GEAU 76 : hausse des demandes d'informations sur l'irrigation
Face aux défis du changement climatique et aux restrictions qui vont s'accroître sur l'usage de l'eau, les utilisateurs agricoles doivent adopter des pratiques plus économes et innovantes. C'est dans ce contexte que l'association GEAU 76 accompagne les agriculteurs de Seine-Maritime vers une gestion raisonnée de cette ressource.
« GEAU 76, association pour la gestion des usages agricoles de l'eau, est un centre de ressources pour répondre aux questionnements des agriculteurs », explique Samuel Crèvecœur, président de l'association en question et agriculteur dans la région de Petit-Caux.
« Nous existons pour informer à la réglementation les agriculteurs souhaitant irriguer leurs cultures mais nous avons également un rôle de sensibilisation des techniques en faveur de la rétention d'eau dans les sols et de la ré-infiltration de l'eau dans les sols, explique Bérengère Girard, animatrice de GEAU 76. Nous sensibilisons à l'installation de sondes tensiométriques qui permettent des apports en fonction des besoins réels de la culture. Nous informons les irrigants sur l'évolution du matériel qui sont de plus en plus efficaces. Nous pouvons conseiller des cultures moins gourmandes en eau ».
581 000 m3 pour l'irrigation agricole
À la demande du GEAU 76, Corentin Auger, stagiaire au sein de la Chambre d'agriculture, a effectué une évaluation des prélèvements d'eau à destination de l'agriculture en Seine- Maritime avec des chiffres fournis par la Banque nationale des prélèvements quantitatifs en eau (BNPE) et l'agence de l'eau Seine-Normandie.
En 2020, 300 millions de m3 d'eau ont été prélevés en Seine-Maritime. Les quantités d'eau provenant de forage pour l'agriculture représentent 671 000 m3 en 2020, dont 581 000 m3 pour l'irrigation.
956 ha ont été irrigués en 2020 contre 499 ha en 2010. En 2010, la SAU irriguée en Seine- Maritime représentait 0,2 % des surfaces du département. Au niveau national, 6,8 %.
L'irrigation est présente principalement sur deux types de cultures : les pommes de terre (46 % de la surface irriguée) et les légumes frais (40 % de la surface irriguée). Entre 2010 et 2020, la quantité d'eau consacrée à la SAU pomme de terre a augmenté de 42 %.
À côté des eaux provenant des forages à destination de l'irrigation agricole, l'eau de réutilisation venant de l'industrie représente 416 000 m3 (dont 218 656 m3 irriguent les pommes de terre).
Précisons que la consommation dédiée à l'élevage représente 7 860 000 m3, dont 7 000 000 m3 pour abreuver les troupeaux et 602 500 m3 pour le lavage des installations de traite.
9 millions de m3 nécessaires à l'agriculture
La quantité d'eau nécessaire pour l'agriculture seinomarine sur une année, toutes sources d'eau confondues, a été estimée à 8 950 000 m3, dont 11 % pour l'irrigation.
Les agriculteurs interrogés avancent plusieurs arguments pour expliquer leur décision d'irriguer : assurer un rendement et une régularité de volumes, mieux gérer la qualité des cultures et s'adapter au changement climatique. Parmi les agriculteurs sondés, 85 % se basent sur leur expérience et l'observation de leur parcelle pour déclencher l'irrigation. 52 % complètent leur décision avec l'utilisation d'un outil d'aide à la décision (OAD). 57 % des sondés envisagent d'augmenter leur surface irrigable et 80 % estiment que leur exploitation sera dépendante de l'irrigation dans un futur proche. 48 % des irrigant sondés éprouvent le besoin d'être accompagnés sur le volet administratif et pour le suivi de l'irrigation. 50 % pensent qu'ils doivent être accompagnés pour le stockage de l'eau.
Sensibiliser à une gestion économe
C'est donc le travail de l'association GEAU 76, association née en 2020 et reconnue par l'État pour représenter et défendre les exploitants agricoles préleveurs d'eau auprès des services de l'État.
L'association siège au sein du comité ressource en eau de la Seine-Maritime et prend part aux réflexions sur la gestion de la ressource conformément à la loi sur l'eau.
Son rôle est de communiquer sur l'irrigation auprès de tous les publics, accompagner les agriculteurs dans les bonnes démarches pour une gestion économe et responsable de la ressource en eau : le rôle de la matière organique pour une meilleure rétention en eau, des couverts végétaux pour capter l'eau de pluie...
Elle apporte un appui au développement de l'OAD Net-Irrig. « Les outils capteurs d'humidités connectés mesurent avec précision les besoins en eau des sols, les sondes tensiométriques programment l'irrigation au moment le plus opportun ».
Elle informe et forme les exploitants agricoles préleveurs d'eau, principalement sur la clarification de la réglementation.
Les adhérents sont des éleveurs, des producteurs irrigants, des maraîchers, des arboriculteurs...
L'aspersion, la plus courante
L'aspersion est la technique la plus utilisée en France (60 % des surfaces irrigables). Mais canon enrouleur, rampes, ou pivots, chaque équipement a ses avantages et ses inconvénients. « Si le canon enrouleur est facile à déplacer, il est sensible au vent, explique Bérengère Girard. Il convient aux parcellaires morcelés et fonctionne avec la seule pression hydraulique. Cependant, les risques de battance sont plus élevés. » « La rampe permet un arrosage homogène, proche de la pluie naturelle mais le coût d'installation est plus élevé. Elle nécessite des parcelles sans obstacles et plutôt rectangulaires et un paramétrage précis. L'économie en eau peut aller jusqu'à 20 % par rapport au canon enrouleur. Elle est peu gourmande en main-d'œuvre. » « Les pivots sont très peu utilisés en Seine-Maritime. Ils sont adaptés aux grandes surfaces, pour des apports fréquents et homogènes, demandant peu de surveillance. Le paramétrage initial est très technique et cette installation demande une source d'eau et un point pivot central ».
« Depuis la fin de l'été, nous avons beaucoup plus de demandes d'informations - plutôt réglementaires - de la part d'agriculteurs qui réfléchissent à créer un forage et installer un système d'irrigation sur leurs parcellaires », conclut Bérengère Girard.•