Bio : la reprise en trompe-l'œil
En 2025, le marché bio français a renoué avec la croissance pour atteindre 12,6 milliards d'euros. Mais ce rebond de la consommation (+ 3,6 %) masque une crise de la production : pour la première fois, le nombre de fermes bio recule, mettant en péril ce secteur d'activité.
Les derniers chiffres de l'Observatoire 2025 de l'Agence Bio présentés le 16 juin lors d'une conférence de presse à Paris, laissent apparaître une reprise de la consommation dans tous les circuits de distribution, avec en plus une hausse de la consommation des ménages en bio qui remonte à 5,8 %. En valeur, le marché progresse de 3,6 %, mais c'est surtout la progression en volume de 2 % qui rassure, surpassant largement l'évolution du marché alimentaire global (+ 0,3 %). Pour la première fois depuis 2021, la grande distribution retrouve des couleurs avec une croissance de 1,2 %. Les magasins spécialisés affichent également une santé robuste avec + 8,5 % de ventes, tandis que la vente directe progresse de 3,8 %. La dynamique du bio est portée par des produits phares : les œufs (+ 9,5 % en valeur), les fruits et légumes (+ 7,3 %) et les produits laitiers (+ 4,8 %). Même le secteur de la viande, après des années difficiles, renoue avec la croissance, notamment pour la volaille (+ 4,9 %). Autre signe encourageant, le poids des importations dans les ventes a reculé pour atteindre 28,3 %, son plus bas niveau depuis 2017.
Attente des consommateurs
Pourtant, derrière ces chiffres de vente positifs, l'amont agricole vacille. En effet, pour la première fois, le nombre de fermes engagées en bio recule de 1,3 %, s'établissant à 61 159 exploitations, indique l'Observatoire. Si la filière bio résiste mieux que l'agriculture conventionnelle (qui perd 3,6 % de ses fermes), elle représente désormais 17,3 % des exploitations françaises. Les surfaces agricoles biologiques subissent également une légère baisse pour la troisième année consécutive (- 1,1 %), se stabilisant à 2,69 millions d'hectares, soit 10 % de la surface agricole utile.
Pour la Fédération nationale d'agriculture biologique (FNAB) ce décalage est alarmant. La santé économique des fermes s'est dégradée depuis 2022 sous l'effet de l'inflation des charges et de prix à la production insuffisants. Le soutien public est jugé érodé, rendant le modèle moins attractif pour les nouvelles installations. La fédération réclame une hausse de l'écorégime bio et une application stricte de la loi Egalim, avec une prise en compte réelle des coûts de production. Bruno Martel, président de l'Agence Bio a insisté sur l'urgence de « traduire l'attente des consommateurs en un élan collectif » pour sécuriser les producteurs actuels et inciter aux conversions.
Gisement de croissance
Le défi est d'autant plus grand que le consommateur reste volatil. Ainsi une étude Ifop/So.bio révèle que 74 % des Français achètent du bio, mais quatre sur dix sont des "mixeurs" alternant entre bio et conventionnel selon le prix ou l'enjeu santé. Le prix demeure le frein principal pour la quasi-totalité des foyers, suivi de près par le caractère trop transformé de certains produits industriels. En effet, 75 % des consommateurs renoncent au bio si le produit semble trop industriel. Malgré ces freins, le gisement de croissance est là : 82 % des Français souhaitent davantage de bio pour les enfants, notamment en restauration collective, souligne l'étude Ifop.
L'enjeu pour 2026 sera de consolider l'amont pour répondre à cette demande. Si les surfaces en première année de conversion repartent à la hausse dans les grandes cultures (+ 24 %) et les légumes frais (+ 44 %), la filière doit transformer cet essai pour garantir la souveraineté alimentaire française.•