Aller au contenu principal

Une manifestation pour obtenir « le droit de travailler »

Retour sur la manifestation qui, à l’appel de la FNSEA et JA du Grand Bassin parisien, a fait converger plus de 600 tracteurs et entre 2 500 et 3 000 agriculteurs vers Paris mercredi 6 février pour exprimer leur colère devant l’inertie du gouvernement face aux nombreuses contraintes qui pèsent sur la profession d’agriculteur avec la réaction des intervenants syndicaux.

Mercredi matin, sur le parvis de l’Hôtel des Invalides, les premiers tracteurs sont arrivés à destination vers 10 h 15. Au total, ce sont plus de 600 tracteurs et environ
3 000 manifestants qui se sont retrouvés au rond-point du Bleuet de France. Le lieu n’a pas été choisi par hasard car c’est ici que repose Napoléon 1er. C’est en effet à l’empereur que l’on doit l’introduction de la betterave en France (qu’il a rapportée de Pologne), à l’origine du déclenchement du mécontentement des agriculteurs depuis l’interdiction par la Cour de justice de l’Union européenne le 19 janvier dernier, d’utiliser des néonicotinoïdes. « C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », ont soutenu, tour à tour, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA et
Damien Greffin, président de la FNSEA Grand Bassin parisien.

Besoin de courage politique

Tous les agriculteurs, agricultrices, jeunes et moins jeunes, venus de plus « de 30 départements », a précisé ce dernier, ont exprimé leur « ras-le-bol » des interdictions, des réglementations et des surtranspositions qui pénalisent les exploitations. Ainsi Alain Huchet, producteur de pommes de terre en Normandie et éleveur de
200 vaches allaitantes, s’étonne-t-il que la quasi-totalité de sa production de pommes de terre parte à l’exportation et déplore que les hausses de charges de l’an dernier lui aient fait perdre plus 40 000 euros « uniquement sur troupeau allaitant. Je ne peux pas me permettre ça une année supplémentaire », nous a-t-il confié. « On n’en peut plus de ne plus pouvoir produire des betteraves, des cerises, des pommes de terre, etc. », s’est emporté Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA. Comme les autres orateurs, il a harangué les nombreux politiques présents de tous bords à défendre le savoir-faire agricole français : « Laissez-nous produire », leur a-t-il lancé, très applaudi par les manifestants. Dans le prolongement de ce discours, Christiane Lambert a souligné le besoin de courage dont les politiques devraient avoir besoin pour rectifier le tir. « Faire croire que l’on peut produire sans produits phytopharmaceutiques, sans chimie, c’est une mascarade », a-t-elle affirmé mettant en évidence la contradiction suivante : « La France est le premier pays au monde consommateur de médicaments humains, et il ne faudrait pas que nous traitions nos plantes et nos animaux malades ? ».

Indemnisation totale

Ce qu’ont demandé les dirigeants agricoles qui se sont succédé à la tribune*, c’est que les politiques arrêtent de faire preuve de « naïveté face aux opposants qui détruisent l’agriculture française », selon les mots de Franck Laborde, président de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM). Un thème repris par Christiane Lambert qui ne veut pas reproduire en agriculture les coups de boutoirs qui ont conduit l’industrie française et le nucléaire à la décroissance. Ce que Louise Piercourt (JA) appelle « la liquidation organisée des moyens de production ». « Nous manifestons pour avoir le droit de travailler (…)
alors même qu’on fout en l’air l’agriculture française »,
a, pour sa part, invectivé Éric Thirouin, président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB). Un avis partagé par Arnaud Rousseau, président de la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (FOP) qui demande de la cohérence aux politiques. « La primauté du politique doit prévaloir », a-t-il insisté. Il faut dire que pendant que les tracteurs se dirigeaient vers les Invalides, une délégation d’agriculteurs, conduite par la FNSEA, a été reçue par le ministre de l’Agriculture. « Le ministre s’est engagé à ce que l’intégralité des pertes sur les betteraves soient prises en charge par l’État, sans franchise et sans plafond. L’indemnisation sera totale », a indiqué Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). « Un rendez-vous très moyen », a estimé de son côté Damien Greffin qui demande que le gouvernement se réveille pour qu’il « nous redonne vision et perspectives ».
Bien que chahutés dans leur ensemble, quelques élus ont profité de la manifestation pour témoigner de leur soutien aux agriculteurs. Quelques députés et sénateurs étaient également présents. Au nom des sénateurs présents, Pierre Cuypers (Seine-et-Marne) a déclaré que « le Sénat est ici pour vous appuyer, pour éviter que le pays ne sombre dans la médiocrité et la dépendance». « On a besoin de vous garder », a ajouté Xavier Bertrand, président de la Région Hauts-de-France. « On ne lâchera pas notre soutien aux agriculteurs », a, pour sa part, assuré la députée Aurore Bergé, présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale. •

* Damien Greffin (FNSEA GBP), Geoffroy d’Évry (UNPT – pommes de terres), François Roch (FNP – Fruits), Éric Thirouin (AGPB), Philippe Bréhon (Union des endiviers), Louise Piercourt (JA), Franck Laborde (AGPM), Franck Sander (CGB), Arnaud Rousseau (FOP – oléoprotéagineux)

 

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Union agricole

Les plus lus

Les Prés d’Artemare à Saint-Vaast-Dieppedalle (22 juillet).
Concerts à la ferme : carton plein en Seine-Maritime

Près de 900 personnes sont venues assister aux cinq concerts à la ferme qui se sont tenus en Seine-Maritime du 20 au 24…

L'aide à l'achat d'engrais minéraux azotés simples va de 50 à 70 € la tonne. Épandage d'engrais azoté sur blé.
Plan engrais 2026 : l'aide est aujourd'hui disponible

Le dispositif d'urgence exceptionnel qui accompagne les exploitations agricoles face à la hausse des coûts des intrants liée…

Philippe Sellier, membre du bureau de la FNB et éleveur allaitant dans l'Eure, martèle, devant le directeur de l'abattoir, que Bigard, leader français des abatteurs, orchestre une baisse continue des prix qui in fine se retournera contre toute la filière.
Les éleveurs bovins dénoncent des baisses de prix injustifiées

Dès 4 heures du matin, mardi 28 juillet, près d'une centaine d'agriculteurs venus de tous les départements normands ont bloqué…

Adoption définitive de la loi d'urgence agricole le 21 juillet 2026. Pour la FNSEA, « cette loi constitue une véritable bouffée d'oxygène pour les exploitations agricoles ».
Adoption définitive de la loi d'urgence agricole

L'Assemblée nationale puis le Sénat ont définitivement adopté le projet de loi d'urgence agricole mardi 21 juillet au soir.…

Au printemps, David Léger composte la litière deux fois à 15 jours d'intervalle. Il l'épand ensuite, sans l'incorporer sur ses prairies temporaires.
Une litière en plaquette bois pour booster la vie du sol

À Esteville, les vaches de David Léger logent sur une litière mixte construite sur de la plaquette bois. Sans impact sur le…

Au 20 juillet, les prairies sont fortement touchées par la sécheresse. Les éleveurs s'inquiètent pour les fourrages à venir.
Sécheresse : mobilisation autour des fourrages

Face à la baisse des fourrages, les éleveurs s'inquiètent. Le réseau FDSEA-FRSEA de Normandie lance une enquête afin d…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 300 €/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site L'Union agricole
Consultez le journal L'Union agricole au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters du journal L'Union agricole