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De la propagande à la prévention positive

Le Musée national de l'éducation à Rouen propose de découvrir le très long parcours de la tradition des alcools auprès des enfants jusqu'au verre de lait.

Les alcools sont encore la cause de 41 000 morts chaque année en France. Ils touchent les adultes mais aussi les plus jeunes. Selon le site du ministère interministériel de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), "85,7 % des jeunes de 17 ans ont déjà expérimenté l'alcool, 8,4 % ont une consommation régulière (au moins 10 fois dans le mois), et 44 % ont déclaré une alcoolisation ponctuelle importante dans le mois". Un constat qu'il faut relativiser selon le ministère, car il " montre une tendance à la baisse. Entre 2022 et 2023, la consommation a diminué de 3,8 %, et un adolescent sur cinq n'a jamais bu, contre un sur dix en 2000. Les jeunes passent d'un modèle méditerranéen (consommation modérée et quotidienne) à un modèle nordique (moins fréquent, mais parfois plus excessif)". Et pourtant, la société française partait de très loin. Voilà ce que propose de découvrir l'exposition choc installée jusqu'au 3 janvier au Musée national de l'éducation à Rouen intitulée "Enfants et alcools". Un long parcours, du XIXe au XXe siècle, entre traditions familiales, lobbying des producteurs et prévention positive par le verre de lait.

Première interdiction en 1916

Mise en place par la conservatrice et documentaliste Kristell Gilbert et l'historienne Victoria Afanasyeva, l'exposition "composée d'objets et de documents du musée et de prêts de Victoria et de chercheurs" comprend trois parties. La première, sur la normalité "montre qu'il est culturellement normal de consommer de l'alcool en France à table, entre amis lors de fêtes ou de cérémonies et cela depuis toujours. Cela montre le mimétisme des enfants vis-à-vis des adultes, car ils sont exposés à l'alcool dans le cadre familial où le vin est souvent présent sur la table des repas, et cela encore aujourd'hui. Que de l'imitation, ils passent souvent à la consommation". Ce chapitre montre aussi que les alcools fermentés (vins, bières, cidre) étaient considérés "comme des fortifiants, une forme de médicalisation, car l'eau était impropre à la consommation. En Normandie, on mettait même du calvados dans le biberon des nourrissons". Des bienfaits que les grandes marques illustraient pour les plus jeunes à travers des objets du quotidien, des jouets mais aussi sur les accessoires pour l'école (buvards, règles, gommes, etc.) : "c'est une promotion qui a duré jusque dans les années 50. Il faut rappeler que dans les cantines scolaires, on servait du vin mélangé avec de l'eau aux enfants de maternelles et primaires jusqu'en 1916, aux moins de 14 ans jusqu'en 1956 et on ne l'a interdit à tous les élèves qu'en 1981", complète l'historienne.

Il faudra attendre 1981 pour voir une interdiction totale du vin à la cantine

Une prévention pas obligatoire

Malgré la pression des vignerons, une première prise de conscience est intervenue "après la défaite de la France en 1871, car on a dit que les soldats étaient toujours ivres. C'est aussi au moment de l'industrialisation des alcools distillés donc d'une production massive et donc moins chère. Cela a occasionné l'ouverture d'une multitude de bistrots dans des villes qui sont devenues de plus en plus peuplées et dans les villages. On commence alors à parler de problèmes de santé et d'hygiène. On développe un discours autour d'une vision médicale. L'alcoolisme a été décrété comme une maladie en 1849. On publie alors des images et des affiches d'organes malades. On illustre aussi les autres effets sur la société ou sur la famille comme les comportements violents, les crimes, les suicides, la dégénérescence jusqu'à l'élimination de la race. En 1895-1897, par une volonté d'éducation antialcoolique, des vraies leçons sont introduites dans les manuels scolaires, sans que cela soit obligatoire". C'est là l'objet de la troisième et dernière partie de l'exposition sur "la prévention. Des conférences pédagogiques sont ainsi proposées aux instituteurs. Pour les élèves, des concours sont organisés par des associations ou des sociétés de tempérance pour changer les habitudes des enfants. À ces occasions, des diplômes, des livres et des médailles sont remis par milliers et cela jusque dans les années 50. On arrivera à l'antialcoolisme constructif avec Pierre Mendès-France, alors Premier ministre, qui demandera de remplacer le vin par des jus de fruit et surtout le verre de lait à la cantine. Une vision qui s'élargira au fil des années à d'autres addictions comme la drogue, le tabac, les écrans et même la vitesse grâce à la prévention routière".•

Exposition "Enfants et alcools" jusqu'au 3 janvier 2027 au Musée national de l'éducation, 185, rue Eau-de-Robec à Rouen. Informations : www.munae.fr

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