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Une installation au féminin dans l'Eure

Estelle Lesage, agricultrice dans le département de l'Eure, nous a ouvert les portes de son exploitation. Elle revient sur son parcours de cette cheffe d'exploitation et de mère de famille.

Estelle a 35 ans. Elle est agricultrice à Corneuil (Eure) et maman de trois jeunes enfants. Son exploitation en grandes cultures de 200 hectares dans le sud de l'Eure est divisée en deux sites. Le premier lui vient de son oncle et de sa tante qui lui ont cédé à leur départ en retraite en 2019, après que la jeune agricultrice ait réalisé six mois de salariat à temps partiel à leurs côtés pour préparer la transition. Quant au second site, il s'agit de l'exploitation de ses parents qui ont pris leur retraite quelques années plus tard, en 2021. Estelle est aujourd'hui la troisième génération à la tête de la structure.

Elle produit colza, blé, orge, lin fibre, maïs grain et orge de printemps brassicole. Autrefois, ses parents possédaient, en plus des cultures, un atelier de vaches laitières, transformé en atelier de bovins allaitants avec une quarantaine de vaches de race blonde d'Aquitaine. Malheureusement, la charge de travail ainsi que la mauvaise conjoncture de la viande bovine ont eu raison de ses vaches. À cela s'est ajouté un climat peu favorable à l'élevage bovin avec des sécheresses qui ne permettaient pas une production de fourrage suffisante.

Un pied dans les chiffres, l'autre à la ferme

Estelle est passionnée par l'agriculture depuis toujours. « Quand j'étais petite, je jetais mon cartable en rentrant de l'école pour aller rejoindre mes parents à la ferme », raconte-t-elle. Pourtant, au moment de l'orientation, elle choisit de réaliser un baccalauréat en comptabilité puis un BTS en gestion plutôt qu'un cursus agricole "classique". Ce choix s'explique par son goût prononcé pour les mathématiques. Elle réalise plusieurs stages au sein de cabinets comptables et une alternance chez un grossiste alimentaire, des expériences qui lui ont permis d'acquérir de nouvelles compétences mais aussi de prendre confiance en elle et de s'affirmer.

Après ses études, elle retourne dans le monde agricole et travaille sur plusieurs exploitations avec des ateliers de diversification, des animaux et de la vente directe. Elle cherche à s'éloigner de la ferme familiale pour découvrir de nouvelles pratiques et ce qui lui plaît. C'est pour ces raisons qu'elle considère qu'une période de salariat avant de s'installer ne peut être que bénéfique.

Elle réalise par la suite un BPREA en formation adulte qui lui permet d'être éligible aux aides à l'installation (DJA). Elle se souvient d'une lourde partie administrative et de nombreuses démarches à réaliser tout au long de son parcours d'installation, mais cela prépare à la réalité de cheffe d'entreprise car cela fait à présent pleinement partie de son quotidien.

Ce parcours de formation hors agricole lui a permis d'acquérir des compétences indispensables à sa fonction de cheffe d'entreprise, comme une bonne compréhension des chiffres de son exploitation ou encore des suivis précis de sa trésorerie, de ses emprunts, et même de son assolement. Et cela renforce sa crédibilité face à ses partenaires et conseillers.

Jeune agricultrice : encore des préjugés à combattre

Cette crédibilité est d'autant plus nécessaire que le domaine est principalement masculin. Et les femmes doivent faire deux fois plus leurs preuves que les hommes. Sans compter qu'elles doivent aussi quotidiennement faire face aux préjugés, surtout en grandes cultures. Estelle a d'ailleurs quelques anecdotes à ce sujet : « un jour alors que j'allais récupérer des produits à la coopérative, on m'a prise pour la stagiaire. Ou bien souvent, on demande à mon conjoint - qui est également exploitant - ce qu'il a fait dans l'une de mes parcelles, comme si c'était lui qui gérait ma ferme. Il répond toujours qu'il ne sait pas et que les gens n'ont qu'à me le demander directement. »

Si Estelle prend les décisions qui concernent son exploitation, elle travaille tout de même main dans la main avec son conjoint, ce qui leur permet de mutualiser du matériel, de passer des commandes groupées ou bien encore de mieux gérer leur temps de travail, un point important pour ces deux parents qui souhaitent profiter de leurs enfants.

Chacun a également ses passions et ses engagements en dehors du travail. Pour Estelle, il s'agit tout d'abord du sport, aussi bien en collectif comme le basket ou le hand qu'elle a pu pratiquer, qu'en individuel comme la course à pied. Elle est également administratrice chez les Jeunes agriculteurs de l'Eure, ce qui lui permet de sensibiliser les jeunes de son canton et de son département à l'installation, de leur partager son expérience et ses conseils, et de leur éviter de faire les erreurs qu'elle a elle-même pu commettre par le passé. Enfin, elle fait partie du GDFA (Groupement de développement féminin agricole) de son département, ce qui lui permet de suivre des formations diverses et variées, aussi bien sur la mécanique agricole que sur les baux ruraux ou la charge mentale, et d'échanger avec d'autres agricultrices sur le travail mais aussi sur des sujets plus personnels.

Toujours des projets en tête

Sept ans après la reprise de l'exploitation de sa tante et de son oncle, Estelle est fière de s'être installée seule, en tant que femme, et d'avoir réuni les deux structures familiales. Elle a fait évoluer les pratiques de ses aînés pour des pratiques plus vertueuses et plus respectueuses de l'environnement qu'elle tient à préserver pour les futures générations.

Dans le futur, elle réfléchit à introduire de nouvelles cultures, en fonction du changement climatique, comme la vigne qui commence à se développer sur le département, ou même des agrumes. Pour elle, il est important de savoir évoluer avec le temps et avec le climat, et de ne pas avoir peur de se diversifier.

Elle garde également en tête un projet de diversification, peut-être avec de l'élevage ou bien de l'arboriculture, et de la vente directe sur sa ferme, projet qui lui tient à cœur depuis toujours. À voir ce que les prochaines années lui réservent !

Ses conseils aux (futurs) installés

Estelle Lesage le répète à l'envi. Il faut :

  • sortir de sa ferme et rencontrer des gens (engagements, sport...) ;
  • ne pas se décourager et persévérer dans ses idées ;
  • savoir prendre du recul aussi ;
  • bien s'entourer (amis, famille...) ;
  • se renseigner aussi par soi-même/ailleurs, même quand on est bien conseillé(e) pour ne pas passer à côté de quelque chose.•
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