Féverole : traiter les sitones nuit-il au rendement ?
À Neufchâtel-en-Bray, les pratiques autour de la féverole de printemps interrogent. Face aux attaques de sitones observées en 2026, faut-il traiter systématiquement ? Les retours d'expérience montrent que certaines interventions peuvent fragiliser davantage la culture qu'elles ne la protègent.
À Neufchâtel-en-Bray, les pratiques autour de la féverole de printemps interrogent. Face aux attaques de sitones observées en 2026, faut-il traiter systématiquement ? Les retours d'expérience montrent que certaines interventions peuvent fragiliser davantage la culture qu'elles ne la protègent.
Des attaques observées dès le stade 7 feuilles
Début mai 2026, des sitones ont été massivement observés sur des féveroles au stade 7 feuilles, avec des feuilles fortement attaquées et aucune surface intacte. Pourtant, aucun seuil de nuisibilité officiel n'existe aujourd'hui pour cet insecte, rendant la décision de traitement délicate.
Les larves, en s'attaquant aux nodosités racinaires, peuvent pénaliser la fixation de l'azote. Tout porte à croire que ces coléoptères restent présents jusqu'à la moisson en l'absence de traitement.
Des rendements élevés malgré l'absence d'insecticide
Les observations de terrain viennent toutefois nuancer l'impact réel des sitones. En 2025, une parcelle de 23 hectares de féverole de la variété Victus, conduite sans insecticide, a atteint un rendement de 58 q/ha.
Malgré la présence de ravageurs, notamment des bruches, la culture a conservé un feuillage suffisant et une bonne capacité de production. Les grains récoltés présentaient seulement 9 % de graines bruchées, avec un PMG (poids de mille grains) de 565 g.
Le rôle clé des auxiliaires dans la régulation naturelle
L'utilisation d'insecticides de type pyrèthre peut perturber fortement l'équilibre biologique de la parcelle. Ces traitements éliminent non seulement les sitones, mais aussi des auxiliaires essentiels, comme les coccinelles et les cantharides, prédateurs naturels des pucerons. Or, ces auxiliaires jouent un rôle majeur dans la régulation des populations de ravageurs secondaires.
Des conséquences sanitaires liées aux traitements insecticides
Les années de traitement apportent des enseignements importants. En 2021, seule année où un traitement contre les sitones a été appliqué, la parcelle a connu une forte infestation de pucerons.
Cette prolifération a entraîné des viroses importantes, ainsi que le développement de botrytis, favorisé par des plantes affaiblies. Ce contexte sanitaire défavorable est survenu malgré des conditions climatiques a priori favorables à la culture.
Une gestion raisonnée plutôt qu'une intervention systématique
Si la nuisibilité des sitones et des bruches est réelle, la gestion ne peut pas se limiter à une réponse insecticide systématique. Le manque de sélectivité des produits utilisés peut aggraver d'autres problématiques sanitaires en supprimant les régulations naturelles.
La conduite de la féverole repose ainsi sur un équilibre délicat, où l'observation et l'expérience priment sur l'intervention systématique.
Conclusion : privilégier l'observation et la maîtrise globale du système
Ces résultats confirment qu'en féverole, "le mieux est parfois l'ennemi du bien". Une stratégie raisonnée, basée sur l'observation des parcelles et la préservation des auxiliaires, apparaît souvent plus efficace qu'une protection chimique systématique.
À l'avenir, le développement de références techniques et de seuils de décision sera essentiel pour sécuriser les pratiques et accompagner les agriculteurs dans leurs choix.•