialisées du genre existent encore en France. « C'est pourquoi nous les expédions en Hauts-de-France. » Retour ensuite à Saint-Martin-du-Tilleul.

Procédé au mouillé pour un fil fin

À la French Filature, le procédé utilisé est celui "au mouillé". La mèche de lin va être trempée dans de l'eau aux alentours de 70 °C, afin de la rendre souple. « C'est la technique qui permet d'obtenir un fil d'une grande finesse, à partir de longues fibres de lin peignées. Ce fil est particulièrement adapté à l'habillement et au linge de maison. Il peut se tisser et se tricoter, contrairement au fil de lin "au sec", plus épais, utilisé essentiellement pour l'ameublement », note Karim Behlouli. Chaque bobine sera analysée au laboratoire, lui aussi flambant neuf. « Nous devons pouvoir certifier la qualité de notre fil. » Quant à la qualité du lin lui-même ? Pour le démarrage de l'activité, Serge Nowaczyk a pris soin de faire des stocks de la récolte 2019-2020, qui s'est avérée très satisfaisante. Mais il n'est pas inquiet pour la suite, bien que les deux précédentes campagnes aient été plus complexes. « Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise qualité du lin. Il y a la qualité qui correspond à notre technologie. Et vu les terroirs de production dont nous disposons en France, nous parviendrons toujours à trouver la matière dont nous avons besoin. »

Collaboration

Et parce que NatUp ne renie pas son ADN coopératif, le projet est aussi doté d'une plateforme collaborative. « Elle sera un lieu d'échange sur les travaux d'innovation, de communication et de marketing afin d'apporter ensemble les réponses aux questions qui se posent autour de la création de valeur », termine Karim Behlouli. Cette activité de niche, dans une autre niche qu'est la filière du lin textile, fait déjà grand bruit.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Union agricole

Les plus lus

Livraison d'engrais dans une exploitation.
Plan engrais : une aide possible dès le 1er août 

La mobilisation de la FNSEA et de son réseau, à Bruxelles et à Strasbourg, pour obtenir une aide face à l'envolée du prix des…

Victor et sa mère Élisabeth Leforestier, sont prêts à accueillir les gourmands de myrtilles durant tout l'été. N'oubliez pas d'amener vos seaux !
Myrtilles de pleine terre : une diversification originale dans le pays de Caux

La cueillette de myrtilles de pleine terre est ouverte sur la ferme de la famille Leforestier à Sainte-Colombe.

L'ouverture générale de la chasse est fixée au dimanche 20 septembre, à 8 heures. 
Saison de chasse 2026-2027 : les dates sont connues

L'arrêté fixant les dates d'ouverture et de clôture de la chasse en Seine-Maritime pour la campagne 2026-2027 a été publié le…

Sénat.
Projet de loi d’urgence agricole : députés et sénateurs s'accordent en CMP sur un texte de compromis

Fumée blanche au Palais du Luxembourg. Les sept députés et sept sénateurs, réunis le 16 juillet en commission mixte paritaire…

Les jeunes sont-ils motivés pour s'installer en agriculture ?

La réponse avec Valérie, éleveuse de Montbéliarde en Isère.Vidéo réalisée en partenariat avec Sanders. Collaboration…

Un quart des accidents avec un engin agricole concerne les moins de 25 ans.
Accidents d'engins agricoles : les jeunes conducteurs en première ligne

Chaque année, de jeunes conducteurs de tracteurs et de machines agricoles sont impliqués dans un accident de la route. À…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 300 €/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site L'Union agricole
Consultez le journal L'Union agricole au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters du journal L'Union agricole