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Jaune silphie, une couleur qui pourrait se répandre pour valoriser nos terres

Une plante pérenne très mellifère qui, bien implantée, s’en sort même en cas de stress hydrique, valorisée dans les rations pour l’élevage mais aussi à fort pouvoir méthanogène. La silphie gagne du terrain en France.

La variété Abica Perfo est la seule commercialisée chez nous.
© Pixabay

Voilà un peu plus de trois ans qu’elle a fait son apparition dans les terres agricoles françaises, et chaque année, elle gagne un peu plus de surface. La silphie, astéracée originaire de régions tempérées d'Amérique du Nord, séduit de plus en plus de producteurs, à destination de l’alimentation animale et de la méthanisation. « Il s’agit chez nous de la variété Abica Perfo, non invasive, distribuée par notre société HADN sous la marque Silphie France. Nous garantissons un taux de germination supérieur à 90 %, et surtout, nous apportons le conseil technique indispensable à la réussite de l’implantation », a présenté Noémie Breton, de Silphie France, le 27 février, dans les locaux de la Chambre d’agriculture, à Abbeville (80)

Une plante séduisante

Une fois bien implantée, cette plante pérenne (au moins quinze ans) peut atteindre 3,5 m de hauteur et fournir jusqu’à 80 tiges par pied. Comptez entre 10 et 20 tonnes de matière sèche par hectare selon la conduite. Elle est très mellifère, avec une floraison de mi-juillet à septembre, lorsque la plaine est pauvre en fleurs. « Les abeilles peuvent produire 150 kg de miel par hectare», assure Amédée Perrein, co-fondateur de Silphie France. C’est aussi une plante zéro phyto : « elle nécessite un désherbage mécanique – puisqu’aucun produit n’est homologué la première et deuxième année, mais ensuite, elle étouffe les adventices. »

Régénération des sols

Un refuge pour le gibier ? « Pas du tout. Les sangliers n’apprécient pas sa texture rugueuse », assure Noémie Breton. Elle est appréciée pour valoriser des ZNT, des zones de captage et inondables, des parcelles éloignées et peut être conduite en agriculture bio. Une fois implantée, elle s’avère très résistante. « Elle résiste jusqu’à - 40 °C. Son système racinaire, très fin, est aussi très profond, jusqu’à 2,50 m sous le sol. Lors des printemps secs, elle peut déjà faire 2 m de haut, alors que le maïs ne dépasse pas le genou. » Ces racines résistent aussi à une immersion totale prolongée. Elles sont de l’or pour les sols : elles pourrissent naturellement, forment ainsi 6 à 8 t d’humus par hectare, et sont capables de régénérer des sols pauvres en matière organique en une petit dizaine d’années. Quand à l’eau, les feuilles attachées à leur base, comme celles de la rubarbe, recueillent la moindre rosée. « On l’appelle la plante bain d’oiseau. »

Deux valorisations possibles

Sa valorisation peut être de deux sortes. « En France, 50 % des producteurs l’utilisent en fourrage, 50 % pour la méthanisation », note Noémie Breton. En fourrage, elle pourra être récoltée trois ou quatre fois par an, « conduite comme de la luzerne », en ensilage ou en enrubannage. Les valeurs alimentaires présentées sont les suivantes : 19 à 20 points de protéines, et des UF d’environ 0,90. Elle se récolte entre 28 et 32 % de MS. Pour la méthanisation, elle se récolte une fois par an, fin août ou début septembre. « La teneur en méthane du biogaz varie de 51 à 55 %. En laboratoire, un rendement de 310 l de méthane par kg de matière sèche a été atteint.  Une production moyenne de 15 à 20 t de matière sèche par hectare produit 4 650 m3 de biogaz environ. » La silphie est « pour l’instant » considérée comme une culture principale, et entre donc dans le quota des 15 % du volume qui entre dans le méthaniseur.

Quelques contraintes

Ce n’est cependant pas une “plante miracle” ; elle comporte quelques défauts. Premièrement, son coût : entre 1 500 et 1 800 euros de semences par hectare. « Cela s’explique par les techniques de récolte des semences très gourmandes en main-d’œuvre. Ses graines se récoltent à la main uniquement, puis celles-ci subissent un traitement pré-germinatif en usine, qui nécessite une alternance de températures plus ou moins élevées pendant plusieurs semaines ». Presque tous les sols sont adaptés, mais ceux à faible pH (- de 6,5) sont à proscrire.
Les deux premières années n’espérez pas de vraie valorisation. « La semence est amortie au bout de cinq ans. »  Pour pallier la perte financière de la première année, Silphie France propose de la semer sous couvert de maïs. « Mais cette implantation est moins performante que seule ». •
 

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