« Être maire, c'est entretenir une relation de proximité et de confiance »
Les élections municipales constituent un grand moment de la vie démocratique de notre pays. Des hommes et des femmes s'engagent, portent des projets mais leur fonction d'édile n'est pas toujours bien connue, voire reconnue. Rencontre avec Jean-François Lemesle, maire de Cliponville et président de l'Association des maires ruraux de Seine-Maritime (AMR76).
Les élections municipales constituent un grand moment de la vie démocratique de notre pays. Des hommes et des femmes s'engagent, portent des projets mais leur fonction d'édile n'est pas toujours bien connue, voire reconnue. Rencontre avec Jean-François Lemesle, maire de Cliponville et président de l'Association des maires ruraux de Seine-Maritime (AMR76).
Les 15 et 22 mars 2026 (voir encadré), les Français seront appelés à élire leur maire. Maire de Cliponville, petit village du pays de Caux à quelques encablures de Fécamp, Jean-François Lemesle, 69 ans, se présente aux prochaines municipales pour un 3e mandat. Originaire de Saint-Léonard, fils de cultivateur, cet ancien préparateur chargé d'affaires chez EDF aujourd'hui à la retraite est à la tête de 260 habitants.
Cliponville est une petite commune rurale*. Elle fait partie de la communauté d'agglomération Caux Seine Agglo qui compte 50 communes. Son centre-bourg, Fauville-en-Caux, est à 6 km. Elle est située hors unité urbaine et hors attraction des villes. Sa population est vieillissante mais elle attire des jeunes gens de classe moyenne en quête de verdure, de terrains moins chers et d'un cadre préservé. "Les matériaux de construction ont toutefois beaucoup augmenté, ce qui freine leur installation et la voiture est une nécessité onéreuse lorsqu'il faut faire des kilomètres pour aller travailler." L'éloignement des services publics est un souci constant et la question de l'école a longtemps été un casse-tête. "Les naissances n'étaient pas au rendez-vous et il a fallu il y a quelque temps fermer deux classes. On ne peut pas faire des classes élémentaires de 3 voire de 4 niveaux. Personne n'en veut et c'est bien compréhensible." Dorénavant les enfants vont à Fauville-en-Caux.
"Couteau suisse"
Motivé par l'envie d'agir, Jean-François Lemesle ne se ménage pas. "L'action concrète sur le terrain est un moteur puissant". Et comme dans de nombreuses petites communes il intervient lui-même çà et là pour réparer bâtiments et espaces communaux, et fait souvent office de secrétaire. Une sorte de "couteau suisse" en somme, prompt à se déplacer, disponible à toute heure et tous les jours de la semaine, dimanche compris. L'homme est d'ailleurs facilement joignable et son n° de portable est connu de tous. "Dans nos communes, on se connaît, on se parle, on se comprend et le dialogue local permet souvent d'éviter des conflits inutiles, voire des contentieux. Le maire est un médiateur, pas un technocrate. Il doit faire preuve de discrétion. C'est d'autant plus important que les gens ont confiance en vous".
La fonction est exigeante, "mais je me sens très utile tant dans la gestion financière de la commune que dans les questions d'ordre social qui sont très importantes". Sa boussole ? "Les deniers publics, souligne-t-il. Il ne faut pas faire des promesses qu'on ne peut pas tenir ". Alors certes, "les décisions que nous prenons avec mon conseil municipal ne sont pas toujours faciles, mais je suis le garant des recettes et des dépenses".
Jean-François Lemesle n'oublie pas non plus que la loi lui confère des compétences qui sont soumises au contrôle hiérarchique du préfet et des compétences exercées sous l'autorité du procureur de la République. En somme, la fonction oblige. "On ne fait pas n'importe quoi, nous avons une responsabilité juridique".
Des contraintes de plus en plus lourdes
Fort de ses deux mandats et de sa présidence à l'Association des maires ruraux de Seine-Maritime (voir encadré), Jean-François Lemesle le reconnaît aisément : la fonction attire de moins en moins et nombre d'édiles démissionnent en cours de mandat. La faute très certainement au fait que "les maires subissent un empilement de normes" et "la complexité administrative nuit à l'efficacité et au bon sens". Sans compter que "les règles sont parfois décidées loin des réalités et apparaissent parfois absurdes".
Le maire rural, "partenaire des agriculteurs"
Sur ce territoire rural, les questions agricoles sont prégnantes. La commune compte encore cinq exploitations et Jean-François Lemesle l'annonce tout de go : "l'agriculture n'est pas un sujet parmi d'autres : elle structure les territoires ruraux, l'économie locale et le paysage". Autrement dit l'agriculture est "un enjeu d'avenir pour les communes" et "il faut l'expliquer pour désamorcer les tensions qui peuvent surgir entre habitants (voir encadré sur la Charte du bien vivre ensemble)". " Sans agriculteurs il n'y a plus de communes rurales vivantes. C'est pourquoi le renouvellement des générations agricoles est un enjeu majeur et qu'il convient de protéger le foncier agricole. C'est une priorité pour les maires ruraux que nous sommes".•
* Il y a 661 communes dites rurales en Seine-Maritime, c'est-à-dire de - de 3 500 habitants.
Municipales 2026 : du changement !
À l'occasion de ces élections municipales des 15 et 22 mars 2026, le mode de scrutin change dans les communes de moins de 1 000 habitants. En application de la loi du 21 mai 2025, le mode de scrutin sera le même dans toutes les communes de France : un scrutin de liste, paritaire (la parité femmes-hommes devient obligatoire), à deux tours, avec dépôt de listes de candidats et suppression du panachage. Il n'est donc plus possible d'ajouter, de rayer ou de changer l'ordre des noms de la liste sur le bulletin de vote. L'électeur vote en faveur d'une liste qu'il ne peut pas modifier. Tout ajout, toute rature, ou toute modification de l'ordre de la liste conduira à une nullité du bulletin de vote.
L'Association des maires ruraux
L'AMRF (Association des maires ruraux de France) a été créée en 1971. Elle est constituée de 89 associations départementales. Celles-ci représentent les maires ruraux auprès des interlocuteurs publics du département et des services déconcentrés de l'État (Préfecture, Conseil Général, etc.) ainsi que des opérateurs de services. L'AMRF est une force d'information qui permet de savoir ce qui se passe dans les territoires ruraux. "Nous plaidons auprès des services de l'État pour plus de confiance, plus de simplification et plus de dialogue".
L'AMRF forme aussi en continue les maires afin que ceux-ci maintiennent leurs connaissances à jour tant sur le plan réglementaire que fiscal.
Jean-François Lemesle est président de l'Association des maires ruraux de Seine-Maritime (AMR76). Elle défend une "ruralité vivante et productive". " Les maires ruraux et les agriculteurs ont en commun une chose essentielle : ils vivent et font vivre le territoire au quotidien, souligne-t-il. Et c'est pourquoi nous effectuons un important travail avec le monde agricole car nous avons besoin de travailler ensemble et pas les uns contre les autres. Cela passe forcément par une agriculture respectée, écoutée et accompagnée. D'où des partenariats avec les Chambres d'agriculture et les syndicats d'exploitants agricoles".
La Charte du “bien vivre ensemble” dans les espaces agricoles et ruraux de la Seine-Maritime
Signée conjointement en décembre 2022 par la Préfecture de Seine-Maritime, la Chambre d'agriculture, l'ADM76, l'ADMR76, le Département, la Métropole Rouen Normandie, la Communauté urbaine Le Havre Seine Métropole, et l'Union départementale des associations familiales, cette Charte du “bien vivre ensemble” rédigée par la Chambre a pour objectif de partager les principales informations sur l'activité agricole, les droits et devoirs de chacun et de rappeler quelques principes de cordialité pour éviter incompréhensions ou litiges et faciliter le bien vivre ensemble. Elle est disponible en mairie.