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Aucune visibilité pour 2023

Les planteurs s’interrogent face à l’effet ciseau qu’ils subissent avec des coûts de production qui flambent et des rendements incertains.

Pascal Collard : « mon prix de revient était de 40 euros la tonne en 2021, cette année il sera de 60 à 70 euros la tonne, c’est plus de 50 % ».
© La Marne agricole

Agriculteur à Isse dans la Marne et vice-président de la Chambre d’agriculture, Pascal Collard exploite avec son frère 430 ha (grandes cultures, légumes de plein champ…). Les deux hommes élèvent également des taurillons. Près de 80 ha sont consacrés à la pomme de terre de consommation vendue à des négociants et qui est exportée dans le Sud de l’Europe. La flambée des intrants et de l’énergie ajoutée à l’incertitude sur les prix de vente de 2023 sont des facteurs perturbants qui n’ébranlent pas sa volonté de produire.

Aléas climatiques

Pascal Collard dresse un bilan mitigé de la campagne 2022. « Nous subissons de plus en plus les aléas climatiques. Au manque de pluie se sont ajoutées de fortes chaleurs. Heureusement les nuits étaient fraîches, ce qui a permis à la pomme de terre de poursuivre sa croissance, au-delà  de 35 °C elle est bloquée ». Pour l’eau, Pascal Collard dispose d’un quota d’irrigation de 250 mm qui devrait lui permettre d’atteindre des rendements dans la moyenne à cinq ans. Et il a eu la chance de voir tomber deux fois 25 mm de pluie. « Malgré ce quota, beaucoup de planteurs ont été perturbés et à l’avenir il nous faudra sans doute 300 mm », observe-t-il.
Reste que « la société ne comprend pas forcément que l’évolution du climat, avec moins d’eau l’été et plus l’hiver, va nous obliger à stocker l’eau pour la restituer durant les épisodes de sécheresse ». Selon lui, toutes les hypothèses sont à étudier pour conserver l’eau excédentaire durant la période de recharge des nappes.

Prix de revient à + 50 %

Le climat n’est pas le seul problème de l’année. La flambée des prix de l’énergie et des intrants est venue mettre à mal les trésoreries. « Il y a une grosse hausse d’engrais et des phytos et les anti-germinatifs coûtent trois à quatre fois plus cher. Mon prix de revient était de 40 euros la tonne en 2021, cette année il sera de 60 à 70 euros la tonne, c’est plus de 50 % ». Pour 2023, la préoccupation de Pascal Collard ne porte pas seulement sur la poussée tarifaire des intrants mais aussi sur leur disponibilité. « On observe des tensions sur les engrais de fond et certains phytos pourraient ne pas être disponibles ».
Alors comment réduire les coûts de production ? « À court terme, nous subissons ; à long terme, nous devons réfléchir à l’économie circulaire de nos exploitations et à l’autonomie énergétique ». Pascal Collard étudie la création d’un méthaniseur qui lui permettrait de revendre de l’énergie ou de l’autoconsommer. Les digestats serviraient à la fertilisation de ses cultures.
Quant à réduire ses surfaces en pomme de terre… « Produire demande tellement d’investissements que je ne l’envisage pas, même si les coûts d’implantation du blé sont incomparables ».
Pour maintenir les emblavements, un levier existe, celui d’une hausse des prix sortie de ferme. La pomme de terre doit être mieux rémunérée, sinon les planteurs abandonneront cette production au profit de céréales, moins coûteuses à produire : 2 000 euros/ha contre 6 000 euros/ha. La menace vaut aussi pour l’aval qui contractualise avec les planteurs. Le Groupement d’agriculteurs producteurs de pommes de terre pour l’industrie McCain (Gappi) demande une hausse substantielle des contrats à laquelle l’industriel n’a pas encore répondu favorablement. •

 

Effet ciseau
L’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) observe un effet ciseau pour la campagne 2022 avec des rendements français en baisse et des coûts de production historiquement hauts. Pour l’UNPT, les rendements pomme de terre (hors fécule) sont les plus bas enregistrés depuis 2002. La récolte 2022, devrait atteindre un rendement moyen autour de 39 t/ha, soit une production totale estimée à 5,95 Mt (contre 6,70 Mt potentiellement attendus). Le coût de la perte de production est estimé à plus de 150 M€.
Afin de conserver les planteurs en 2023 et donc de maintenir le potentiel de production de la ferme France, l’UNPT demande des aides à la trésorerie pour les producteurs « sur le modèle d’un PGE », une revalorisation de l’aide couplée fécule « à hauteur de 500 euros/ha » et l’extension du bouclier tarifaire « à + de 36 kVA pour tous les exploitants agricoles et en priorité les stockeurs ».

 

Moins de surfaces en 2023 ?
La North Western European Potato Growers (NEPG) qui regroupe les principaux producteurs de pommes de terre de France, Allemagne, Pays-Bas et Belgique, s’interroge sur l’explosion des coûts de production de leur matière première et aussi du « prix attractif des céréales ». Les deux éléments combinés pourraient inciter les agriculteurs à privilégier les céréales au détriment des pommes de terre. « Ceci aura une influence certaine sur les emblavements 2023 », redoute la NEPG.
Il n’y a pas un seul producteur de pommes de terre de la zone NEPG qui n’ait pas ressenti la hausse des coûts de production au cours des derniers mois. « En moyenne dans la zone NEPG, entre octobre 2021 et octobre de cette année, les prix de l’électricité ont augmenté de 280 % (entre 50 et 500 % d’augmentation) ! », souligne-t-on Pendant la même période, « le prix du gazole a augmenté en moyenne de 55 % (de 34 à 95 %) ».
« Les prix et conditions des contrats 2023-2024 avec l’aval doivent tenir compte de ces évolutions si les transformateurs ne veulent pas risquer d’avoir moins d’hectares de pommes de terre et de ne pas avoir assez de matière première la saison prochaine », avertit la NEPG.

 

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