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Améliorer la structure et la vie des sols pour augmenter les rendements

Installé avec son père sur une exploitation de grandes cultures entre le Vermandois et le Santerre, à Offoy (Somme), Vincent Rimette a fait évoluer en 2014-2017 ses pratiques vers l’agriculture de conservation des sols sur ses céréales, mais aussi ses cultures industrielles, dont les pommes de terre.

« Nous cultivons depuis quatre générations des pommes de terre et nous avions constaté une baisse des rendements, malgré un énorme potentiel. Pour exemple, les rendements ont varié de 36 à 93 t/ha en 2024. Nous avons alors réfléchi à faire évoluer nos pratiques dans l’objectif de maximiser nos rendements », explique d’emblée Vincent Rimette, devant un parterre d’adhérents de la coopérative Agora (Oise) puisque c’est à l’occasion de l’Agroforum qu’il a présenté son système cultural.
« Avoir de la résilience face aux aléas climatiques, une meilleure performance avec des charges vues comme des investissements, garder la matière organique des sols avec des couverts… nous semblait une approche intéressante et c’est ainsi que nous avons adopté les piliers de l’agriculture de conservation des sols (ACS). Le leitmotiv aujourd’hui est de couvrir le maximum de temps nos sols », détaille le jeune exploitant.

Une rotation modifiée

La rotation historique blé/betteraves/blé/pommes de terre a été modifiée en adaptant les principes de l’ACS : blé/couvert/betteraves ou lin ou haricot verts/couvert après lin et haricots verts/blé/double couvert/pommes de terre/couvert, soit six cultures principales, mais plus de 15 espèces cultivées sur la rotation. 
Pour ce faire, les agriculteurs ont investi dans un rotavator adapté au scalpage superficiel des couverts de la marque Geohobel Rath et modifié un déchaumeur pour le transformer en semoir à dents. « Nous avons investi en matériel au total 35 000 euros, ce qui reste assez modeste au vu du changement opéré », relativise Vincent Rimette.
Pour la campagne de pommes de terre 2025, le choix a été de multiplier les itinéraires techniques en labourant 15 ha de parcelles en location, en semant un seul couvert végétal sur 40 ha et, sur les 20 ha restants, en implantant un double couvert avec la technique du compostage de surface au printemps. À quoi correspond cette dernière modalité ?

Des couverts soignés

Juste après la moisson du blé précédent pour profiter de l’humidité résiduelle, un couvert estival (mélange de semences de ferme) est semé grâce au déchaumeur transformé en semoir à dents. 
Selon les besoins des parcelles, des épandages de craie et matière organique sont réalisés première quinzaine de septembre dans le couvert poussant. « Je vérifie alors la structure du sol de chacune de mes futures parcelles de pommes de terre avec les fourches de mon télescopique (profil 3d) pour déterminer à quelle profondeur je vais fissurer lors de la destruction de ce premier couvert estival. Cela peut varier de 10 à 30 cm. Nous apportons une attention particulière au trafic dans les champs afin de limiter les tassements de sol et préserver des structures de sol bénéfiques à nos cultures », précise le jeune exploitant.
Deuxième quinzaine de septembre environ, le couvert est détruit et celui d’hiver semé lors d’un seul passage où plusieurs outils sont combinés. « Si le couvert d’été est très développé, nous montons un broyeur à l’avant du tracteur et à l’arrière, sont attelés le fissurateur, une herse rotative et un semoir à céréales. »
L’actuel couvert d’hiver en place est composé de féverole (160 kg/ha), de trèfle incarnat (1 kg/ha), de navette (2 kg/ha) de seigle (100 kg/ha) auxquels est ajouté du soufre élémentaire à hauteur de 30 kg/ha. « Avant nos pommes de terre, nous avons 9 mois de sol couvert, nous mettons tout en œuvre pour accueillir les plants de pommes de terre dans un sol le plus structuré et, après 6 années de pratique, je pense pouvoir dire qu’un couvert est plus efficace qu’un labour, car tous les ans cela fonctionne, les plantes lèvent, se développent et apportent un plus au sol. En système traditionnel labour d’hiver, s’il n’y a pas de gel, la technique est mise à mal et le sol ne s’affine pas suffisamment pour créer les buttes », souligne l’agriculteur.

Un compostage de surface avant plantation

Première quinzaine de mars, urée ou solution azotée sont épandues dans le couvert juste avant ou pendant une pluie, de l’ordre de 100 unités maximum. « L’idée est de mettre de l’azote, non pas pour le couvert directement, mais pour les pommes de terre à venir, sans pertes de nitrates. C’est toujours plus efficace d’apporter de l’azote à des plantes vivantes que sur des buttes définitives où il y a un risque de volatilisation en début de campagne avec des plants non levés », assure Vincent Rimette. 
Les couverts sont ensuite détruits une dizaine de jours avant la plantation et c’est à cette occasion qu’un compostage de surface est effectué. Il s’agit de réaliser un mélange de végétaux fraîchement broyés (couvert d’hiver), de ferments lactiques multipliés à la ferme, de terre et d’oxygène. Les ferments lactiques sont développés dans des bacs IBC. « Nous mélangeons dans un IBC de 1 000 l, 40 l de souches de ferments que nous achetons, de la mélasse 40 l, du sel 3 kg et nous y ajoutons un sac de plantes, des dicotylédones surtout car c’est sur ces dernières qu’il y a le plus de micro-organismes différents à la surface des feuilles. Nous les cueillons auprès de marais, sur des bandes enherbées. Si une problématique en chardon se fait sentir, je n’hésite pas à en récupérer directement dans la parcelle. L’ensemble de la mixture est chauffé et fermente de façon anaérobie. Nous effectuons une double multiplication afin de limiter les coûts », détaille l’exploitant. 
Cette solution, incorporée lors de la destruction du couvert, permet de booster la dégradation du couvert dans le sol, afin d’améliorer la structure du sol juste avant mais aussi après la plantation. « Et même si les conditions météorologiques du printemps retardent la destruction du couvert, celui-ci continue de se développer et contribue à améliorer mes sols, donc ma culture, donc mon portefeuille. »
Les sols sont ainsi couverts depuis 2017 et l’exploitant constate déjà une augmentation de la matière organique labile et une restructuration du sol grâce aux racines des couverts, tout en stockant du carbone. Miser sur les couverts, c’est un investissement et pas un coût, un choix que ne regrette pas Vincent Rimette.•

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