Une litière en plaquette bois pour booster la vie du sol
À Esteville, les vaches de David Léger logent sur une litière mixte construite sur de la plaquette bois. Sans impact sur le bien-être des animaux et la qualité de production, ce système lui permet de ramener beaucoup de matière organique dans ses sols. Explications.
À Esteville, les vaches de David Léger logent sur une litière mixte construite sur de la plaquette bois. Sans impact sur le bien-être des animaux et la qualité de production, ce système lui permet de ramener beaucoup de matière organique dans ses sols. Explications.
Et si les haies de nos fermes avaient plus de valeur qu'on ne le pense ? Outre leurs rôles brise-vent et écosystémiques, les haies offrent en effet une possibilité de valorisation autre qu'énergétique : leur utilisation pour la litière des animaux. Une option qui ne semble pas avoir beaucoup de sens dans des systèmes où la paille ne manque pas, mais qui trouve une place même en Normandie.
Agriculteur à Esteville, David Léger a en tout cas choisi cette voie. « Ma réflexion de départ tourne autour de la matière organique », explique-t-il. Éleveur de vaches de race Aubrac dont il commercialise la viande en vente directe, l'homme travaille 54 hectares en agriculture biologique. Il abat chaque année quelques arbres morts et entretient les haies en bordures de prairies. « Alors je me suis dit pourquoi ne pas garder cette matière organique sur la ferme et la réincorporer au sol ? »
Désormais donc, une partie des tailles de haies part en paillage pour les vaches. Ce sont les tailles fines et/ ou de mauvaise qualité qui sont orientées vers ce « débouché ». Car le bois de qualité, lui, et notamment les plus gros calibres, est valorisé via la coopérative Eden à des fins énergétiques. « Je dispose depuis un an du label Haie. Vu les prix du bois label, j'ai plutôt intérêt à faire partir le bois produit sur la ferme dans la filière énergie. » La valorisation via Eden couvre la totalité de la mécanisation liée au poste « haie ».
Litière mixte : plaquette et paille
Pour assurer le volume nécessaire au paillage des animaux, David Léger compte donc sur des apports de tailles extérieures à l'exploitation. Le broyage de branches s'assèche seul, grâce à la montée en température du tas (évidemment mis hors eau), sans que cela ne composte pour autant. Le produit est ensuite utilisé principalement en fond de litière sur 10 à 15 centimètres, épandu au godet ou à l'épandeur. « Là, il faut de la patience », précise David Léger. « Car, quand c'est un peu humide, cela devient noir, et cela paraît très sale au sol. Mais ce qu'il faut, c'est surtout regarder l'état des vaches. » Le premier paillage tient jusqu'à deux semaines. Repailler trop vite empêche d'utiliser tout le potentiel absorbant du bois.
Après ce fond de litière, l'éleveur pratique un paillage classique, dans lequel il incorpore aussi des déchets de teillage de lin. Une pratique qui peut rendre la litière trop souple et qui nécessite souvent de réutiliser des plaquettes pour redonner de la stabilité à la litière. « On peut alterner sans problème. Et l'avantage, quand on paille à la plaquette, c'est qu'on est tranquille pour une semaine. » Selon le label Haie, avec une sous-couche de copeaux de bois, la paille utilisée en litière supérieure reste aussi propre plus longtemps. Le paillage peut se réaliser deux jours sur trois, contre tous les jours en litière 100 % paille.
Une litière compostée épandue sur prairies temporaires
Mais ces économies de temps ne sont qu'un bénéfice collatéral pour David Léger. L'idée reste surtout de ramener tout cela aux champs. Le fumier est ensuite composté. « Je le composte deux fois à quinze jours d'intervalle, pour assurer une bonne montée en température. Cela va détruire les essences issues des résineux qui seraient toxiques pour la vie du sol ».
La question de la période d'épandage au sol de ce compost s'est ensuite posée. Très carboné, ce produit pourrait en effet déstabiliser le rapport C/N des sols. Surtout en système bio, naturellement plus pauvre en azote qu'un système conventionnel.
« Pour éviter la faim d'azote, je fais un épandage de surface sans incorporation et uniquement sur mes prairies », explique encore David Léger. Il le fait en priorité sur ses prairies temporaires (mélange pâturable avec trèfle blanc ou luzerne ou trèfle violet) qui sont là uniquement pour apporter la fertilité pour les quatre années de cultures qui vont suivre. « Du coup, j'ai deux ans pour réincorporer ça tranquillement. Cela me laisse beaucoup de souplesse, parce qu'à chaque fois que c'est pâturé ou fauché, j'ai une fenêtre qui s'ouvre pour épandre, à des périodes où le sol porte bien. »
Pour l'heure, David Léger ne mesure pas pleinement le retour de cette pratique. Pour les vaches, en tout cas, il n'observe aucun changement. « C'est difficile de dire si ce que je fais est rentable, car j'y passe un plus de temps que si je faisais du paillage classique. Mais je suis plutôt dans la logique de dire que j'investis dans mon sol ; pour le maintien de sa fertilité sur le long terme... » Rendez-vous donc, d'ici quelques années...•
Pics de travail et rentabilité
Efficace en litière, la plaquette bois en paillage a aussi d’autres mérites. Le premier est de faciliter la gestion de la paille des céréales, qui peut être broyée à la moisson, plutôt que pressée, puis stockée. De quoi diminuer la charge de travail en été pour la déporter vers l’hiver. En outre, les expérimentations menées par le Réseau Haies, mais aussi par l’Idele à travers son Centre interrégional d’information et de recherche en production ovine (Ciirpo), démontrent que la plaquette peut être économiquement avantageuse par rapport à de la paille achetée.
Référentiel économique du coût de la litière plaquette comparé à celui de la litière paille
Comparaison réalisée sur les bases d’un coût de chantier de gestion des haies de 47,49 € par tonne.
En litière mixte (sous-couche de 10 cm) : 1 t de paille = 0,1 t de plaquettes + 0,7 t de paille.
En litière 100 % plaquette : 1 t de paille = 1,52 t de plaquettes.