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Faux-semis : un levier à nuancer pour gérer les adventices de la culture suivante

Contrairement aux idées reçues, la pratique des faux-semis à l'interculture n'a pas d'effet sur les levées d'adventices dans la culture d'hiver suivante.

C'est ce qui ressort de l'analyse de 58 essais annuels par les partenaires du projet Combherpic*. Ils ont rarement observé, à court terme, une réduction significative des levées d'adventices dans le blé ou le colza après des faux-semis. En revanche, la perturbation du sol lors du semis ou les jours précédents favorise systématiquement les levées d'adventices en culture.

Un effet limité des faux-semis dans les cultures d'automne

Dans le détail, un regroupement de 14 essais a permis de comparer trois stratégies de lutte contre les adventices :

  • sans faux-semis et sans perturbation du sol proche du semis ;
  • avec faux-semis (entre 3 et 10 cm de profondeur) et sans perturbation du sol près du semis ;
  • avec faux-semis et perturbation du sol avant ou au semis.

Il n'apparaît pas de corrélation ni d'effet significatif des faux-semis observés sur les levées pendant l'interculture, ni sur les levées dans la culture d'automne qui suit. En revanche, la perturbation du sol lors du semis ou dans les 10 jours qui le précèdent tend à faire augmenter le salissement de la culture, mais sans que l'effet soit significatif.

Le regroupement de quatre essais comparables sur blé avec un précédent paille montre cependant un effet significatif des faux-semis sur les levées de ray-grass pendant l'interculture (figure 1), mais - là encore - pas dans le blé suivant.

Figure 1 : Levées de ray-grass pendant l'interculture et dans le blé suivant en fonction de la gestion de l'interculture et du semis - quatre essais entre 2007-2008 à Boigneville (91) et 2014-2015 à Crestot (27).

Dans ces quatre essais, un effet de la perturbation du sol lors du semis est à nouveau observé : il est significatif dans le cas d'une gestion sans faux-semis, mais non significatif avec faux-semis. Ne pas perturber le sol lors du semis ou les jours précédents stimule moins les levées de ray-grass dans le blé. Ce phénomène est d'autant plus marqué que le sol n'a pas été travaillé pendant l'interculture, ce qui maximise le mulch de résidus présents en surface et limite la création de terre fine par les éléments semeurs.

Quatre autres essais sur blé ont été réalisés en 2006-2007, en présence de vulpin. Ils ont comparé un semis à date classique (30/09) sans faux-semis préalable, à des semis plus ou moins décalés associés à un, deux, trois faux-semis réalisés à 3-7 cm de profondeur. Le semis décalé au 19 octobre avec un seul faux-semis a un très fort impact sur les levées de vulpin dans le blé suivant (figure 2). Pour les semis de novembre, un seul faux-semis génère statistiquement autant de levées de vulpin que deux ou trois.

Figure 2 : Levées de vulpin dans le blé en fonction de la date de semis de la culture et du nombre de faux-semis qui précèdent - quatre essais 2006-2007 dans la Marne (à Juvigny, Vraux et Isse)

Effectuer un seul faux-semis en retardant le semis du blé au 19 octobre ou à novembre suffit à diminuer drastiquement le nombre de vulpins levant dans le blé.

Positionner autrement le travail du sol

Le faible impact des faux-semis constaté sur le salissement en culture et l'effet de la perturbation du sol au semis militent pour un changement des habitudes de gestion des sols durant les semaines qui précèdent le semis.

Si le travail du sol reste un levier important de la gestion des adventices, il faudrait le réaliser au plus près de la récolte estivale du précédent. Et après une pluie qui réhumectera les graines indésirables - plus particulièrement après la récolte d'un colza.

En revanche, ce travail du sol doit être limité au maximum au semis et dans les semaines qui le précèdent, sauf en cas de labour réalisé au dernier moment avant de semer. Mais la non-perturbation du sol impose souvent une destruction chimique des adventices présentes.

Ce type d'itinéraire avec peu de perturbation du sol au semis est assez facile à adopter avec des cultures d'automne. Il pourrait être une alternative au décalage de la date de semis dans des sols qui ressuient très lentement.

Un effet à suivre en pluriannuel

Reste que ces résultats s'appuient sur des essais annuels. Ils doivent être infirmés ou validés à une échelle pluriannuelle par des essais qui seront mis en place cet été par les instituts techniques agricoles, dans le cadre du Parsada. Les mêmes dispositifs étudieront également la non-perturbation du sol au semis ou les jours précédents, pour en valider l'intérêt sur la gestion de la flore, la faisabilité de mise en œuvre et les conséquences sur le semis de la culture.•

*Combherpic est un projet conduit par Arvalis, en partenariat avec l'Acta, Inrae, Terres Inovia, l'ITB et Agroscope, avec le concours financier d'Écophyto, de l'Office français de la biodiversité (OFB) et du Casdar.

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