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Forum Céréalier Normandie :  bas carbone haut intérêt

« Le diagnostic carbone avec l’accompagnement de ma coopérative, première étape avant la HVE, m’a permis de voir un peu plus loin. Il faut faire de ces contraintes une force ». Geoffrey de Weber, adhérent NatUp et agriculteur dans l’Eure, a témoigné de son expérience lors du forum Céréalier Normandie organisé par la FRSEA et l’AGPB, le 17 février dernier, à Guichainville (27). 

« Un bonus supplémentaire de 10 000 euros sur cinq ans, soit 2 000 euros par an ». Voilà ce que pourrait rapporter une labélisation bas carbone. Pas de quoi révolutionner le revenu des agriculteurs. « De l’argent de poche », voire même une opération blanche si l’on met en face un coût ou, a fortiori, si elle signifie produire moins. Pour autant, il ne s’agit pas de mettre un coup de pied dans la fourmilière bas carbone en devenir. « Il ne faut pas créer de l’anxiété mais de la dynamique. Face à ce dossier, tout agriculteur peut se sentir seul et perdu, reconnaît Philippe Heusèle (agriculteur en Seine-et-Marne et secrétaire général de l’Association générale des producteurs de blé – AGPB). Il faut faire un travail d’explication pour poser les enjeux, mettre une valeur autour d’un cahier des charges. Ce label doit concilier le produire plus et le produire mieux. Il peut constituer un enjeu de débouché pour accéder aux marchés de demain. C’est aussi une grosse carte à jouer pour éviter le divorce avec nos concitoyens ». 

Premiers euros

Ce marché du carbone est en pleine ébullition avec une galaxie d’acteurs et d’outils. Les premiers euros sont déjà tombés dans le porte-monnaie de quelques producteurs de colza mais beaucoup de champs du possible sont encore à explorer. « C’est un dossier récent puisqu’il ne date que de 2020, explique Aurélie Oliviero (responsable valorisation des démarches agroécologiques chez NatUp). Nous souhaitons sensibiliser un maximum d’adhérents sur le sujet. Ça ne va pas révolutionner le revenu des agriculteurs mais, à moyen terme, nous espérons aller chercher des euros sur des contrats particuliers. Par ailleurs, dès le mois prochain, nous allons lancer la digitalisation, ce qui va permettre de simplifier les démarches ».
Geoffrey de Weber (adhérent NatUp et agriculteur dans l’Eure) a essuyé les plâtres en 2021 avec pour motivation de dresser un état des lieux. « Modulation de dose, atelier ovin, diversité des cultures (...), telle est ma stratégie d’entreprise avec des projets qui se sont intégrés dans la démarche bas carbone, témoigne-t-il. Ces projets (implantation de luzerne, réduction d’azote...) sont devenus des leviers qui m’ont conforté. Au bout de trois campagnes, je vais voir où j’en suis et ce que je pourrai faire de plus ».
Chez Sevépi, « certains adhérents se manifestent, alors nous communiquons sur le sujet mais il faut se doter de capacités humaines pour construire quelque chose. C’est une grosse charge de travail », tempère Pierre-Baptiste Baron, responsable agroenvironnement et innovation chez Sevépi. Et d’ajouter : « nos acheteurs de matière nous parlent beaucoup de produits neutres en carbone mais peu de compensations financières futures. Ils ne sont pas prêts à cela pour le moment. Peut-être s’agira-t-il à terme plus d’une condition d’accès à un marché que d’une revalorisation du prix payé au producteur ».
Quoiqu’il en soit, chacun s’accorde à privilégier les démarches de proximité. « Le marché du carbone est naissant. Il faut rendre visible l’agriculture et structurer la filière, synthétise Heusèle. La neutralité en 2050 est un sujet devenu majeur avec des impacts positifs et négatifs. L’enjeu est de faire reconnaître le stockage de carbone par l’agriculture mais aussi la réduction d’émission par l’UE. C’est aussi en produisant plus qu’on peut trouver des solutions ». Dans la boîte à outils de la profession, France Carbon Agri, une association qui se décline en région, dont la Normandie, et qui se veut interlocuteur privilégié des porteurs de projets locaux et nationaux en agrégeant des collectifs. •

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