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Mandat de protection future : un outil simple pour protéger son exploitation et sa famille

En cas d'accident ou de maladie, la continuité de l'exploitation est un véritable enjeu, en particulier pour les exploitants agricoles exerçant leur activité seuls. Le mandat de protection future est une démarche de gestion préventive qui permet de désigner soi-même la personne qui prendra le relai en cas de nécessité. Explications.

Pour les exploitants agricoles, le mandat de protection future permet d'anticiper une éventuelle incapacité et d'assurer la continuité de l'exploitation tout en protégeant le patrimoine et la famille de l'exploitant.
Pour les exploitants agricoles, le mandat de protection future permet d'anticiper une éventuelle incapacité et d'assurer la continuité de l'exploitation tout en protégeant le patrimoine et la famille de l'exploitant.
© AdobeStock

Dans le monde agricole, la gestion quotidienne d'une exploitation repose souvent sur une seule personne, le chef d'exploitation, dont les décisions conditionnent la pérennité de l'entreprise. Un accident ou une maladie causant une altération des facultés mentales ou physiques peuvent cependant remettre en cause cette organisation, et fragiliser l'équilibre économique et humain de la ferme. Pour anticiper une telle situation, le mandat de protection future apparaît comme un outil juridique particulièrement adapté, garantissant la continuité de l'exploitation en cas d'impossibilité pour l'exploitant d'en assurer la gestion.

Quel usage ?

Le mandat de protection future est un contrat par lequel une personne désigne, à l'avance, celle ou celles qui seront chargées de s'occuper de sa personne et de ses biens, le jour où elle ne sera plus en état de le faire. Ce dispositif permet d'éviter le recours à une mesure judiciaire de tutelle ou de curatelle, souvent plus lourde et contraignante. Le mandant conserve ainsi la maîtrise de sa protection en choisissant librement son représentant et en déterminant l'étendue de ses pouvoirs.

Pour soi ou pour autrui

Deux types de mandat existent. Le premier, appelé "mandat pour soi", peut être établi par toute personne majeure ou mineure émancipée, ne faisant pas l'objet d'une tutelle ou d'une habilitation familiale. Il permet d'organiser à l'avance la gestion de son patrimoine. Par exemple, l'exploitation agricole, les comptes bancaires, les bâtiments ou le matériel, ainsi que sa vie personnelle. Ce mandat est particulièrement pertinent pour les exploitants agricoles exerçant leur activité seuls et dont les décisions doivent souvent être prises rapidement pour garantir le bon fonctionnement de l'activité.

Le second type, le "mandat pour autrui", s'adresse aux parents d'un enfant en situation de handicap et notamment atteint d'une altération durable de ses facultés mentales, l'empêchant d'exprimer sa volonté. Les parents peuvent ainsi désigner la personne qui prendra soin de leur enfant après leur décès ou lorsqu'ils se trouvent eux-mêmes incapables d'assumer cette mission. Dans ce cas, le mandat doit obligatoirement être rédigé sous forme notariée et ne prendra effet qu'au décès ou à l'incapacité avérée des parents.

Comment ?

Le mandat de protection future peut être établi sous deux formes : par acte notarié ou sous seing privé. Le mandat notarié, rédigé devant notaire, présente des garanties importantes. Ce type de mandat accorde au mandataire des pouvoirs larges pouvant aller jusqu'à la réalisation d'actes patrimoniaux majeurs, tels que la vente d'un bien immobilier. Le choix du mandataire doit ainsi reposer sur une relation de confiance solide et durable. Il offre également une date certaine, une conservation sécurisée et le contrôle du notaire lors de son exécution.

Moins étendu dans ses effets, le mandat sous seing privé permet au mandataire de réaliser uniquement les actes nécessaires à la gestion courante du patrimoine, qu'il s'agisse des biens professionnels ou personnels. Sa rédaction peut s'appuyer sur le modèle officiel prévu par décret ou prendre la forme d'un acte libre contresigné par un avocat. Le mandat sous seing privé constitue une solution adaptée dans bien des situations, en particulier lorsque le patrimoine est simple à administrer. En revanche, lorsque l'exploitation comporte plusieurs biens ou des enjeux économiques et familiaux significatifs, l'acte notarié offre une sécurité juridique accrue.

Qui choisir ?

Le mandataire, c'est-à-dire la personne désignée pour exécuter le mandat, peut être un proche, un professionnel ou un établissement spécialisé. Il doit jouir de sa pleine capacité civile et accepter expressément sa mission. Il est également possible de désigner plusieurs mandataires, par exemple l'un pour les biens professionnels et un autre pour les biens personnels, ou encore un mandataire subsidiaire chargé de remplacer le premier en cas d'empêchement. Cette possibilité permet d'adapter le dispositif à la complexité d'une exploitation agricole où les intérêts personnels et professionnels sont souvent étroitement liés. Le mandat ne produit aucun effet tant que le mandant conserve ses facultés. Il peut être modifié ou révoqué librement. Lorsqu'une altération des facultés est constatée, le mandataire doit faire établir un certificat médical par un médecin agréé. Ce document est ensuite présenté, avec le mandat, au greffe du tribunal judiciaire du domicile du mandant. Le mandat ne prend effet qu'une fois vérifié et visé par le tribunal judiciaire. À partir de ce moment, le mandataire peut accomplir les actes prévus au contrat, qu'il s'agisse de décisions personnelles ou de gestion patrimoniale.

Pendant toute la durée du mandat, la personne protégée conserve sa capacité juridique. Elle peut continuer à agir elle-même, dans la mesure où son état le permet. Le mandataire, pour sa part, doit dresser un inventaire du patrimoine au moment de sa prise de fonction et rendre compte de sa gestion, au moins une fois par an, au notaire ou à la personne désignée pour le contrôle. En cas de faute ou de mauvaise exécution, sa responsabilité peut être engagée devant le juge.

Le mandat prend fin dans plusieurs situations : le rétablissement des facultés du mandant, son décès, la mise en place d'une mesure de tutelle ou de curatelle, ou encore la défaillance du mandataire. Le juge peut également y mettre fin s'il constate une fraude, une erreur ou une gestion contraire aux intérêts du mandant.

Préventif et responsable

Pour les exploitants agricoles, ce dispositif présente un intérêt majeur. Il garantit la continuité de l'exploitation en cas d'accident ou de maladie, sans interruption brutale de la gestion. En permettant d'organiser sa protection en amont et de mettre en œuvre une procédure rapide, le mandat de protection future s'inscrit pleinement dans une démarche de gestion préventive et responsable, à la fois personnelle et professionnelle, et devrait être envisagé systématiquement par les exploitants exerçant seuls leur activité.

Outil encore trop méconnu, le mandat de protection future mérite d'être intégré à la réflexion patrimoniale de tout exploitant. Sa mise en place, avec l'aide d'un notaire ou d'un conseiller juridique, constitue une démarche de prévoyance et de protection : celle d'une gestion anticipée des risques humains, garantissant la pérennité de l'exploitation et la sécurité de la famille de l'exploitant.•

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