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Anticiper les premiers ensilages d'herbe pour garantir la qualité de la récolte

Anticiper son chantier d'ensilage d'herbe, c'est augmenter ses chances de trouver le meilleur compromis entre conditions de récolte et stade de la prairie. En l'espace de 2 à 4 jours se joue une part significative de l'alimentation annuelle d'un troupeau. Une récolte d'herbe de qualité sera synonyme de productivité et/ou d'économie de concentrés.

L'hiver a débuté les pieds dans l'eau et s'est poursuivi avec des records de précipitations en janvier, notamment sur le Nord-Ouest, accompagnés de températures plutôt fraîches. En février, des conditions plus clémentes sont revenues sur l'ensemble du territoire, avec une accalmie tant sur les précipitations que sur les températures. À la sortie de l'hiver, les hauteurs d'herbe sur pied sont variables, dépendantes de la gestion et de la valorisation des prairies à l'automne.

Un démarrage tardif

En 2025, l'hydromorphie des sols et les températures fraîches ont freiné la reprise de la végétation. Comparativement aux quatre dernières années (2020-2024), marquées par des départs précoces, le retard en somme de températures dépasse trois semaines dans le Nord-Ouest et se réduit à environ une semaine sur la façade Est. Dans les zones précoces, les espèces comme le ray-grass italien ont déjà entamé leur montaison et devront être récoltées rapidement pour répondre aux besoins des animaux à fortes exigences nutritionnelles.

Selon le stade visé et la région, les ensilages devraient s'échelonner jusqu'au 20 mai pour les ray-grass anglais les plus tardifs du Nord. Entre une récolte précoce et tardive, l'écart de rendement peut dépasser les 2 t de MS/ha. Ce choix influence directement la valeur alimentaire du fourrage et la possibilité d'une seconde coupe avant l'été. Plus la fauche est tardive, plus la repousse risque d'être pénalisée par des conditions chaudes et sèches.

Lors du premier ensilage, il peut être pertinent de débrayer certaines parcelles de pâturage si les jours d'avance le permettent et que toute l'herbe sur pied ne peut être valorisée en pâturage. Cela offre l'opportunité d'une repousse significative et qualitative, qui pourra être réintégrée au circuit de pâturage avant l'été.

L'épiaison : un stade charnière pour la valeur alimentaire des ensilages

Le début de l'épiaison représente un stade charnière pour la valeur alimentaire de l'herbe. Au printemps, une prairie peut cumuler plus de 60 kg de MS/ha chaque jour. Face à ce cumul de biomasse, la valeur alimentaire diminue progressivement, puis nettement à partir du début de l'épiaison. Ainsi, selon les besoins des animaux qui consommeront le fourrage, il est important de déclencher la récolte au meilleur compromis entre rendement et valeur alimentaire.

Pour des animaux à forts besoins (vaches laitières, jeunes bovins à l'engraissement), on visera une récolte entre le début de la montaison et avant le début d'épiaison des graminées.

Pour des animaux aux besoins plus modérés (génisses de renouvellement, vaches allaitantes gestantes), il est possible de profiter davantage de la forte croissance des prairies sur cette période, quitte à perdre en valeur alimentaire (figure 3).

Anticiper le chantier, le stockage et l'usage

L'anticipation d'une récolte d'herbe, tant sur la date que sur les moyens, est fondamentale. Il est important de prévoir les quantités potentiellement récoltées afin d'anticiper la place nécessaire pour le stockage. Selon les quantités distribuées à chaque période, le ou les silos doivent être confectionnés pour respecter un avancement minimum de 10 cm par jour (voire 20 cm/j en été).

Selon la marge de sécurité en stock fourrager en sortie d'hiver, il faudra trouver le bon compromis entre valeur alimentaire et rendement. Cet objectif de récolte sera adapté au contexte météo de la période : on visera un créneau de 48 à 72 heures sans pluie. Une évapotranspiration (ETP) de 5 à 6 mm sur la durée du préfanage devrait suffire pour passer le seuil des 30 % de MS. En cas de sol humide, le fanage peut être ralenti. On visera une teneur en MS de 35 % sur graminées et 40 % sur légumineuses pour une récolte en ensilage.

Afin de faciliter le séchage, une fauche à une hauteur de 7-8 cm favorisera l'aération sous l'andain et limitera la reprise d'humidité par le contact avec le sol. En cas d'utilisation d'un conditionneur à fléaux et d'un taux de légumineuses important dans la prairie, il faudra limiter l'agressivité du conditionneur (desserrer la tôle de conditionnement, effacement des peignes...) afin de réduire au maximum les pertes de feuilles.

Enfin, dans le cas d'un fourrage humide ou avec une part importante de légumineuses, l'incorporation d'un conservateur peut être pertinente. Celui-ci peut aider à une stabilisation plus rapide du silo et limiter les phénomènes de protéolyse.•

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