DNC : réunion d'information au lycée agricole d'Yvetot
Un amphithéâtre plein pour prendre connaissance des dernières informations du GDMA 76 sur la DNC. Beaucoup d'échanges et de questions de la salle avec un maître mot face à cette situation exceptionnelle : la solidarité.
Un amphithéâtre plein pour prendre connaissance des dernières informations du GDMA 76 sur la DNC. Beaucoup d'échanges et de questions de la salle avec un maître mot face à cette situation exceptionnelle : la solidarité.
Pensant qu'il y avait un réel besoin d'information, les Jeunes agriculteurs de Seine-Maritime ont demandé au GDMA 76 d'intervenir sur la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) mardi 16 décembre au lycée agricole d'Yvetot.
La présentation par Christophe Savoye, directeur du GDMA 76, a suscité de nombreuses questions. Ce dernier a commencé par rappeler que la DNC est un sujet d'actualité depuis le 29 juin dernier et que le comportement de certains éleveurs irresponsables fait que cela reste malheureusement d'actualité encore aujourd'hui. « Le sanitaire, c'est du collectif. Des gens ont fait n'importe quoi. Il y a des transports d'animaux qui n'auraient pas dû être faits », a-t-il appuyé. Pour lui, la problématique sanitaire est exceptionnelle mais il existe des outils et des connaissances. « Nous sommes tout prêts de l'éradication. Il y a aujourd'hui présence du virus dans certaines régions de France parce qu'il y a eu des gens qui n'ont pas été sérieux dans les mouvements d'animaux ».
Comment retrouver le cheminement du virus ?
Des enquêtes épidémiologiques sont en cours pour essayer de retrouver le cheminement de ce virus de la famille des varioles. Cela prendra du temps mais la brigade d'enquête vétérinaire arrivera à tracer et à remonter les cas. Christophe Savoye précise que les cas espagnols sont dus à des exportations irresponsables de bovins en provenance de zones interdites françaises. « Il faut savoir que la dissémination de maladies contagieuses et la dissimulation de maladies contagieuses relèvent du pénal ».
La vaccination a-t-elle bien fonctionné ?
« Il y a eu de gros sacrifices de la part des éleveurs qui ont joué le jeu jusqu'au bout : dans les deux Savoie et dans l'est de la France de manière générale, la vaccination a bien fonctionné et les élevages ont commencé à se remonter. La vaccination doit être faite très rapidement. C'est important car c'est l'économie de la ferme France qui peut être pénalisée avec des blocages d'export sur le long terme. Techniquement, au GDMA 76, il n'y a pas de questions sur les mesures aujourd'hui en place », répond Christophe Savoye qui rappelle la grande solidarité des GDS qui sont venus nettoyer et désinfecter les lieux. « Une équipe de Seine-Maritime a participé à cela durant une semaine. Dans cette situation, la solidarité est très importante ».
Le vaccin contre la DNC est un vaccin vivant qui peut donc provoquer des réactions fortes chez certains animaux. À ce jour il n'y a pas eu de signalements massifs d'incidents.
Comment se passe le repeuplement ?
Loïc Scalabrino, éleveur dans le Doubs en production bovine lait AOP comté, morbier, mont d'or, témoigne : « Dans ma zone, je suis touché par la vaccination obligatoire. Dans les deux Savoie, sur les 50 élevages touchés, deux ont arrêté. Pour les autres, une fois que les bâtiments ont été désinfectés, il y a eu une grosse solidarité pour repeupler. Beaucoup de montbéliardes sont arrivées en provenance du massif du Jura. Et grâce au réseau JA, il a été fourni des animaux de bonne qualité à des prix plus qu'abordables », explique le secrétaire général adjoint des JA.
Pourquoi ne pas élargir la vaccination au niveau national ?
« Si tout le monde avait joué le jeu, on ne parlerait plus de DNC depuis fin août. Malheureusement, aujourd'hui, il y a des élevages qui sont au minimum un an sans débouché à l'export de leurs produits sur les zones vaccinales volontaires obligatoires. C'est pour cela que je pense qu'élargir la zone vaccinale n'est pas la bonne solution. Si nous n'avons plus le statut indemne au niveau de la France entière, aucun produit animal, lait, viande, fromage, beurre... ne pourra sortir de nos frontières. Pour moi, la vaccination généralisée, c'est se tirer une balle dans le pied », affirme le jeune éleveur.
Est-ce vraiment nécessaire d'abattre tous les animaux ?
« La partie émotionnelle sur l'élimination des animaux est le fond du problème aujourd'hui. Cette maladie est très contagieuse. Les animaux touchés sont en souffrance et finissent par mourir pour une partie d'entre eux. Les autres ne sont pas récupérables pour une valorisation. Éliminer un lot permet de couper la source de virus. C'est très difficile pour un éleveur mais il doit être accompagné au mieux. Bien sûr, cette épreuve laisse des cicatrices mais l'accompagnement et la solidarité aident à remettre un cheptel en route », répond Christophe Savoye.
« Aujourd'hui 80 cheptels ont subi des abattages. Et cela en restera là si les règles de mouvement sont bien respectées et si la vaccination se déploie le plus rapidement possible dans les zones touchées », ajoute Loïc Scalabrino qui donne l'exemple de la Bulgarie qui s'est débarrassée de la maladie en moins d'un an en mettant en place le dépeuplement, le zéro mouvement et la vaccination rapide.
« Dépeupler son cheptel c'est une catastrophe pour un éleveur mais c'est la seule technique qui permet de protéger tout le monde. Il faut prendre du recul, prendre connaissance de la maladie, et faites confiance aux scientifiques. Ils ont une partie de la réponse et nous éleveurs nous sommes en charge de l'appliquer dans nos élevages », précise Guillaume Eudier, président du GDMA 76.
« Malheureusement il n'y a pas de moyens aujourd'hui de détecter un animal asymptomatique. Les outils de test n'ont pas de sensibilité suffisante. On détecte le positif mais le résultat négatif n'est pas systématiquement négatif. Si nous avions un outil efficace, il pourrait être généralisé et donner plus de liberté », explique le directeur du GDMA 76.
Et si on laisse faire l'immunité naturelle ?
« Si on laisse faire l'immunité naturelle, 160 000 sur les 16 millions de bovins vont disparaître. Aujourd'hui 3 000 bovins ont été abattus », répond Guillaume Eudier. « On sous-estime beaucoup l'impact de la maladie. Sur des territoires comme le nôtre dans le Doubs, on peut arriver à des 70-80 % de mortalité. Si on laisse faire l'immunité naturelle, on met tous la clé sous la porte », ajoute Loïc Scalabrino.
Pour éviter que cela recommence ?
Une seconde vaccination dans les zones touchées est en réflexion avec la DGAL et l'État. « Mais ce sont surtout les comportements des éleveurs qui seront importants. Il nous faut être irréprochables. Et être très vigilants quand on achète des animaux », répond Guillaume Eudier.
« Le sanitaire est un sujet grave, ce n'est pas un sujet syndical. Nous sommes tous concernés. Je vois seulement que dans les deux Savoie, les actions ont marché si on est sérieux. Et l'État poursuivra ses indemnisations s'il n'y a pas trop de cas, si on travaille bien », conclut Bruno Ledru, président de la FNSEA 76.•