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GEPAES
Dans le marais, la fauche réglementée a un goût amer

Dans la réserve naturelle de l’estuaire de la Seine, les agriculteurs sont contraints de respecter une réglementation quant à la date de fauche. Résultat : les agriculteurs ont, en partie, tous fauchés le 8 juillet.

La réserve naturelle de l’estuaire de la Seine, créée officiellement en 1997, avec une partie agricole grande de 2 000 ha, est découpée en plusieurs parcelles abritant pas moins de 100 agriculteurs, membres pour la plupart du Groupement des exploitants des prairies alluvionnaires de la Seine (Gepaes). Ce collectif se bat pour faire valoir les droits de ces agriculteurs dont les parcelles sont implantées dans la réserve naturelle. Leur problématique actuelle ? La fauche de leurs prairies interdite avant le 8 juillet.

Une réglementation non sans conséquence

La réglementation, ayant pour but de protéger la biodiversité, imposée aux agriculteurs n’est pas sans conséquence non plus sur la faune et la flore. « Le 8 juillet, la plupart des agriculteurs, si ce n’est tous, vont faucher en même temps les 2 000 ha de la zone. C’est désastreux pour la biodiversité. Mais nous n’avons pas le choix, on doit respecter la réglementation. C’est aussi celle-ci qui nous contraint à amener de l’eau d’abreuvement dans certaines zones car les creux ne sont pas suffisamment entretenus. Il faudrait faire un rapport complet sur les conséquences de ces réglementations. Les contraintes réglementaires imposées ne sont bénéfiques ni pour nous, ni pour la biodiversité », déplore Guilène Duboc, présidente du Gepaes avant de poursuivre : « C’est pour cela que l’on demande une fauche libre, qui serait naturellement étalée et donc bénéfique pour le développement de la faune et la flore. Et c’est également pour des questions de protection de la biodiversité, que nous devons faucher à 12 km/h et débuter la fauche en milieu de parcelle.  Bien qu’inutiles lorsque l’ensemble du parcellaire est fauché en une journée, ces règles ne nous posent pas de problème ».

Un groupement qui veut se faire entendre

Pour faire valoir ses droits, le groupement d’agriculteurs se réunit plusieurs fois par an avec l’ensemble des acteurs de la réserve (maison de l’Estuaire – le gestionnaire de la réserve naturelle –, Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, Direction départementale des territoires et de la mer, sous-préfète du département...) afin de les sensibiliser à leur cause. Objectif : trouver des consensus pour faire cohabiter enjeux environnementaux et activités agricoles. « Malgré tout, lors de ces concertations, nous agriculteurs, nous nous exprimons mais on ne nous écoute pas. En réalité toutes les décisions sont prises en amont, on vient seulement nous en informer lors de la réunion », déplore la présidente.
Alors pourquoi rester sur cette zone ? « La pression foncière. Dans le marais le prix à l’hectare est loin des prix pratiqués ailleurs. Et puis, pour la plupart, nous sommes attachés à ce marais que nous exploitons parfois depuis plusieurs générations », souligne Guilène Duboc, locataire du marais. En somme, malgré un loyer peu élevé, les agriculteurs ne s’y retrouvent pas...

Un foin à faible valeur alimentaire

Jean-Étienne Letheux est agriculteur depuis janvier 2021 sur la ferme familiale. Tout comme son arrière-grand-père, son grand-père et son père, il possède des prairies sur le marais, 106 ha aujourd’hui. Malgré son attachement à cette zone naturelle, il devient aujourd’hui difficile pour lui de travailler convenablement sur ses prairies. « La maison de l’Estuaire et le Conservatoire ont mis en place des réglementations sans jamais se concerter avec nous. Il aurait été pourtant intéressant de discuter avec des gens qui connaissent le marais depuis toujours. C’est nous qui en parlons le mieux. Résultat : ils ont mis en place des réglementations aberrantes, loin de la réalité de notre métier », se désole l’agriculteur. Ces réglementations toujours plus contraignantes ne sont pas sans conséquence sur la production de fourrages. « Avec une fauche interdite avant le 8 juillet et un apport de matière organique interdit, on se retrouve avec un marais et surtout un fourrage appauvri. Pour corriger le manque de valeurs alimentaires de mon foin, je suis obligé de compléter ma ration avec des concentrés. C’est contre-nature et surtout contre-productif, cela me coûte énormément d’argent. Aujourd’hui produire sur le marais ne me rapporte rien du tout, voire me coûte de l’argent à cause des coûts de production. Ce que l’on souhaite, nous agriculteurs du marais qui avons de l’expérience sur ce type de milieu, c’est d’être entendus. À l’époque de mon père, et même avant, la fauche n’était pas réglementée et le marais s’en portait très bien puisque les fauches étaient étalées et nous avions une belle mosaïque avec des espèces protégées très nombreuses », explique Jean-Étienne Letheux.
Benoît Perdrix, exploitant sur le marais, déplore également une réglementation loin de la réalité. « Lorsque l’on nous impose une date avec une météo comme celle-ci, cela a non seulement des répercussions sur notre foin, qui n’est plus de la cellulose mais de la lignine, mais aussi sur la faune. Il faudrait pouvoir adapter cette date aux conditions climatiques actuelles. » Jean-Étienne Letheux se désole également de voir disparaître certaines espèces et apparaître de nouvelles invasives. « Aujourd’hui on se retrouve avec une zone homogène et des espèces qui ont disparu. Si on nous laissait faucher librement nous pourrions retrouver les paysages d’avant puisque nous avons des agriculteurs avec des besoins différents ». « Par exemple, ajoute-t-il, je récolterais mon foin avant épiaison pour mes broutards, d’autres éleveurs récolteraient avant ou après selon leurs bêtes, et cela créerait un plus joli décor et un lieu d’habitation plus adapté aux espèces du marais qui ont toujours été là. ». •

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