Stress thermique : comment aider les animaux d'élevage ?
Les vaches mangent moins par temps chaud. Cela peut entraîner une baisse de la production laitière, mais également une diminution de la qualité de l'ovocyte et une acidification du rumen. L'éleveur a des solutions pour aider ses animaux à s'adapter.
Les vaches mangent moins par temps chaud. Cela peut entraîner une baisse de la production laitière, mais également une diminution de la qualité de l'ovocyte et une acidification du rumen. L'éleveur a des solutions pour aider ses animaux à s'adapter.
DLe sujet du stress thermique, développé par le GDMA 76 lors de son assemblée générale le 28 mai dernier, était complètement d'actualité, la Seine-Maritime étant confrontée peu de temps après à sa première grosse vague de chaleur. C'est le docteur Olivier Crenn, vétérinaire rural à la clinique Sud Mayenne, invité pour l'occasion, qui a sensibilisé les éleveurs à la gestion de l'excès de chaleur chez les ruminants.
Le stress thermique subit par une vache peut aller de la baisse de production à la mort de l'animal. « Le stress thermique a des effets directs et indirects sur les animaux. Nous savons aujourd'hui qu'il y a un réel effet épigénétique du stress thermique. C'est-à-dire que les conséquences peuvent être importantes sur les générations futures en matière de reproduction : il peut y avoir une diminution de la taille des ovaires chez les filles, un décalage de la mise à la reproduction et un décalage d'âge au premier vêlage chez les petites-filles ».
Diminution de la production laitière
Le docteur Crenn précise que dans une situation de stress thermique, on ne parle pas de températures mais plutôt de THI (Température humidité index). Il rappelle aussi que la température de confort d'une vache se situe entre 5 et 7 °C.
« Plus la température est élevée, plus la vache utilise d'énergie pour refroidir sa température corporelle. Entre 0 et 15 °C, l'animal ne met pas en route les mécanismes qui lui font dépenser de l'énergie pour s'adapter à la température de son environnement. Le stress thermique démarre à 20 °C avec une humidité relative à 50 % » ; conditions largement dépassées ces dernières semaines.
Dès 68 de THI, les vaches sont affectées et si le THI est supérieur à 70, il y a perte d'ingestion et de production de lait. La baisse de production a lieu durant la période de chaleur mais aussi pendant toute la lactation. Elle peut aller de 1 kg à plus de 5 kg, dès que le THI dépasse 80 (31 °C). « Il y a également des baisses de TB (taux butyreux) et de TP (taux protéiques) (- 2 à - 3 points) ainsi qu'une augmentation des cellules avec l'attaque du système immunitaire qui devient moins efficace et efficient ».
Il existe des outils de détection du THI qui enregistrent l'action combinée de l'essoufflement (une des manières pour que la vache réduise sa température), la rumination et l'ingestion. L'application Thermo®Tool, une sonde de température, un monitoring (type Sense Hub) créent par exemple des alertes de stress thermique.
Risque de mortalité embryonnaire
« Quand la température ambiante augmente, la vache commence à respirer de plus en plus vite et fort pour éliminer sa chaleur. Donc elle mange moins, rumine moins et commence à baver. Le bicarbonate qu'il y a dans la salive ne part pas dans le rumen. Donc, le pH de ce dernier baisse et la vache produit moins d'acides gras volatils qui synthétisent la matière grasse dans la mamelle », explique Olivier Crenn.
La vache mangeant moins, elle a également des troubles relatifs à l'acidose. La baisse d'ingestion de matière sèche s'accompagne d'une augmentation de la consommation d'eau. « L'éleveur doit bien observer cela. Tous les types de vaches sont concernés mais il est particulièrement important de surveiller les vaches gestantes ».
Une vache qui mange moins produit moins d'hormones. En période de grosses chaleurs, elle se met en mode survie : « La baisse du pH provoque des mortalités embryonnaires. On constate également moins d'expression des chaleurs, une dégradation de la fertilité et des retards de croissance fœtale ».
Diminution de l'immunité
Pour lutter contre la chaleur, les vaches augmentent leur fréquence respiratoire pour éliminer la chaleur le plus rapidement possible. Mais au bout d'un moment, elles s'essoufflent. C'est signe que l'animal fatigue et son organisme se met en acidose métabolique pour compenser.
Le stress thermique diminue l'immunité des animaux : « En 2025, la FCO (fièvre catarrhale ovine) a été très violente en Mayenne car elle a profité de la baisse immunitaire qui apparaît pendant le stress thermique pour s'installer. En période de grosses chaleurs, les moustiques vont très bien ! ».
Augmenter les quantités de potassium
« La transpiration fait partie de ses processus d'adaptation, mais 600 g de sueur par m2 de peau et par heure sont peu efficaces. En cas de baisse du pH du rumen, il est possible d'aider les vaches ».
«Ce qui fait du bien à la vache c'est de l'herbe fraîche très riche en potassium. Quand la vache transpire, elle perd du potassium et en plus elle ne mange pas beaucoup. Donc elle n'ingère pas de potassium non plus. Par conséquent il est conseillé d'augmenter de 1,5 % la quantité de potassium dans l'alimentation en cas de stress thermique. En cas d'acidose métabolique, le sodium est excrété au niveau des reins pour préserver le potassium. C'est l'équilibre des charges. Augmenter le sodium est très facile avec des pierres de sel ».
Distribuer la ration le soir
Le docteur Crenn conseille d'en profiter pour alimenter son troupeau la nuit, quand il fait plus frais. « La vache se sent mieux pour s'alimenter et la ration va moins chauffer ». Aujourd'hui, il existe des petits bolus (de type smaXtech) qui donnent les pH ruminaux. Il a été constaté que les valeurs de pH sont différentes entre des vaches nourries au foin et des vaches nourries avec du concentré au robot.
Les compteurs à eau sont très utiles pour se rendre compte des quantités d'eau consommées durant ces périodes de chaleur. Il est possible de monter jusqu'à 200 litres par vache et par jour quand il fait chaud.
Le gène Slick
Olivier Crenn a fait un petit focus sur le gène Slick, qui, pour lui, peut être la solution génétique à la résistance à la chaleur. « Il est désormais possible d'améliorer la résistance du troupeau à la chaleur grâce à l'amélioration génétique. Le gène Slick est le résultat d'une mutation génétique naturelle. À l'origine il provient de la race Sénépol et le rôle de ce gène dominant est d'aider les vaches à mieux réguler leur température corporelle. Les animaux ont des poils plus courts et plus fins, et ont des glandes sudoripares plus grosses ».
Concernant le confort physiologique de la vache, il est très différent de celui de l'éleveur. « Le problème est qu'en France, les étables ont été construites pour les éleveurs. Et on a tendance à tout fermer. Aujourd'hui, la tendance s'inverse et il faut tout ouvrir sur les côtés, il faut mettre de la hauteur. Quand l'humain a froid, la vache est bien. Et quand l'humain est bien, c'est ingérable pour la vache ».
Plus de translucides !
La première adaptation à mettre en place concerne l'eau. « Dans les bâtiments, il manque trop souvent des points d'eau. Un point d'eau pour 10 vaches est le minimum, avec un débit à 15 litres par minute » (lire aussi article page suivante).
« Aujourd'hui, pour le vétérinaire, le translucide est une aberration dans une étable. Il est important de privilégier un toit isolé, des ouvertures latérales et la ventilation ». En matière de ventilation, la vitesse de refroidissement de l'air est très importante : « elle doit se situer entre 2,2 et 2,7 mètres par seconde. Il faut placer les ventilateurs aux bons endroits, sous le couloir d'alimentation par exemple, et les régler correctement. La ventilation a de vrais effets sur la matière sèche ingérée et sur la production laitière. S'il y a un seul ventilateur à acheter, il faut le mettre aux vaches taries. Le stress thermique compromet le développement mammaire et réduit la durée de gestation ».