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Sécheresse : « Certains ne prennent pas du tout conscience de la gravité de la situation »

Jeudi 30 juillet, lors d'une conférence de presse, la FRSEA lait a demandé expressément des mesures pour aider les producteurs de lait à passer cette année rendue difficile par la sécheresse. Témoignages des difficultés rencontrées dans les exploitations.

Loïc Baillieul et son frère Aurélien ainsi que leurs épouses, Céline et Mathilde, travaillent ensemble sur leur exploitation des Longchamps située à Esson près de Thury-Harcourt-le-Hom dans le Calvados. Ils élèvent 110 vaches laitières et cultivent 300 ha, dont des prairies permanentes et du maïs fourrage pour nourrir le troupeau. Par manque d'eau et donc d'herbe, les vaches laitières sont déjà nourries avec la ration d'hiver depuis le mois de juin. « Nous avons un peu de stock grâce aux bonnes années précédentes. Mais on s'inquiète pour le prochain hiver. Sur le prochain maïs, je pense que nous allons atteindre 4 ou 5 tonnes de matière sèche par hectare alors que, l'an dernier, nous étions à 15 tonnes », déplore Loïc Baillieul. Les exploitants ensilent d'habitude fin septembre-début octobre.

« Nous allons ensiler d'ici 15 jours s'il ne tombe pas d'eau d'ici là pour récolter une plante un peu verte. Mais le maïs aura peu de valeur  », constate l'éleveur. Le Gaec Baillieul estime la perte de sa récolte à 70 %.

Soulager les trésoreries

Cette crise climatique intervient au moment où les élevages connaissent une forte dégradation de leur revenu depuis le début de l'année : « le prix du lait a diminué de 50 à 60 euros les 1 000 litres. Les charges, elles, ont augmenté de 20 à 30 euros les 1 000 litres. Cela fait une perte globale de près de 85 euros les 1 000 litres de lait. Pour une exploitation laitière qui produit 700 000 litres de lait par an, c'est entre 50 000 et 60 000 euros de trésorerie en moins  », alarme Ludovic Blin, producteur de lait dans le Sud-Manche et président de la FRSEA lait Normandie. Ce dernier craint une décapitalisation du cheptel laitier. « Une production de lait qui s'arrête n'est pas remplacée. Qui voudrait s'installer en production laitière dans ce contexte ? »

Face à une situation exceptionnelle, les professionnels réclament des aides. « Il faut nous donner les moyens de passer cette année le moins difficilement possible », réclame Benoît Gavelle, secrétaire général adjoint de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait). « Nous demandons un prix du lait rémunérateur tenant compte des coûts de production, une reconnaissance de l'impact climatique de la sécheresse, un soulagement immédiat des trésoreries des exploitations avec une activation rapide du fonds d'allègement des charges (FAC) et la prise en charge des intérêts des emprunts souscrits par les éleveurs. Il faut aussi alléger les cotisations sociales MSA, activer le dégrèvement de la TFNB (taxe foncière sur les propriétés non bâties) et réformer l'assurance prairies », revendiquent d'une même voix les représentants du syndicat.

Une prise de conscience des industriels

Si les professionnels demandent de l'aide aux pouvoirs publics, ils en appellent aussi à une réaction des industriels. « Chacun doit prendre ses responsabilités. Il faut un réel signal fort envoyé sur le prix du lait pour inciter les éleveurs à continuer à produire. L'ensemble de la filière doit jouer le jeu. Nous sommes en discussion avec des transformateurs. Certains ne prennent pas du tout conscience de la gravité de la situation. Les industriels doivent comprendre qu'on a besoin de trésorerie immédiatement pour pouvoir leur fournir du lait dans les mois à venir », conclut Jean-Baptiste Radigue, président de la section lait à la FDSEA de l'Orne.•

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