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"ll faut lutter pour que les femmes aient toute leur place"

Présidente de la Commission nationale des agricultrices de la FNSEA, Sylviane Lefez est en première ligne pour défendre les droits des femmes dans le secteur agricole. Sept mois après le lancement du plan national consacré à ce sujet, plusieurs mesures concrètes commencent à voir le jour. 

Sylviane Lefez, présidente de la CNA, et Catherine Faivre-Pierret, ancienne présidente de la CNA.
Sylviane Lefez, présidente de la CNA, et Catherine Faivre-Pierret, ancienne présidente de la CNA.
© FNSEA

À la tête de la Commission nationale des agricultrices (CNA) de la FNSEA, Sylviane Lefez, agricultrice en Seine-Maritime, défend désormais, à l'échelle nationale, des dossiers qui touchent des milliers de femmes travaillant dans les exploitations françaises (lire aussi page suivante sur Octobre rose). Son combat repose sur une idée simple : les agricultrices doivent pouvoir prendre toute leur place dans l'agriculture. Et pas seulement en tant que conjointes ou collaboratrices. Elles doivent pouvoir devenir cheffes d'exploitation, s'installer, transmettre, entreprendre, occuper des responsabilités et concilier leur métier avec leur vie familiale.

Ce combat a franchi une nouvelle étape avec le Plan d'action national pour favoriser la place des femmes en agriculture. Présenté en février 2026 au Salon international de l'agriculture, il comprend 41 mesures réparties en six axes. Sept mois plus tard, le premier comité de pilotage a permis de faire le point sur sa mise en œuvre.

Une revendication portée depuis longtemps par la CNA

Pour la FNSEA, ce plan est aussi le fruit du travail mené depuis plusieurs années par la CNA. Sylviane Lefez défend les préoccupations des femmes du secteur auprès du ministère de l'Agriculture. Parmi les dossiers suivis de près figure celui du statut de conjoint collaborateur. La loi a limité à cinq ans la durée de ce statut. Une évolution qui pose une question concrète pour celles et ceux qui arrivent au terme de cette période : quel statut adopter ensuite et avec quelles conséquences économiques ?

La question est particulièrement importante pour les femmes. Selon les données de la FNSEA, plus de 8 000 collaborateurs doivent quitter ce statut au 1er janvier 2027, dont plus de 80 % sont des femmes. La CNA avait donc demandé un accompagnement pour celles et ceux qui souhaitent s'installer comme chef(fe) d'exploitation ou co-exploitant(e), mais qui peuvent être freinés par le coût des cotisations sociales. Une réponse est désormais inscrite dans les textes.

Une exonération pour faciliter le passage au statut de cheffe d'exploitation

Le décret du 8 août 2026 prévoit une exonération dégressive des cotisations sociales pour les conjoints collaborateurs de plus de 40 ans qui arrivent au terme des cinq années autorisées et deviennent chefs d'exploitation ou co-exploitants.

À partir du 1er janvier 2027, l'allègement sera de 65 % la première année, puis de 55 %, 35 %, 25 % et enfin 15 % au cours des quatre années suivantes, dans la limite du plafond prévu par les textes. Les cotisations d'assurance maladie, d'invalidité-maternité, d'allocations familiales et d'assurance vieillesse de base sont notamment concernées.

Pour les agricultrices qui ont longtemps travaillé sur l'exploitation familiale sous le statut de conjointe collaboratrice, le passage au statut de cheffe d'exploitation représente une évolution professionnelle et juridique, mais aussi une nouvelle charge financière.

L'objectif du ministère est de faciliter l'accès à ce statut. La mesure constitue l'une des premières traductions concrètes des revendications de la CNA. Le ministère indique également que l'accompagnement s'intensifie : 52 webinaires ont été organisés et 2 183 conjoints collaborateurs ont été contactés dans le cadre de campagnes d'accompagnement individualisé.

Installation : mieux prendre en compte les parcours des femmes

Autre sujet sur lequel Sylviane Lefez entend faire avancer les choses : l'installation et la transmission.

À partir du 1er janvier 2027, le déploiement de France Services Agriculture doit permettre de mieux prendre en compte les difficultés spécifiques des femmes qui souhaitent s'installer ou reprendre une exploitation. Sensibilisation des conseillers, informations dédiées, échanges entre agricultrices et développement du mentorat sont notamment prévus. C'est une évolution importante pour la CNA, qui considère que l'accompagnement d'une future agricultrice ne peut pas toujours être pensé exactement de la même manière que pour un autre porteur de projet.

L'enjeu commence même avant l'installation. Le plan prévoit de travailler sur l'orientation des jeunes filles et la découverte des métiers agricoles. Le ministère annonce que 60 établissements d'enseignement agricole sont engagés dans une démarche de labellisation "Égalité-Diversité". Le mentorat "Une agricultrice - Une élève" commence aussi à être déployé.

Du tracteur au congé maternité

La place des femmes dans l'agriculture ne se résume évidemment pas à leur statut juridique. La question des conditions de travail est également au cœur des travaux.

La CNA poursuit avec les professionnels les réflexions sur l'adaptation des matériels agricoles aux différentes morphologies, ainsi que sur l'ergonomie et la prévention des risques.

Autre chantier : celui de la maternité et de la parentalité. La CNA poursuit ses travaux avec la MSA et Service de remplacement France sur le congé maternité, le congé supplémentaire de naissance, mais aussi sur les situations liées à un enfant handicapé, accidenté ou gravement malade.

L'objectif est de faire en sorte que la vie familiale ne devienne pas un frein à la poursuite d'un projet agricole.

Les femmes doivent aussi être présentes là où les décisions se prennent

Pour Sylviane Lefez, la question de la place des femmes se pose également dans les organisations professionnelles agricoles. Le plan national prévoit de travailler à une meilleure représentation des femmes dans les instances de gouvernance. Les réflexions portent notamment sur la parité lors des renouvellements, la publication d'indices de représentation et la mise en place de chartes des temps pour faciliter la conciliation entre responsabilités professionnelles et vie personnelle. Objectif : permettre aux agricultrices de participer aux décisions qui concernent leur métier.

" Ne pas relâcher la dynamique "

Sept mois après le lancement du plan, le constat du ministère est celui d'une mise en œuvre engagée sur plusieurs fronts : orientation, formation, droits sociaux, statut, conditions de travail, installation et représentation.

Pour Sylviane Lefez, cette première étape doit maintenant être suivie d'effets durables dans les territoires. Elle est satisfaite de voir le plan entrer dans sa phase opérationnelle, mais appelle le ministère à maintenir un rythme dynamique et à prévoir les moyens humains et financiers nécessaires. Car derrière les 41 mesures du plan, ce sont des situations très concrètes qui sont en jeu : une femme qui souhaite reprendre l'exploitation familiale, une conjointe qui arrive au bout de ses cinq années de statut, une jeune fille qui envisage de s'installer, une agricultrice qui doit pouvoir travailler avec un matériel adapté ou encore une cheffe d'exploitation confrontée à la maternité.

La FNSEA souhaite désormais que ces nouveaux dispositifs soient mieux connus dans les campagnes. Les FDSEA, FRSEA et syndicats associés sont appelés à relayer les informations auprès des agricultrices.

Depuis la Seine-Maritime, Sylviane Lefez entend continuer à porter cette voix au niveau national. "Donner davantage de place aux femmes n'est pas un sujet périphérique : c'est aussi une question d'avenir pour l'agriculture française". Le ministère rappelle d'ailleurs que le renouvellement des générations agricoles ne pourra se faire sans les vocations et les projets portés par les femmes.•

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