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Veragrow lance les premiers biostimulants à base de déjections de vers de terre

Avec l’envie d’entreprendre dans le développement durable, trois jeunes ingénieurs ont créé Veragrow, spécialisée dans la création d’intrants agricoles à partir de déjections de vers de terre.

Un vers de terre pond un à trois œufs toutes les trois semaines. Un œuf donne deux à huit vers de terre.
© Veragrow


Théo Saint Martin, Alexandre Foulon et Alexandre Bocage ont fondé Veragrow en 2019. Cette entreprise 100 % normande fabrique des intrants agricoles à base de déjections de vers de terre selon un procédé unique en France. Les premiers produits seront disponibles pour les agriculteurs cette année et début 2024 : Veraspida, Veraleaf et Verasol.
« Le lombricompost est utilisé dans le monde entier, principalement dans les secteurs agricoles à haute valeur ajoutée car sa production coûte cher. Dans les matières fécales du vers de terre, on retrouve des molécules de grand intérêt pour l’agriculture. L’idée était de liquéfier cette matière fécale et de proposer des produits que tout le monde puisse utiliser, surtout en grandes cultures », explique Alexandre Bocage.
Durant sa période d’incubation, la start-up a été soutenue par le dispositif Normandie Incubation financé par la Région Normandie. Cette aide a permis de travailler sur un prototype et de préparer en amont l’activité de production avant de démarrer.
Ces jeunes ingénieurs du CESI ont travaillé sur l’industrialisation du lombricompostage pour une production à flux continu. Ils sont les premiers en France à produire du lombricompost selon cette méthode.

Fumier de cheval, drêches et marc de café en nourriture

La première étape : rechercher la bonne nourriture pour les vers de terre pour produire du lombricompost de qualité. Les jeunes entrepreneurs ont fait un tour d’horizon de tout ce qui se faisait dans le monde et ont tenu compte des disponibilités locales. Le bol alimentaire des vers de terre est ainsi composé de fumier de cheval, de drêches de bières issues de brasseries et de marc de café récupéré auprès de l’association Marc en Terre qui reprend le marc des bars et restaurateurs de Rouen.

Biostimulant issu du sol qui revient au sol

Les vers de terre mangent, se reproduisent dans des grands bacs et leurs déjections sont récupérées. Le site de production est situé dans un bâtiment où les conditions d’humidité et de températures sont optimales pour le bon développement des lombriciens. L’installation a été conçue pour permettre de protéger les œufs afin de renouveler la population. Un vers de terre pond un à trois œufs toutes les trois semaines. Un œuf donne deux à huit vers de terre.
Pendant la période d’incubation, les jeunes ingénieurs ont fabriqué un prototype de lombricomposteur en flux continu. Tous les 2-3 jours, une trémie mobile dépose les déchets sur les 25 mètres de bacs dans lesquels se trouvent les vers de terre. L’objectif est d’avoir en permanence une population de vers de terre suffisante pour produire un lombricompost de grande qualité, disponible toute l’année et peu coûteux. Cette étape de production est située à Val-de-Reuil (27).
Les déjections sont récupérées et subissent un broyage puis plusieurs étapes, dont Veragrow garde le secret, afin extraire les molécules actives. Le côté innovant de ce process est le passage de cette phase solide à une solution liquide pour les plantes et le sol.
Pour développer ce procédé les ingénieurs ont bénéficié de l’appui scientifique du labo­ratoire de recherche Aghyle d’UniLaSalle qui travaille sur les approches microbiologiques et biotechnologiques. Le procédé est en cours de brevetage.

Un process innovant

Le projet Stimagro, soutenu par la Région Normandie et le Feder, finance les expérimentations sur ces biostimulants. Des mesures d’efficacité ont été réalisées en pots, en serre et dans les champs. Cette phase de recherche s’effectue avec plusieurs partenaires qui testent les produits : station expérimentale, coopératives et négociants, laboratoire de recherche, agriculteurs. Une soixantaine d’essais ont été réalisés sur des grandes cultures, sur des cultures fruitières, légu­mières et horticoles.

Une bonne réponse sur la vigueur des plantes

L’objectif est d’induire une meilleure captation des nutriments, d’améliorer la qualité de la récolte en jouant sur la bonne tenue et la bonne tolérance de la plante.
Le premier constat a été une meilleure vigueur de la plante se traduisant par des augmentations de rendements qui ont été observées par les partenaires. Il a aussi été noté par certains partenaires une plus grande rapidité de dégradation des résidus. « Nous allons poursuivre les expérimentations pour évaluer les effets de ces biostimulants dans le sol, mesurer en laboratoire les effets qu’ils pourraient avoir en situation de stress hydrique », explique Tom Belfort, ingénieur études et recherches chez Veragrow.
Deux biostimulants seront commercialisés : Veraspida en enrobage de semences et Veraleaf en application foliaire. Un troisième produit, Verasol, est encore en phase de test. Il sera à appliquer au sol avant l’implantation de la culture de vente.
« Notre objectif est de proposer aux agriculteurs des biostimulants permettant d’optimiser la réponse de la plante et du sol, pour un coût très raisonnable. Par exemple, sur céréales, un passage à 3 litres/ha au stade 4 feuilles coûtera environ 30 euros par hectare », ajoute Alexandre Bocage.
Sur le site de Val-de-Reuil, l’entreprise est capable de produire 300 000 litres par an mais un partenaire pourra augmenter rapidement la production si cela s’avère nécessaire. La commercialisation se fera via les coopératives, les négoces et les semenciers. •
 

 

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