Filière ovine : entre enjeux économiques et perspectives techniques
La Fédération nationale ovine (FNO) s'est réunie en conseil national le 30 avril à Paris pour aborder les dossiers brûlants de la filière, dans un contexte de marché contrasté.
La Fédération nationale ovine (FNO) s'est réunie en conseil national le 30 avril à Paris pour aborder les dossiers brûlants de la filière, dans un contexte de marché contrasté.
La matinée de ce conseil national de la FNO a été consacrée aux échanges sur les sujets d'actualité avec les membres du réseau présents : conjoncture, sanitaire, prédation et filière laine.
Un marché de l'agneau sous pression
Le marché ovin affiche une tendance à la baisse en ce printemps 2026. Pour la semaine 17, le prix moyen pondéré (PMP) de l'agneau de boucherie s'est établi à 10,53 €/kg, marquant un léger recul par rapport aux 10,93 €/kg enregistrés sur la même période en 2025.
Sanitaire
Alors que l'Europe fait face à une recrudescence inquiétante de la clavelée (ou variole ovine) dans les Balkans et le bassin méditerranéen, la France, indemne depuis 1964, se trouve à la croisée des chemins. Pour les éleveurs de moutons et de chèvres, la menace n'est plus théorique : elle est à nos portes.
La clavelée est une maladie virale hautement contagieuse (classée comme la DNC chez les bovins). Si elle ne présente aucun risque pour l'homme, ses effets sur le cheptel sont dévastateurs. Elle se manifeste par une forte fièvre, des difficultés respiratoires et l'apparition de pustules (clavelons) sur les zones sans laine.
Depuis l'arrêté ministériel du 30 mars 2026, la traçabilité a été durcie : tout mouvement doit être notifié sous 48 heures (contre 7 jours auparavant). C'est une contrainte administrative, mais c'est le prix de la réactivité.
Pour Michèle Boudoin, présidente de la FNO « la santé de nos troupeaux est le socle de notre économie rurale. Nous ne laisserons pas les éleveurs seuls face à cette épée de Damoclès. »
Prédation
Face à l'explosion de la population de loups, la FNO dénonce une situation devenue hors de contrôle qui condamne l'élevage pastoral. La détresse des éleveurs et le massacre répété des troupeaux ne peuvent plus être ignorés au nom d'une idéologie environnementale déconnectée : il est impératif de sortir d'une "cohabitation" impossible qui privilégie le prédateur sur l'humain. La fédération exige une révision immédiate du statut de protection du loup, une simplification radicale des tirs de défense et une reconnaissance totale des préjudices subis.
Laine : de nouvelles opportunités
La valorisation de la laine reste un axe fort de travail : la FNO a contribué à la nouvelle édition du guide de l'IWTO (International Wool Textile Organisation, l'autorité mondiale de référence pour l'industrie textile de la laine) sur le bien-être des moutons lainiers, qui intègre désormais un volet spécifique sur la laine européenne.
Un partenariat avec Tissium, une société française spécialisée dans la fabrication d'articles textiles, sauf habillement, est également lancé pour explorer l'utilisation de la laine dans la fabrication de panneaux d'ameublement à partir de textiles recyclés.
"Produire mieux, vivre mieux"
L'après-midi a été consacré à une table ronde avec les différents intervenants (Idele, Chambre d'agriculture, éleveurs) sur le thème "Assurer la viabilité de mon élevage ovin : produire mieux, vivre mieux". Ce fut l'occasion d'insister sur le rôle des techniciens et conseillers dans l'accompagnement des éleveurs selon leurs attentes et leurs systèmes.•
Ils ont dit
Mon ressenti sur le conseil national de la FNO est positif. Nous avons pu aborder des sujets sur lesquels il est important d'être informé, tels que les différentes maladies, la préoccupation du loup qui détruit les élevages ou encore l'avenir de la filière ovine grâce aux chiffres qui nous ont été présentés sur l'évolution de la production en France ainsi que dans les différents pays importateurs. Nous avons également pu échanger avec des éleveurs ayant tous types de structures l'après-midi, ce qui m'a permis de comprendre que chaque région est différente dans la façon de faire, de s'organiser et de mener au mieux son cheptel. Je garde un très bon souvenir de cette journée ; j'ai pu rencontrer des personnes venant de toute la France. Je trouve cela enrichissant de pouvoir partager avec d'autres éleveurs notre quotidien, qui peut être très différent tout en ayant le même objectif. Ce conseil national m'a donné une réelle envie de m'impliquer davantage auprès de la FNO. "
ALBANE JULLIEN, membre de JA 76 en charge de la section ovine
J'ai trouvé le conseil national de la FNO très pertinent, avec des chiffres de l'année N-1 qui démontrent la production réalisée, mais aussi les défis de production à relever dans les années à venir. Sur la deuxième partie de la journée, suite aux échanges avec les intervenants venus des quatre coins de la France, je me suis bien rendu compte qu'en France, il y a des agricultures et non une seule agriculture au sein d'une même production. En l'occurrence, pour la production ovine, les moyens de production, les contraintes et les enjeux ne sont pas les mêmes suivant le département. Pour conclure, j'ai trouvé ce conseil national pertinent, motivant et encourageant. "
PIERRE TABU, membre de JA 76 en charge de la section ovine
Propos recueillis par Léa Bauchet