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Interview de Bruno Ledru, président de la FNSEA 76
De l’action revendicative nous allons maintenant entrer dans la construction avec le préfet

Alors que les agriculteurs sortent à peine d’une période intense de mobilisation, Bruno Ledru, président de la FNSEA 76 revient sur les annonces du gouvernement et sur les chantiers désormais ouverts.

Bruno Ledru, président de la FNSEA 76.
Bruno Ledru, président de la FNSEA 76.
© Simon Huet

Les deux dernières semaines ont été marquées par d’importantes mobilisations dans le département. Quel bilan et quels enseignements tirez-vous de ce mouvement ?

« De mémoire de syndicaliste départemental, cela faisait longtemps que nous n’avions connu une telle mobilisation. Nous avons mené une dizaine d’actions, à Rouen, au Havre, à Dieppe, sur les ponts, sur les autoroutes – y compris aux abords de Paris –, sans oublier les actions en GMS. On estime qu’environ 2 000 agriculteurs seinomarins ont participé à ces opérations, le plus souvent organisées par les équipes locales des deux réseaux FNSEA 76-JA 76. Cette complémentarité a parfaitement fonctionné, et c’est aussi, pour nous, un grand motif de satisfaction. Je veux ici remercier tous les agriculteurs qui ont participé à ce mouvement et surtout de l’avoir fait dans le respect des biens et des personnes. La sécurité a été le maître-mot de nos actions. Et puis, il était pour nous essentiel de donner une bonne image de notre mouvement et de conserver la sympathie exprimée des citoyens. C’est d’ailleurs pour les remercier que nous les avons invités à partager des crêpes, lors de notre dernier rassemblement à Rouen, vendredi dernier. »

Le Premier ministre a fait une seconde annonce en fin de semaine dernière, déclenchant ainsi la levée des barrages en France et en Seine-Maritime. Êtes-vous satisfait des réponses apportées par l’exécutif ?

« Après l’annonce du gouvernement, nous avons pris le temps d’échanger et de partager la position syndicale à tenir avec les instances FNSEA 76 et JA 76. Unanimement, nous avons considéré que ce que nous avions obtenu devait nous permettre de lever les actions. Bien entendu, nous sommes toujours un peu déçus après une telle mobilisation. Tout n’est pas parfait et nous attendons encore des précisions sur le contenu précis de ces annonces. Il faut aussi que l’Europe nous explique clairement comment va s’appliquer la dérogation jachère, qu’elle avance vite sur le ratio prairie, sur les clauses miroirs ou sur les IED. Clairement nous sommes insatisfaits de la réponse européenne sur bon nombre de sujets. Le gouvernement doit retourner au charbon pour obtenir plus de la Commission européenne. Mais globalement, si on parle du GNR, du début de réponse sur la jachère, sur la mesure élevage, sur les Egalim, sur l’ambition autour de la souveraineté et de la production, il y a des acquis intéressants. Le reconnaître est nécessaire pour avancer mais ne signifie en rien que nous baissons la vigilance. »

L’action est chez nous comme ailleurs en pause comme l’annoncent la FNSEA et les JA ?

« Je ne dirais pas qu’elle est en pause mais qu’elle change. De l’action revendicative nous allons maintenant entrer dans la construction avec le préfet sur le sujet majeur de la simplification. Nous avions fait de ce point un élément clé de nos revendications. Il faut que cela avance rapidement et de manière très concrète. Pour prendre un exemple, nous ne comprenons pas qu’il faille faire une demande individuelle quand nous avons obtenu de la DDTM, une dérogation départementale. C’est le cas par exemple pour la récente dérogation au calendrier d’épandage ou pour le tir des corvidés. Dans ces deux cas, ce sont des papiers à remplir par l’agriculteur et qui saturent les services de la DDTM. Ça n’a aucun sens. Nous allons lister toutes les surtranspositions, toute la suradministration et travailler avec les services de l’État en région pour tenter d’en faire sauter ou évoluer le plus grand nombre. Nous devons aboutir sur ces sujets car cela constituerait un vrai progrès pour les agriculteurs. Si on arrive à alléger la charge administrative, nous aurons gagné en sérénité et en qualité de vie. Le travail syndical s’annonce compliqué mais le jeu en vaut la chandelle. L’État a trois semaines, jusqu’au Salon de l’agriculture, pour témoigner de sa bonne volonté. Nous saurons lui rappeler, si besoin, que nous sommes toujours attentifs et prêts à nous mobiliser si besoin. »
Propos recueillis par Simon Huet

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