Aller au contenu principal

Faire de la Normandie un atout au bénéfice des producteurs

Pour la première fois, l'assemblée générale de la FRSEA Normandie, présidée par Arnold Puech d'Alissac, était ouverte au public, ce lundi 20 mars à Caen, avec l'organisation d'un débat « Faire de la Normandie un atout au bénéfice des producteurs ».

Liam Mac Hale est directeur de l'association irlandaise des agriculteurs à Bruxelles. Il est venu témoigner de la mise en place du programme Origin Green dans son pays. « Nous pensions être l'île de l'alimentation, mais en dehors d'Irlande, nous n'étions pas connus en tant que tel. En revanche, nous étions réputés pour être naturel et vert. » Le pays décide de travailler sur cette image et d'en tirer parti, il y a maintenant 10 ans. La présence de l'herbe sur 80 % du territoire alors que la moyenne européenne est plutôt 40 % est un atout. « Nous n'avons pas de problème avec l'eau, il pleut, ni avec la qualité de l'air ». Cette image plaît au consommateur, les agriculteurs adoptent spontanément le programme.
L'Irlande étant un pays exportateur, « nous n'avons pas mis en place d'étiquetage Origin Green car on ne s'adresse pas directement au consommateur, plutôt aux chaines de supermarché à qui on présente nos bilans carbone ». L'Irlande compte 45 000 producteurs de viande et 18 000 producteurs de lait engagés dans cette démarche d'agriculture durable. D'un point de vue environnemental, cela a permis cette année une diminution de 39 % des émissions de carbone et 24 % de la consommation d'eau.

Les atouts de la Normandie
Si l'herbe est le premier atout de l'Irlande, quel est celui de la Normandie ? Pour Sébastien Windsor, président d'Irqua-Normandie, la région est mondialement connue, d'abord en raison de son histoire. Mais pour capitaliser sur cet avantage, les producteurs normands sont encore timides. « L'enjeu premier est de créer de la valeur ajoutée. La marque Normandie est l'un des leviers pour aller en chercher. 80 % des achats se faisant en GMS, il faut pénétrer les grandes surfaces avec la marque, engager des partenariats avec les enseignes. »
Jean-François Fortin est directeur des Maîtres Laitiers du Cotentin.
« La Normandie, pour le consommateur de produits laitiers, c'est la région numéro un. Ma désolation est que c'est ancré et qu'on n'en profite pas ». Il met cependant en garde sur la création de nouvelles AOC : « ce que demande l'Inao entraîne un surcoût pour des contraintes que souvent ne demande pas le consommateur. Soyez vigilant. » Il s'interroge aussi sur la consommation intérieure, « elle ne va pas augmenter, vous allez prendre la place de quelqu'un d'autre dans le linéaire et les prix risquent de baisser. Les marchés porteurs sont plutôt en Chine, en Inde... »

Jocelyn Pesqueux, président de la section laitière de la FNSEA 76, n'est pas de cet avis. « On ne veut pas de la production en plus, mais une production que l'on vend mieux, qui réponde aux attentes du consommateur. Et l'importance quand on est en retard, c'est de reprendre de l'avance ». Pour Clotilde Eudier, conseillère régionale en charge de l'agriculture, « la Normandie fait des produits d'exception. Il est temps de se retrousser les manches et d'y aller ». Se tourner vers le marché chinois, serait-ce une opportunité à saisir ? Oui, d'après Philippe Faucon de la FDSEA de la Manche. « L'histoire, c'est à nous de l'écrire. Il nous faut un projet collectif qui nous tire tous dans le même sens. La Chine, j'en rentre. Ils consomment là-bas, et des produits de luxe. Nous avons cette image de qualité qui convient ». Justement, la Chine, la filière lin la connaît bien. 90 % de la production est vendue dans ce pays. « Ils viennent ici car ils y trouvent de la qualité », résume Henri Pomikal, président de la coopérative linière du nord de Caen. « C'est une mine d'or, espérons que cela continue ».
Pour Gilles Lechevallier, directeur de l'abattoir Socopa-Bigard du Neubourg (Eure), « nous sommes en retard car nous ne sommes pas en mesure de prouver nos démarches de durabilité et de les mesurer comme en Irlande. Notre force, ce sont nos zones herbagères, nos zones de cultures, les ateliers d'engraissement, cela permet de servir les clients toutes les semaines. L'apport d'herbe une grande partie de l'année, cela séduit les Scandinaves, par exemple ».
Une autre piste, la restauration collective, est mise en avant par les professionnels.  « Jusqu'où la Région est-elle prête à investir dans ce domaine, car il y a une vraie fenêtre de tir », pense Pascal Ferrey, de la FDSEA de la Manche. « Vous pensez être les meilleurs, mais je reviens d'Ardèche, d'Auvergne et ils le pensent aussi et souhaitent eux aussi promouvoir leurs produits. Je pense que pour des destinations comme la Chine, il faut travailler ensemble », estime Henri Bies-Péré, vice-président de la FNSEA.

« On ne parle pas assez du retour au producteur. Danone, Bel utilisent l'image des producteurs et jamais il n'y a de retour », insiste pour sa part Sébastien Amand, de la FDSEA de la Manche. « Quelle est la pertinence d'une marque Normandie ? Toutes les régions essayent de prendre des parts de marché. On serait les uns contre les autres ? Ne faudrait-il pas plutôt promouvoir davantage le made in France pour aller vers l'étranger  ? », ajoute Patrice Lepainteur, de la FDSEA du Calvados. Mais pour Sébastien Windsor ,« le lait de Normandie à la place du lait de nulle part, c'est un enjeu pour sortir de la guerre des prix ».
Pour Fabrice Moulard, de la FNSEA de l'Eure, « si on parlait simplement d'une agriculture normande avec de la prospective sur les marchés de demain, sur ce qui nous attend. Nous sommes tous interdépendants. » Le nerf de la guerre reste la communication. 
« Nous sommes encore trop souvent concurrencés par la viande étrangère, surtout polonaise et c'est difficile de se battre contre ça. C'est un travail de longue haleine qui nous attend », ajoute Gilles Lechevallier.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Union agricole

Les plus lus

Résultat du vote des eurodéputés du 21 janvier.
L’accord du Mercosur renvoyé devant la CJUE

Les eurodéputés ont voté majoritairement pour renvoyer l’accord du Mercosur devant la Cour de justice de l’Union européenne (…

Les vœux à la presse d'Hérvé Lapie et Arnaud Rousseau ce 8 janvier ont été l'occasion de revenir bien évidemment sur les dossiers nationaux. 
Rendez-vous à Strasbourg le 20 janvier

Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, et le secrétaire général, Hervé Lapie, ont présenté leurs vœux à la presse le 8…

Guillaume, William et Maxime Foubert, les trois associés, dans la nouvelle maternité liberté.
L'élevage porcin de la SCEA du Hertelay : liberté et bien-être

Développer l'élevage porcin, tout en apportant plus de bien-être aux animaux et de meilleures conditions de travail sont les…

Enseignement agricole : des portes ouvertes à la carte

Les établissements de l'enseignement agricole haut-normand proposent plusieurs formules de portes ouvertes en 2026 : en…

Pour l'heure, les "signaux ne sont pas suffisamment robustes pour engager des surfaces", dixit le président de l'UNPT.
"Avoir une vision éclairante sur le marché”

Dans quelques jours aura lieu le Congrès de l'UNPT à Arras (62)*. Selon Geoffroy d'Évry, président de l'UNPT, il est à ne…

Report de l'action syndicale normande au 10 janvier 

Dans le cadre d'une vaste action régionale, initiée par les JA de Normandie et les FNSEA de Normandie, les agriculteurs sont…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 300 €/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site L'Union agricole
Consultez le journal L'Union agricole au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters du journal L'Union agricole