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Fibraterre transforme un coproduit de l'agriculture en matériau de construction

Portant de l'intérêt à la construction bas-carbone, Alain Le Berre et Gilles Froidure, co-fondateurs de Fibraterre SAS, présenteront aux Terres de Jim des panneaux de paille de blé, conçus pour l'isolation des bâtiments, et fabriqués dans leur atelier installé à Oissel. 

Au mois d'août, chez Fibraterre, c'est le moment d'aller choisir la paille qui pourra être transformée en panneaux isolants, explique Alain Le Berre, l'un des deux co-fondateurs de la start-up qui fabrique et distribue des panneaux isolants bas-carbone à partir de paille de blé. Les tiges doivent être propres et entières, avec un pourcentage élevé de brins de plus de 15 cm. " La plupart du temps on trouve ce genre de produit derrière d'anciennes moissonneuses-batteuses mais je pense qu'il est tout à fait possible d'obtenir une belle paille avec une machine récente, si elle est réglée en conséquence ", précise-t-il. La paille est achetée à deux agriculteurs de Seine-Maritime et de l'Eure. La fabrication a débuté après deux ans de recherche, et les besoins sont aujourd'hui d'une centaine de tonnes. Les co-fondateurs espèrent une montée en puissance de la production qui nécessitera de plus gros volumes, environ 2 000 tonnes d'ici 5 ans.

Les bailleurs ont lancé " Appel Paille "

Alain Le Berre a un passé d'entrepreneur dans le numérique. Il est l'un des co-fondateurs de la start-up française Linkfluence rachetée en 2021 par la société américaine Meltwater. Après ce rachat, il est parti dans l'univers du logement social et de la construction bas carbone. " Construire et rénover différemment fait partie aujourd'hui des axes stratégiques des bailleurs. En 2023, le groupe Action Logement a lancé un projet Appel Paille, s'engageant à intégrer le procédé paille pour parvenir à 10 % de leur production annuelle en 2027 ".

"Appel Paille" est un projet de structuration d'une filière locale de construction autour de la ressource en paille en Normandie. Il vise la mise en réseau, la montée en compétences, l'organisation des acteurs de la chaîne de construction dans la région normande. L'ambition est de massifier le recours à cette ressource locale et renouvelable.

Gilles Froidure a quant à lui 30 ans d'expérience en communication auprès d'entreprises rouennaises. Il est également très sensible aux questions d'architecture et aux biomatériaux. Cela fait deux ans que la société recherche un procédé de fabrication de panneaux de paille destinés à l'isolation thermique par l'extérieur. " La construction en paille est intéressante d'un point de vue de la résistance thermique et du confort d'été mais on a dû régler le problème de l'irrégularité des bottes de paille car cela entraînait des coûts de construction beaucoup trop élevés, précise Alain Le Berre. Nous avons donc cherché un procédé nous permettant de mettre cette botte à plat ".

Des dimensions conformes aux standards du marché

Les machines sont arrivées l'an dernier à Oissel. Grâce aux compétences de Vincent Billaud, spécialiste du travail des métaux à l'atelier, elles ont été détournées de leur usage d'origine pour fabriquer des panneaux. Quinze étapes de transformation permettent de passer de la botte au panneau : le principe consiste à remettre de l'air dans la botte de paille pour délier les brins et la compresser à nouveau en fonction des besoins. " Après des mois de recherche, nous avons compris que la paille devait se rapprocher des caractéristiques des matériaux conventionnels de construction. C'est indispensable si on veut développer massivement ce produit ", souligne Alain Le Berre.

Des premiers échantillons sont sortis en avril 2025 et les premiers panneaux de paille performants en juin de cette année. " Nous avons réalisé un premier test pour voir comment le panneau de paille se comportait avec un système de fixation standard sur un mur en béton. Il se comporte très bien et nous pouvons donc envisager de poser nos panneaux comme n'importe quel autre isolant ".

Un bilan carbone meilleur que la laine de bois

Le premier chantier de pose se déroule actuellement sur la construction d'une maison en région parisienne. La pose est réalisée par un artisan qui a l'habitude de travailler avec des bottes de paille. Son retour est positif : la surface plane et les angles droits des panneaux lui permettent une économie de temps et un résultat plus net.

Le produit concurrent aux panneaux de paille est la laine de bois qui apporte du confort l'été et une inertie qui limite la surchauffe. " La paille a les mêmes qualités mais avec un bilan carbone bien meilleur. En effet, la laine de bois, a besoin de vapeur d'eau à très haute pression pour défibrer la matière. On lui ajoute ensuite un liant synthétique et elle passe en cuisson par presse à vapeur d'eau. Elle a un bilan carbone identique à celui de la laine de roche. Les panneaux de paille, quant à eux, n'ont besoin ni de chaleur, ni de résine, ni d'eau, ni de solvant. Une simple couture suffit pour assembler les deux faces du panneau. Il n'y a donc aucune raison de ne pas pouvoir sortir un produit moins cher ".

Au sein de la société, Cédric Billard, est chargé du développement commercial du produit auprès des maîtres d'ouvrage, des maîtres d'œuvre, des architectes, des bureaux d'études.

En recherche de fournisseurs de paille

Fibraterre SAS a le soutien de Normandie Incubation depuis juin 2024. Elle a également reçu un coup de pouce du Réseau Initiative, un premier financement de la Caisse d'Épargne et de l'Ademe. " Nous sommes en discussion avec la Région Normandie pour être éligible au Fonds pour une transition juste, outil européen destiné à soutenir les régions dans leur transition vers la neutralité climatique d'ici à 2050 ".

Alain Le Berre a constaté qu'il y avait une bibliographie très pauvre sur la paille. " En tant que constructeur, on se pose beaucoup de questions autour des variétés de blé, du sol, de la teneur en silice, de la récolte et je remarque que cela n'a intéressé personne jusque-là ".

La dimension recherche reste donc importante et Fibraterre recherche toujours des partenaires pour travailler sur le sujet de la qualité de la paille : " Par exemple, nous ne savons pas ce qui donne un aspect plus ou moins cassant à la paille. C'est important pour nous qu'elle soit souple. Durant les Terres de Jim, nous espérons rencontrer d'éventuels investisseurs, des fournisseurs de paille. Nous recherchons aussi à rencontrer des petites communes rurales qui pourraient avoir des projets d'équipement et qui souhaitent utiliser des biomatériaux locaux. Nous avons maintenant le process, il ne manque pas grand-chose pour lancer l'aventure. Quelques projets vont d'ailleurs se concrétiser dans les prochaines semaines en Seine-Maritime ".•

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