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En Seine-Maritime, le bulot se raréfie 

Dans le port de Fécamp, Alexandre Leclerc fait face à un avenir incertain pour son activité de pêche de bulots. Patron de l'entreprise Buccimarée, il se bat pour préserver ce coquillage emblématique de la région. Deuxième produit de la mer le plus pêché en Normandie, sa récolte diminue néanmoins d'année en année.

Originaire de Basse-Normandie, près de Granville, Alexandre Leclerc est né avec des bottes aux pieds. Petit-fils de pêcheur et fils de conchyliculteur, il baigne depuis son enfance dans l'univers marin. Désireux d'explorer de nouveaux horizons, il navigue sur divers bateaux et expérimente plusieurs types de pêche (chalut, coquille, casier tourteau, filet).

À 17 ans, il fait ses premiers pas en tant que matelot avant de devenir patron de navire, à l'âge de 21 ans. Rapidement, un ami pêcheur de bulots dieppois repère son potentiel et le prend sous son aile. Séduit par la méthode de pêche, il se passionne alors pour ce mollusque. " En 2008, j'ai eu l'opportunité de venir à Dieppe par le biais d'un ami et c'est ainsi qu'un armateur de Dieppe m'a repéré. Après quatre ans d'expérience, l'envie de passer à l'échelle supérieure s'est fait sentir. J'ai donc décidé de me lancer à mon compte en 2013, en achetant mon propre bateau. Puis, quatre ans plus tard, j'ai créé ma société Buccimarée, en référence au nom latin du bulot Buccinum undatum", confie Alexandre Leclerc.

Des bulots récoltés par pêche sélective 

Le bulot est le symbole des côtes normandes. Pour le préserver, Alexandre Leclerc utilise une technique de pêche bien spécifique, une pêche au casier, dite sélective. " Le bateau est équipé de filières, des cordes auxquelles sont fixés des casiers. Ces derniers, en structure rigide et recouverts d'un filet, sont conçus avec un trou spécifique permettant l'entrée des bulots. Les bulots étant nécrophages, des appâts (crustacés, roussettes et poissons à chair blanche) y sont placés à l'intérieur pour attirer les coquillages ", détaille-t-il. De cette manière, les fonds marins sont préservés car la taille des casiers permet de ne récolter que les bulots. Les matelots remontent entre 30 et 60 casiers par filière, une "corde" à laquelle sont amarrés des casiers. " On en relève ainsi 700 par jour, ce qui équivaut à 14 filières ". 

Une fois triés, ils sont calibrés pour éliminer les juvéniles, puis soigneusement nettoyés afin d'éliminer toute impureté. " Ils sont ensuite conditionnés dans des caisses en bois, choisies pour leur aspect écologique, esthétique et leur capacité à préserver la fraîcheur ", explique Alexandre Leclerc. Les bulots sont ensuite vendus directement par le biais de la société Buccimarée à des grossistes ou des mandataires, sous la marque Buccimer, arborant le logo distinctif d'un bulot avec un pouce en l'air.

Le volume de bulot a chuté drastiquement

La majorité de la production française de bulots est originaire de Normandie. Pêcheur depuis une vingtaine d'années, Alexandre Leclerc constate une forte baisse des volumes capturés. " Il y a dix ans, nous récoltions 300 tonnes de bulots à l'année. Aujourd'hui, nous peinons à atteindre les 150 tonnes" déplore-t-il. Selon lui, plusieurs facteurs l'expliquent. "En Seine-Maritime, la réglementation permet de pêcher le bulot dès qu'il atteint 4,5 cm. Mais c'est absurde, car il arrive à maturité sexuelle entre 4,9 et 5,2 cm", insiste-t-il, soulignant que "les meilleurs reproducteurs sont ainsi capturés, contribuant à l'épuisement de la ressource".

Un autre sujet de préoccupation pour Alexandre Leclerc est celui de l'installation d'un parc éolien dans sa zone de pêche. "En 2021, un parc de 71 éoliennes en mer a été implanté dans une zone riche en mollusques (au large de Fécamp, NDLR). Je reste sceptique quant à cette initiative. Le bulot est un petit coquillage nécrophage qui n'apprécie pas d'être dérangé. Avec les courants marins générés par les éoliennes, les poissons in fine circuleront moins, ce qui affectera l'approvisionnement alimentaire du bulot", explique-t-il. 

Il souligne également les menaces liées au réchauffement climatique. "En dix ans, la température de la Manche a augmenté de 2°C. Cette hausse a des conséquences directes sur le cycle de vie du bulot. Sensible à la température de l'eau et friand d'eaux fraîches, une élévation de la température perturbe son développement, son comportement reproductif et sa survie."

L'avenir du bulot est entre les mains des jeunes 

Engagé au sein du comité régional des pêches, Alexandre Leclerc s'investit pleinement pour assurer la pérennité de son métier. Il invite la nouvelle génération à ouvrir grand les yeux. "J'espère qu'ils prendront conscience des enjeux actuels et veilleront à préserver leur environnement et leurs ressources. Il est crucial d'agir de manière réfléchie", conclut-il.•

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