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La Cidrerie du Manoir du Val lance le premier cidre artisanal sans alcool en France

Marie Bourut et Thomas Courtoux désalcoolisent un cidre pour répondre à une demande "tendance".

Le cidre fut la deuxième boisson consommée en France après l'eau jusqu'à la première guerre mondiale. Supplantée par le vin "dont la filière a réussi à s'organiser", la boisson alcoolisée à base de pommes s'est au fur et à mesure des décennies "ringardisée". Mais, une nouvelle génération de producteurs s'est alors lancée comme défi de redonner ses lettres de noblesse au cidre en s'organisant et en élargissant la gamme afin de répondre à la demande des consommateurs d'aujourd'hui. C'est le cas de Marie Bourut et Thomas Courtoux de la Cidrerie du Manoir du Val à Mesnil-en-Ouche (Eure) qui vient de lancer "le premier cidre artisanal sans alcool en France".

Toujours plus naturel

L'histoire du Domaine du Manoir du Val remonte à l'époque de Guillaume le Conquérant. Il fut une ferme en polyculture-élevage jusqu'en 1996, alors transformée par la fille des propriétaires en cidrerie sur un verger de 7,5 hectares. En 1999, l'exploitation a été rachetée par Marie Bourut, ingénieure en agroalimentaire, spécialiste en œnologie et son époux, Thomas Courtoux, professeur en machinisme agricole au lycée professionnel agricole Gilbert Marin au Neubourg (Eure) : "j'ai travaillé d'abord chez Kronenbourg, près de Nancy, puis dans le cacao, chez Cargill près de Rouen. À un moment, j'ai souhaité travailler pour moi. Après neuf mois de formation dans cette ferme, je l'ai racheté le 14 décembre 2001. Depuis, j'ai transformé les bâtiments, diversifié la gamme et augmenté la production. Pour cela, nous avons changé les variétés de certains fruits. Nous avons planté des pommes à chair rouge pour faire du cidre rosé, retiré des pommes amères pour donner plus de douceur à notre jus de pomme et planté des poires. Nous avons mis le verger à notre goût. C'était en 2009 et il a fallu cinq années pour avoir nos crus", explique la gérante. Aujourd'hui, que ce soit dans le magasin de la ferme, par le réseau de distributeurs principalement installés dans un triangle qui va de Rouen, à Verneuil-sur-Avre et la région Parisienne ou encore dans des châteaux, la cidrerie met à sa carte un cidre doux, demi-sec, brut, rosé "donc plus rafraîchissant", blanc "obtenu sous atmosphère contrôlée, ce que à ma connaissance, nous sommes les seuls à faire", du poiré, du cidre millésimé, du pommeau, dix vinaigres, la Corme cidre (cidre fait avec du cormier) et des confitures : "des produits qui nous permettent d'attirer une clientèle fidèle, mais aussi des groupes, car à chaque ouverture, à 16 heures, nous faisons visiter la cidrerie et le musée. Cela nous permet vraiment de professionnaliser la filière cidricole avec des produits qui résonnent de plus en plus avec notre époque. Naturels pour chaque buveur et peu alcoolisés pour une clientèle rajeunie et plus urbaine", complète Marie Bourut.

"Ce n'est pas un jus de pomme"

Et, au fur et à mesure des rencontres, le couple a surtout enregistré de plus en plus de demandes de "sans alcool". "Dans les nombreux groupes que nous recevons, il y en a toujours qui n'en boivent pas. Alors, on leur sert quoi ? Du jus de pomme ou d'autres boissons toujours très sucrées." Donc, pendant deux ans, pour répondre aux abstèmes, aux femmes enceintes, aux sportifs de haut niveau, aux malades ou simplement aux gens qui boivent de l'alcool pendant des soirées, des fêtes, mais pas dans la journée, la Cidrerie du Manoir du Val a lancé des recherches "afin que ces personnes ne se sentent pas stigmatisées. Nous avons travaillé sur un cidre désalcoolisé sur la base d'un jus demi-sec spécialement élaboré avec notre œnologue pour conserver toutes les caractéristiques et les arômes de la boisson originale. C'est une première pour du cidre artisanal. On applique avec un prestataire la technique de l'osmose inverse. Il a été lancé il y a trois semaines dans une bouteille de 33 cl et ça marche fort ! Aujourd'hui, nous avons une offre pour tout le monde", indique Marie Bourut.•

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