GEOFFROY D'ÉVRY, président de l'UNPT
"Avoir une vision éclairante sur le marché”
Dans quelques jours aura lieu le Congrès de l'UNPT à Arras (62)*. Selon Geoffroy d'Évry, président de l'UNPT, il est à ne pas rater car "il est important d'avoir des clés pour engager ses surfaces, sécuriser sa commercialisation et planifier ses investissements".
Dans quelques jours aura lieu le Congrès de l'UNPT à Arras (62)*. Selon Geoffroy d'Évry, président de l'UNPT, il est à ne pas rater car "il est important d'avoir des clés pour engager ses surfaces, sécuriser sa commercialisation et planifier ses investissements".
Pourquoi les producteurs doivent-ils être présents à ce congrès UNPT ?
Nous aurons la chance d'avoir la présence de Céline Imart, députée européenne et de Laurent Duplomb sénateur, qui portent tous les deux les sujets agricoles. Ils offriront aux producteurs une vision plus large des différentes problématiques - le revenu des producteurs, l'accès à l'eau, l'homologation des phytosanitaires, les moyens de production - en nous expliquant comment s'articule l'ensemble des réglementations et ce que peuvent apporter les institutions françaises et européennes." Dans un premier temps, un état des lieux de la situation sera fait. Il y aura ensuite une analyse de l'UNPT pour les mois et l'année à venir, ainsi qu'à moyen terme. Enfin, Céline Imart et Laurent Duplomb interviendront pour nous éclairer sur les freins et les responsabilités de chacun ".
Pourquoi la filière est-elle en crise ?
Il y a encore peu de temps il nous fallait gérer la croissance ; aujourd'hui il nous faut gérer la crise. Ces dernières années, nous avons vécu une crise de l'offre par rapport à une demande mondiale importante."
"En termes de production, aussi bien en pommes de terre fraîches, industrielles, féculières ou primeur, les industriels ont développé leurs outils et ont eu besoin de surfaces. L'arrivée de trois industriels sur le territoire français nous permettait d'annoncer des intentions de croissance de la demande à l'horizon 2028-2030."
"La sécheresse 2022 a mis à mal les producteurs. En 2024, les cours en baisse des autres productions les ont incités à augmenter leurs surfaces, motivés par la demande industrielle encore importante. Puis, en 2025, la politique américaine a bousculé les équilibres mondiaux : Donald Trump a imposé des droits de douane, la parité euro/dollar est en notre défaveur et les pays émergents, tels que la Chine et l'Inde, constatant que la demande mondiale continue à augmenter, arrivent sur les marchés internationaux de la pomme de terre."
"Les industriels sont revenus sur une partie de leur contrat et nous nous retrouvons avec une production excessive sur le marché libre. Pour la campagne à venir, nous conseillons les agriculteurs d'être très attentifs à leur contrat mais surtout à la construction du cahier des charges qui engage plus que le contrat. Le respect du cahier des charges est le critère que l'industriel retient le plus à la réception des pommes de terre ".
Quel sera le rôle de l'UNPT durant le congrès ?
Nous voulons que ce congrès éclaire les producteurs, leur donne des repères. Depuis deux ans, ils étaient sereins dans un environnement de croissance mais aujourd'hui, ils ont une vision d'instabilité. Et au-delà de tout cela, la conjoncture réglementaire sur les nitrates, l'accès à l'eau, les matières actives qui disparaissent, les engrais... renforce cette sensation de brouillard. Quand il y a du brouillard, nous ralentissons et nous devenons beaucoup plus attentifs à notre environnement. Par conséquent, nous souhaitons être un phare dans ce brouillard, donner des éléments de marché pour éclairer les producteurs, afin de les aider à prendre leurs décisions en pleine conscience. Pour cela, nous présenterons quelques scenarii possibles ".
Allez-vous donner des consignes aux producteurs pour la prochaine campagne ?
Non. Nous voulons seulement donner des clés afin qu'ils fassent les bons choix. Évidemment, si les surfaces augmentent pour 2026, nous n'aurons pas fait correctement notre travail. Pour ma part, je vais baisser mes surfaces de 15 % sur mon exploitation. Aujourd'hui, les équilibres économiques ne sont pas réunis pour s'assurer de la rentabilité de la culture de la pomme de terre. Je ne veux pas mettre en péril mon exploitation. Quand cela se passe mal, c'est une culture qui peut mettre une exploitation en grande tension. Les signaux ne sont pas suffisamment robustes. Il faut donc être prudent, laisser passer une année et voir comment le marché se rééquilibre".
"Il nous faut regagner en compétitivité et cela sera possible avec l'évolution de points réglementaires et la révision de nos coûts de production ".
Malgré la conjoncture, de nombreux exposants seront présents à l'édition Pro Pom'.
Oui. 70 exposants de la filière seront présents : machinistes, opérateurs de l'aval, fournisseurs, stockage, conservation, innovations agro... Je remercie tous les partenaires présents car la conjoncture est difficile pour tout le monde. Les nouveaux outils d'aide à la décision, et le développement de l'IA nous aideront également à produire mieux, en étant plus conscients de la préservation de la planète et de nos sols. Le GIPT (Groupement interprofessionnel pour la valorisation de la pomme de terre) et le CNIPT (Comité national interprofessionnel de la pomme de terre) investissent 2 millions d'euros par an auprès d'Arvalis pour trouver des solutions utiles, utilisables et utilisées qui pourront nous aider à redevenir compétitif et regagner des points de marché ".•
Propos recueillis par Catherine Hennebert
Voir les modalités pratiques du Congrès de l'UNPT et du salon Pro Pom' en page 31 dans l'agenda.