Cuma Seine Normande : pourquoi pas un tracteur en commun ?
La Fédération des Cuma Seine Normande a tenu son assemblée générale, jeudi 12 février à Bonneville-Aptot (27), avec un focus sur la traction et les charges de mécanisation.
La Fédération des Cuma Seine Normande a tenu son assemblée générale, jeudi 12 février à Bonneville-Aptot (27), avec un focus sur la traction et les charges de mécanisation.
"Nous terminons l'année 2025 sur une note de victoire, une de celle qui nous rappelle pourquoi nous nous battons", souligne Vincent Leborgne, président de la Fédération des Cuma Seine Normande. Lors de la lecture de son rapport moral durant l'assemblée générale de la structure, jeudi 12 février à Bonneville-Aptot (Eure), il est revenu sur l'obtention du crédit d'impôt à un taux de 7,5 % accordé au réseau.
"C'est une reconnaissance de notre modèle et un bénéfice direct pour les adhérents Cuma, affirme-t-il. Un agriculteur sur deux touchera environ 1 000 €. C'est une justice fiscale qui encourage le partage plutôt que le suréquipement individuel". Et justement, quelles solutions pour mutualiser et imaginer le machinisme du futur ? Un sujet largement débattu durant la matinée.
" Les Cuma restent au cœur de l'investissement de demain. "
Un tracteur pour trois
"La mécanisation représente 30 % de vos charges d'exploitation, dont la moitié du poste revient au tracteur", relève Dimitri Gabriel, apprenti à la Fédération des Cuma Seine Normande. D'après ses observations, les charges de mécanisation au sein d'un système céréalier sont de l'ordre de 39 % contre 34 % en cultures industrielles uniquement et 23 % en système lait. Elles s'étendent de 600 € à 900 €/ha en moyenne, soit environ 17 % du chiffre d'affaires. Et lorsque l'on sait que 80 % des exploitations agricoles sont équipées d'un tracteur de plus de 200 CV et un volume moyen de 350 heures/an, "les coûts horaires explosent. 40 % des Cuma sont équipées d'un tracteur. Pour le rentabiliser, investir à partir de trois semble être le pari gagnant et divise les charges, avec moins de trajet et de logistique, autour de 500 heures de fonctionnement par an", indique-t-il.
Témoignage
À la Cuma d'Homare, située entre Brionne et Bourgtheroulde, 28 adhérents se partagent 30 machines pour un chiffre d'affaires de 124 000 €. Outre la herse à paille ou deux fissurateurs, entre autres, ses membres ont choisi d'investir dans un tracteur. "On l'a acheté en 2021 et il a été livré en octobre 2022", note Patrick Leicher, président du groupe. Un choix motivé entre autres par l'acquisition d'un semoir de 6 mètres de large. "Le round baller ne suffisait plus. On s'est orienté vers un modèle de tracteur de 200 CV, le Fendt 720, avec un chargeur pour les ensilages", se remémore-t-il. L'engin tourne dans un rayon de 15 km. Dix adhérents y ont recours pour un total de 700 heures par an. Le coût est de 28,50 €/h, dont 4 € de prix d'entretien. "On l'a payé 170 000 €, dont 48 900 € de subventions. Il a tourné 2 000 heures au total, il est comme neuf !", précise-t-il.
Le tracteur de demain
"La traction partagée permet de réduire les coûts d'investissement, une meilleure utilisation du matériel, un accès à des technologies avancées, une flexibilité et mutualisation. Et si la décision est plus longue à prendre à plusieurs, au bout du compte vous êtes gagnants, sans compter la réduction de l'empreinte environnementale", atteste Gauthier Savalle, animateur et référent agroéquipements. Le tout, c'est d'avoir "un responsable dédié à chaque machine pour la gestion du planning. Et pensez aux contrats de maintenance avec les concessionnaires, ajoute-t-il. Il faut bien prendre en compte les besoins, voire les surestimer et anticiper les options". Mais ce n'est pas toujours facile de faire un choix quand on voit les avancées du marché. Entre le tracteur thermique avec opérateur, l'électrique, l'engin au méthane ou l'hybride... Autonome ou semi-autonome. "Les robots autonomes ont un débit de chantier moins instantané, mais ils peuvent tourner 24 h/24", relate Gauthier Savalle. Une démonstration d'usage de l'Agbot d'Agxeed a eu lieu l'après-midi à ce titre. "On peut s'imaginer dans 20 ans que 90 % des tracteurs soient des robots. [...] On sent que ça va évoluer très vite. Les Chinois et les Japonais mettent la pression sur le marché. L'échantillon de réflexion est large. Plein de modèles sont imaginables", conclut Vincent Leborgne.•
La filière bois en mouvement
La Cuma Haies'nergie et Territoires a réceptionné en novembre 2025 un porteur forestier accompagné d'une tête grappin scieur. "Ce matériel dont la tête ressemble à une tronçonneuse permet des coupes très belles, qui correspondent au label haies, ça évite les reprises. Son usage facilite le passage de la déchiqueteuse", vante Louise Le Rossignol, animatrice et référente du programme bois à la Fédération des Cuma.
Cet investissement œuvre pour l'autonomie du réseau sur le volet abattage. "Jusque-là, l'abattage était délégué aux entreprises et nous ne maîtrisions pas le stockage des produits à déchiqueter. La Cuma gère désormais la chaîne de A à Z. Et plus de 50 % du bois est autoconsommé par le groupe", reconnaît Vincent Leborgne, président de la fédération.
En parallèle, la structure dispose aussi d'une scierie mobile, ainsi qu'un combiné scieur fendeur pour valoriser les grumes en planches ou en bois bûches. Une autre activité se développe avec un broyeur rapide pour valoriser le reste. "C'est un matériel pour ramener de la matière organique ou stabiliser nos sols", ajoute-t-il. La tarification dépend du volume, du linéaire, etc.