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Cidre
Revaloriser le prix des pommes à cidre pour assurer l’avenir de la filière cidricole

Les producteurs de fruits tirent aujourd’hui un signal d’alarme.

© Joanna Nix-Walkup

Comme nombre de filières agricoles, les hausses de coûts de leurs matières premières, liées au contexte actuel, pèsent très lourdement sur les structures et mettent gravement en question leur avenir à l’aube de la prochaine récolte.
Plusieurs facteurs s’additionnent :
• le coût des intrants a flambé depuis début 2022, en faisant suite à une année 2021 déjà marquée par une hausse générale des charges (en janvier 2022, les prix des produits agricoles à la production avaient augmenté de 15,8 % sur un an – Source Insee) ;
• il faut rappeler que le prix de la pomme à cidre n’a pas été revalorisé depuis des années. Le cours de la pomme à cidre est fixé majoritairement par contrat, sans évolution et à un niveau bien inférieur à celui des pommes de table (entre 90 euros/tonne sur le marché libre et 220 euros/t en bio ; contre 400 euros/t en pomme de table pour compote à plus de 1 800 euros/tonne en pomme de table bio – Source FranceAgriMer) ;
• les cidriers, pour certains acheteurs des pommes à cidre, font face eux-mêmes à des augmentations ininterrompues et conséquentes du coût des matières premières : verre, énergie… Ils ne peuvent assumer ces hausses sans les répercuter sur leur prix de vente final.  Des négociations sont donc menées auprès des enseignes de la grande distribution. Or les cidriers font face actuellement à un véritable refus d’une partie de la grande distribution. Sans hausse, il n’y pas de marge possible. Cette équation n’est pas viable sur le long terme, ni pour les cidriers, ni pour les agriculteurs qui les fournissent.
Le problème est donc double pour les agriculteurs : il s’agit de revaloriser rapidement le prix de la pomme à cidre et de faire accepter des hausses de tarifs des cidres par toute la grande distribution.

Acteur de l’économie locale

Le refus de certaines enseignes est incompréhensible. Pourquoi certains sont-ils capables de soutenir la filière et pas d’autres ? La grande distribution vend 60 % du cidre français. Tous les cidriers : coopératives, artisans et producteurs fermiers sont présents dans ce réseau incontournable de vente. Un tel refus revient à fragiliser l’ensemble de la filière. Rappelons que le cidre est un véritable acteur de l’économie locale, avec un savoir-faire 100 % Made in France et est une des filières les plus ancrées dans l’agriculture et les territoires.
D’un point de vue économique, la filière compte 15 000 acteurs (plus de 12 000 producteurs de pommes et plus de 2 000 emplois directs dans la collecte et la transformation). La France est le plus grand verger de pommes à cidre d’Europe et du monde : 250 000 tonnes de fruits récoltés en moyenne chaque année, 9 000 ha de vergers typiques des paysages de Normandie, Bretagne. Ce verger incarne la naturalité : plantation pérenne, enherbement total, sauvegarde de la biodiversité... 30 % des surfaces sont conduites en AB, ce qui en fait l’une des productions les plus en avance sur le sujet.
La défense du pouvoir d’achat des consommateurs ne s’oppose pas au maintien à l’équilibre d’une filière Made in France qui est dans le cœur des Français, emblématique de notre patrimoine et dont la qualité est aujourd’hui reconnue par les plus grands chefs. Surtout quand cette filière se développe, avec un produit tendance qui répond aux valeurs des consommateurs.
Nous demandons que toute la grande distribution joue le jeu. Au-delà d’un simple discours qui met en avant les producteurs locaux dans ses rayons, il en est aussi de sa responsabilité que de porter cette revalorisation solidairement auprès de ses clients, des consommateurs, des politiques, des administrations, des producteurs agricoles ! •

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