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Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA
« Nous sommes tous des Vincent Verschuere »

Condamné à plus de 100 000 euros de dommages et intérêts par la Cour d’appel d’Amiens, le pourvoi de Vincent Verschuere, producteur de lait à Saint-Aubin-en-Bray, dans l’Oise a été rejeté par la Cour de Cassation le 7 décembre dernier.

Pouvez-vous nous rappeler l’origine et le contexte de cette affaire ?

« À l’origine de l’affaire la construction de deux hangars, l’un destiné à l’élevage bovins sur une aire paillée et l’autre abritant une salle de traite, implantés à une centaine de mètres des habitations dans le village. L’affaire démarre en 2010 quand un collectif de six familles se constitue pour attaquer les permis de construire délivrés par la mairie. Ceux-ci ont été obtenus grâce à une dérogation accordée par le préfet, l’éleveur s’engageant à ce que les bâtiments soient mis aux normes. En 2013, le tribunal administratif de Beauvais annule les autorisations. Mais entre-temps les bâtiments ont été construits et le collectif assigne Vincent Verschuere devant le Tribunal de grande instance de Beauvais en 2015. Il réclame la démolition des bâtiments et une indemnisation des préjudices subis pour troubles anormaux de voisinage (bruits, odeurs, meuglements des vaches, mouches en grand nombre…). Le tribunal de grande instance reconnaît  ‘’le trouble anormal de voisinage’’ et condamne l’éleveur à 120 000 euros de dommages et intérêts. La condamnation est confirmée par la Cour d’appel d’Amiens qui ramène le montant des dommages et intérêts à 106 000 euros et exige des travaux de l’éleveur pour faire cesser les nuisances ou à défaut la démolition des bâtiments. Malgré un mémoire de soutien déposé par la FNSEA, les JA et la région Hauts-de-France, la Cour de cassation a rejeté le 7 décembre 2023 le pourvoi de Vincent Verschuere. »

Tous les recours sont donc épuisés ?

« Il serait possible de se retourner contre l’État qui a accordé le permis de construire. Sans être sûr de gagner toutefois. Quand ils sont accordés, les permis de construire n’empêchent pas les recours des personnes qui pourraient se considérer comme lésées. Il serait également possible d’engager une procédure auprès de la Cour de justice européenne. Mais le cheminement de la plainte est extrêmement long et le résultat incertain. À ce stade nous attendons le jugement du tribunal judiciaire de Beauvais qui doit se prononcer d’ici l’été 2024 sur les travaux que Vincent Verschere a proposés d’effectuer : un mur antibruit digne de ce qui est réalisé sur les autoroutes et les aéroports et un système de ventilation dans la stabulation. Leur coût est compris entre 150 000 et 200 000 euros. En espérant que le tribunal acceptera ces propositions et ne décidera pas de la démolition des bâtiments qui mettrait fin à la production de lait. »

Comment se manifeste le soutien de la FNSEA et des organisations professionnelles agricoles ?

« Dès le départ, la FDSEA de l’Oise, la FNSEA et les JA ont soutenu Vincent Verschuere. Une première mobilisation de soutien a été lancée le 30 décembre 2021, puis une deuxième le 6 mai 2022 et enfin une troisième le 21 décembre 2023. La dernière a réuni 500 personnes dont une cinquantaine d’élus, maires, conseillers départementaux et régionaux, députés et sénateurs ainsi que de nombreux représentants des organisations professionnelles dont Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA. Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France était également présent. Les présidents de la FNSEA, Christiane Lambert en son temps et Arnaud Rousseau ont également apporté leur soutien à l’éleveur.

Deuxième manifestation de ce soutien, le lancement d’une cagnotte* par la FDSEA et les JA de l’Oise pour permettre à Vincent d’honorer les dommages et intérêts imposés par le tribunal et financer les travaux requis. 
À ce stade, 650 donateurs ont déjà versé une participation pour une somme de 30 000 euros, l’objectif étant d’atteindre 150 000 à 200 000 euros. Sans un soutien massif, la famille ne pourra s’en sortir. J’appelle chacun, agriculteur ou pas, à se mobiliser pour aider Vincent à rester agriculteur. »

Le projet de loi actuellement en discussion au Parlement aurait il pu éviter ce type de conflit ?

« Le projet de loi qui a été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale et qui va être examiné par le Sénat constitue un net progrès en ce sens qu’il reconnaît l’antériorité de l’activité agricole par rapport à des plaintes qui pourraient être déposées. Néanmoins il ne va pas suffisamment loin, car il fait l’impasse sur le développement de l’activité agricole qui peut donner lieu à de nouvelles nuisances. Il nous appartient FNSEA et JA de convaincre les sénateurs de l’améliorer pour que tous ceux qui veulent entreprendre, les agriculteurs mais aussi les artisans et les commerçants, puissent exercer leur activité en toute sérénité et visibilité sur leur avenir et qu’ils ne puissent pas être attaqués pour des troubles anormaux de voisinage. Nous sommes tous des Vincent Verschuere. Nous travaillons également sur la loi déjà votée en janvier 2021 sur le patrimoine sensoriel des campagnes. Cette loi prévoit un inventaire de sons et odeurs caractéristiques de l’identité culturelle des territoires. Malheureusement cet inventaire n’a jamais été réalisé. Dans les Hauts-de-France ainsi qu’en Rhône-Alpes, nous nous mobilisons pour qu’il soit réalisé de façon à ce qu’il serve de guide aux magistrats dans l’appréciation de la normalité d’un trouble de voisinage. »•

 

Il est également possible d’envoyer un chèque à l’adresse suivante : FDSEA de l’Oise, rue Frère Gagne 60000 Beauvais.

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