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Farm to Fork : pas de révision immédiate

À la demande de la présidence française de l'Union européenne, un Conseil agricole s'est tenu de manière exceptionnelle le 2 mars dans le but de juger de l'opportunité d'adapter les objectifs agricoles au contexte international. Des décisions seront sans doute prises dans les prochaines semaines. Mais à la marge.

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© Pixabay

À l'issue du Conseil agricole informel extraordinaire du 2 mars organisé pour faire face aux conséquences de la guerre en Ukraine, le commissaire européen à l'Agriculture, Janusz Wojciechowski, n'a pas laissé immédiatement de porte ouverte à la révision de Farm to Fork. Or, de nombreuses organisations syndicales agricoles l'ont demandé, en particulier les représentants des grandes cultures et ceux des fruits et légumes. La FNSEA, dans un communiqué publié le jour même, a lancé un vibrant appel à la souveraineté alimentaire française et européenne. « La logique de décroissance souhaitée par la stratégie européenne Farm to Fork doit être profondément remise en question. Il faut au contraire produire plus sur notre territoire, produire durablement mais produire », a-t-elle insisté mettant en avant la nécessité de revenir sur les jachères : « l'obligation dans la future Pac de consacrer 4 % à des surfaces dites non productives doit immédiatement être remise en question ».

Arguments entendus... pour 2022

« Nous avons entendu que ces stratégies (avec Green deal et Biodiversité 2030, ndlr), ne pouvaient pas être laissées de côté (...) Après analyse, s'il le faut, nous rectifierons le tir », lui a en quelque sorte répondu le commissaire européen, lors d'une conférence de presse. « On ne remet pas en cause les objectifs de ces stratégies. Elles doivent être soutenues », a-t-il ajouté. Le commissaire a également indiqué que l'Europe allait « tout faire pour libérer dès maintenant le potentiel de production agricole » de l'UE, notamment en utilisant des jachères pour cultiver des protéagineux. Sur ce point, le ministre français de l'Agriculture et président du Conseil agricole, Julien Denormandie a indiqué que la demande de cultiver les jachères « valait pour l'année en cours, pas pour post-2022 ».
La réaction de la présidente de la FNSEA, également présidente du Copa a été rapide : « Les arguments de la FNSEA et du Copa ont été entendus. Je salue la décision de bon sens au Conseil des ministres européens : pouvoir semer les surfaces initialement prévues en jachère en 2022 », a twitté Christiane Lambert qui souhaite opposer un bouclier alimentaire à l'arme alimentaire russe.

La Commission reste ferme

Alors qu'un point devait être établi lors du Comité spécial agriculture des 7 et 8 mars, « ce serait une erreur historique de dire que le conflit en Ukraine doit enterrer le Green deal. Au contraire, cela doit nous permettre d'être indépendant énergétiquement de Poutine », a affirmé de son côté Frans Timmermans, le vice-président de la Commission européenne en charge du Green deal, lors de son intervention devant la commission de l'Environnement du Parlement européen le 7 mars.

Et en ce qui concerne l'agriculture, Frans Timmermans s'est également montré très ferme : « S'il vous plait, ne croyez pas à l'illusion qu'on aiderait le secteur en renonçant à la stratégie De la ferme à la table. Cette crise nous montre au contraire que nous avons besoin de réduire notre dépendance aux engrais. La stratégie "De la ferme à la table" est une part de la réponse et non du problème.»

La Commission européenne devait présenter le 8 mars une série de propositions « pour une énergie plus abordable, plus sûre et plus durable » pour répondre à la situation et comportant un volet agricole. Cette communication devait initialement être présentée le 2 mars, mais, comme l'a annoncé le 1er mars le commissaire européen à l'Agriculture, Janusz Wojciechowski, « en raison du contexte géopolitique dramatique, cette communication sur les prix de l'énergie et des denrées alimentaires doit être adaptée à la nouvelle situation ».

Les professionnels inquiets d'un retour "des émeutes de la faim"

La guerre en Ukraine pourrait provoquer « potentiellement des émeutes de la faim » dans le bassin méditerranéen, a prévenu le président de la Coopération agricole, Dominique Chargé, le 4 mars, à l'issue d'une réunion avec les ministres Bruno Le Maire (Économie) et Julien Denormandie (Agriculture) le même jour. Les pays d'Afrique du Nord souffrent déjà de « stocks très bas », de « perspectives de récolte très faibles » et d'une « dépendance aux céréales importées de la mer Noire », a souligné M. Chargé. « Entre les difficultés [logistiques] pour sortir les produits et la baisse de la production, la conjonction peut être explosive, confirme Sébastien Windsor, le président de l'APCA (chambres d'agriculture). Si la situation ne se débloque pas d'ici juin, il pourrait y avoir de vraies difficultés d'approvisionnement en Algérie et en Égypte, à la période de soudure en juin-juillet. » Alors que la profession agricole souhaite mettre en production toutes les terres disponibles en France et dans l'UE en autorisant la culture des jachères, « les changements législatifs doivent aller le plus vite possible », exhorte M. Windsor : « dans les jours qui viennent pour cette campagne, et avant le mois de juin concernant l'année prochaine pour que l'on ait le temps de conseiller les agriculteurs sur leur assolement ».

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