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Guerre au Moyen-Orient : quels impacts pour l'agriculture ?

Lors de la dernière session de la Chambre d'agriculture départementale le 13 mars à Bois-Guillaume, Florian Fougy, responsable du service économie, veille et prospective à la Chambre régionale d'agriculture, a présenté aux élus son éclairage sur les impacts de la guerre au Moyen-Orient pour l'agriculture.

Invité par la présidente Laurence Sellos, Florian Fougy responsable du service économie, veille et prospective à la Chambre régionale d'agriculture, a commencé par expliquer que ce conflit est différent de celui entre l'Ukraine et la Russie car il se passe dans une zone où la production agricole est modeste.

« La problématique concerne les conséquences du blocage du détroit d'Ormuz, absolument stratégique pour les intrants et les produits agricoles. Le fait que ce détroit soit bloqué a des enjeux importants car des milliers de navires y sont stoppés ».

30 % des flux mondiaux de l'urée passent par Ormuz

Le premier enjeu concerne l'énergie : 30 % du pétrole mondial transite par le détroit d'Ormuz. Cela représente 13 millions de barils par jour. « La fermeture du détroit, en plus d'une contraction de la navigation autour du canal de Suez, conduit à une hausse importante du baril » (lire encadré). Et la hausse des prix de l'énergie se traduit mécaniquement par une hausse du prix des engrais : « l'Iran ne produit pas d'engrais. Mais nos engrais viennent d'Égypte, avec du gaz iranien ! Le détroit d'Ormuz, c'est 30 % des flux mondiaux d'urée, 30 % des flux d'ammoniac ».

Un autre enjeu est celui du fret maritime qui vient aggraver une situation déjà bien compliquée. « Il y a plusieurs choses autour du fret maritime et, entre autres, le coût des assurances qui a triplé. Il y a un détournement des navires pour éviter les zones compliquées, et cela se traduit par une tension sur l'offre et la demande, sur la disponibilité des produits. Pour revenir aux engrais, si le conflit venait à durer, on peut craindre des tensions sur la disponibilité ».

Une situation qui peut très vite changer

Concernant le commerce international de produits agricoles et alimentaires, il n'a que 4 % de ces flux qui passent par ce détroit d'Ormuz. « L'impact global semble faible, mais il y a un certain nombre de pays de cette zone qui importent des produits agricoles. Il y a ceux qui ont les moyens de les acheter très chers et les autres qui n'en ont pas les moyens. Donc ce conflit qui pourrait tirer les prix à la hausse pose également la question de la sécurité alimentaire pour les pays sans trop de moyens ».

« Ce contexte géopolitique est très mouvant et les choses peuvent changer très vite, dans un sens comme dans un autre, avec des impacts incertains sur les revenus ».

Pour Florian Fougy, le calendrier du conflit sera déterminant : « aujourd'hui les achats d'intrants sont réalisés pour l'année. On ne sent pas encore pleinement la hausse des charges. Si la tension venait à se libérer un peu, les effets seraient réduits. Mais si cela durait, les impacts seraient particulièrement importants et on les ressentirait davantage en 2027 ».

Un risque inflationniste pour 2027 ?

Florian Fougy évoque aussi un risque inflationniste très important dans ce contexte d'incertitude : « le conflit peut avoir des impacts sur les revenus agricoles mais aussi sur le comportement d'achat des ménages. Cela peut également avoir des impacts sur la politique monétaire avec l'inflation et des taux d'intérêt qui s'accroissent venant perturber la dynamique d'investissement des exploitations agricoles ». « Enfin, a-t-il conclu, on ne peut pas déconnecter ce sujet de la souveraineté alimentaire avec notre capacité à s'approvisionner en intrants. C'est déterminant pour produire ».•

Nette hausse des coûts de l'énergie

Le baril de Brent qui affichait environ 70 dollars le 27 février a grimpé jusqu'à 118 dollars début mars pour se stabiliser autour de 100 à 105 dollars le 16 mars. En bout de chaîne, le prix du GNR a fortement grimpé pour dépasser 1,60 euro/litre dans certaines régions. Selon le site fioulreduc.com, il affichait en moyenne 1,70 euro/litre le 16 mars. Dans le même temps, le prix du gaz en Europe (référence TTF néerlandais, coté en euros/MWh) a connu une hausse très rapide puis une forte volatilité, encore plus marquée que celle du pétrole. D'environ 30 à 32 euros/

MWh le 27 février, il a grimpé à 60 euros/MWh le 3 mars pour se

stabiliser autour de 50 euros/MWh le 16 mars.

À cette hausse de plus de 40 % pour le pétrole et de près de 90 % pour le gaz, s'ajoute la baisse des flux d'urée (- 30 %) et d'ammoniaque (- 20 %) qui passent par ce goulot d'étranglement maritime. En conséquence, le prix de l'urée a gagné, selon les marchés, entre 100 à 200 dollars supplémentaires, passant d'environ 500 dollars/tonne à 600/700 dollar/tonne, soit une hausse comprise entre + 20 et + 40 %. Sur le plan mondial, les cotations tournent autour de 599 dollars/tonne le 13 mars*.

Christophe Soulard

* https://tradingeconomics.com/commodity/urea

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