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Faire cohabiter des espèces pour mieux les valoriser

Agriculteur, éleveur, producteur d’énergie et adhérent du CETA de Romilly, Stéphane Roy expérimente le semis de seigle et d’escourgeon dans une luzerne déjà implantée. Son idée : améliorer l’alimentation des ovins en leur faisant pâturer des céréales immatures. 

L’implantation de seigle ou d’escourgeon dans la luzerne apporte une performance énergétique supplémentaire dans la production de biogaz et dans l’alimentation des ovins.
L’implantation de seigle ou d’escourgeon dans la luzerne apporte une performance énergétique supplémentaire dans la production de biogaz et dans l’alimentation des ovins.
© Julie Guichon

En non-labour depuis plus de 30 ans, Stéphane Roy, agriculteur dans le nord de l’Aube, a investi il y a quelques années dans un semoir de semis direct Avatar Horsch. Équipé de disques, ce matériel est parfaitement adapté pour implanter de l’escourgeon ou du seigle dans des luzernes déjà installées. « Le plus difficile dans cette pratique, c’est le positionnement de la graine de céréale dans la légumineuse, d’où l’intérêt d’être équipé d’un semoir spécifique », souligne l’agriculteur. Implantées dans la légumineuse, les céréales sont semées avec la profondeur et la densité de semis d’un semis classique, respectivement 330 et 300 gr/m². « Pour les prochains semis d’escourgeon dans la luzerne, je réfléchis à majorer la densité de semis pour maximiser le rendement de la céréale et éviter que la légumineuse prenne le dessus. C’est une question de juste équilibre », indique-t-il.

Une cohabitation équilibrée

Stéphane Roy sème des variétés lignées pour produire ensuite ses propres semences et en réduire le coût (50 euros/ha). En 2023, année test, il a semé du seigle après la quatrième coupe de la luzerne, vers la fin octobre. Habituellement, cette espèce est semée début septembre. « J’ai eu quelques craintes, confie l’agriculteur. À l’entrée de l’hiver, le seigle était au stade une à deux feuilles dans une luzerne qui allait défolier et lui laisser toute la place pour se développer. Finalement, les deux plantes ont bien cohabité sans s’étouffer ». Début février, la parcelle a été fertilisée avec du digestat liquide, produit au sein de l’unité de méthanisation, à raison de 50 m3/ha en moyenne. Il vise un apport par hectare de 100 à 130 unités d’azote et 200 à 250 unités de potasse. Les teneurs en éléments fertilisants du digestat dépendent de l’alimentation du méthaniseur ainsi que de la quantité de pluie redirigée dans la lagune de stockage. « Le seigle pompe l’azote et la luzerne, par facilité, en consomme également, poursuit Stéphane Roy. Il n’y a donc aucune perte. Quant à la potasse, elle profite à la légumineuse, très exigeante pour cet élément ».

La place de l’élevage

À Fère -Champenoise, Stéphane Roy élève des ovins en plein air intégral selon la pratique du pâturage tournant. Pour lui, « l’élevage participe à un système qui a du sens ». Il permet d’intégrer d’autres cultures dans la rotation (dactyle semence, seigle et escourgeon dans la luzerne, etc.). « Ces productions sont pâturées et valorisées dans l’alimentation du troupeau, explique-t-il. Le piétinement des animaux est aussi un bon remède pour limiter les infestations de campagnols. Leurs déjections restituent de nombreux éléments minéraux au sol sous forme assimilable. Enfin, il est plaisant de regarder gambader un mouton. C’est un véritable retour aux sources ». Après l’ensilage de l’association céréales immatures/luzerne, la légumineuse poursuit sa croissance avant d’être fauchée (les trois coupes suivantes sont destinées à l’usine de déshydratation). Les céréales, quant à elles, restent à l’état de chaumes. « Cette association entre espèces est bénéfique, souligne Stéphane Roy. Elle allie performance et valorisation des cultures ».•

En chiffres

Rendement de la première coupe de luzerne en mélange avec le seigle 10,70 t de MS/ha en 2023 et 9,27 t de MS/ha en 2024.
Ensilage de seigle pur : 11,33 t de MS/ha en 2023 et 10,08 t de MS/ha en 2024
Malgré le peu de luminosité pour l’année 2024, les exportations de matière sèche (MS) restent sensiblement identiques sur les deux ans tests. « Cette pratique permet de bénéficier d’une Cive pour la méthanisation et l’alimentation des ovins et de mieux valoriser la luzerne (+ 6 t de MS/ha par rapport à une conduite solo (luzerne sans seigle) », indique Stéphane Roy qui se dit confiant pour les résultats de l’année 2025, les sols étant rechargés en eau et le soleil plutôt au rendez-vous. 

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