Sapeurs-pompiers volontaires : la force de l'engagement
À travers les témoignages croisés de Thomas Bertin et Clément Sauvaget, deux jeunes sapeurs pompiers volontaires, découvrez quels ont été les moteurs de leur engagement et comment ils concilient leur travail quotidien et leur métier dans le secteur agricole.
À travers les témoignages croisés de Thomas Bertin et Clément Sauvaget, deux jeunes sapeurs pompiers volontaires, découvrez quels ont été les moteurs de leur engagement et comment ils concilient leur travail quotidien et leur métier dans le secteur agricole.
Thomas BERTIN, pompier volontaire caporal chef
Travailler ensemble, main dans la main
À 29 ans, Thomas Bertin cumule deux univers. Mécanicien agricole de métier dans le canton de Tôtes, il est également engagé depuis plus de dix ans comme sapeur-pompier volontaire au centre de secours de sa commune. Il témoigne de cette complémentarité qui lui semble évidente.
Pouvez-vous nous présenter votre parcours et vos deux activités au quotidien ?
« J’ai 29 ans et je travaille dans le secteur de Tôtes. Après plusieurs années comme salarié agricole, je suis aujourd’hui mécanicien agricole chez SAPC à Autigny. En parallèle, je suis sapeur-pompier volontaire depuis un peu plus de dix ans. J’ai commencé dès ma majorité, après avoir suivi tout le cursus des Jeunes sapeurs-pompiers (JSP) de Buchy, de mes 13 ans à 17 ans. »
Comment conciliez-vous le rythme exigeant d’un métier dans l’agriculture et le volontariat ?
« Au quotidien, la priorité reste mon travail. Au centre de secours de Tôtes, nous fonctionnons avec quatre équipes, ce qui représente une semaine de garde sur quatre. Comme je travaille en journée de 8 h à 17 h 30, je prends ma garde le vendredi soir à 19 h pour tout le week-end complet jusqu’au lundi matin à 5 h. En semaine, je suis d’astreinte la nuit, de 19 h à 5 h du matin. C’est un rythme soutenu qui demande des concessions, notamment pour les proches les week-ends ou pendant les fêtes, mais il y a une vraie solidarité entre nous pour compléter les effectifs. »
Votre connaissance du milieu agricole vous aide-t-elle sur le terrain en tant que pompier ?
« Absolument. Sur notre secteur, la connaissance de la topographie et la localisation des parcelles nous font gagner un temps précieux lors des feux de plaine. De plus, mon métier de mécanicien agricole me donne des réflexes automatiques de prévention sur les fermes : on ne meule pas à côté d’un stock de paille ou de lin, on ne jette pas un mégot près des bâtiments... Ce sont des choses simples mais indispensables, quand on sait que la majorité des incendies l’été partent d’une simple imprudence. Notamment cet été où la plupart des incendies avaient pour départ un simple mégot... »
Lors des feux de récolte en été, quel est le rôle clé des agriculteurs aux côtés des secours ?
« L’entraide est essentielle. Les agriculteurs se connaissent très bien entre eux, ce qui nous aide à localiser précisément le départ de feu. Surtout, ils possèdent des ressources en eau et du matériel bien plus importants pour attaquer les sinistres rapidement. Quand un incendie se déclare en pleine campagne, les premiers camions-citernes feux de forêt (CCF) peuvent venir de communes plus éloignées comme Yvetot, Neufchâtel ou la vallée du Cailly. L’appui immédiat des agriculteurs sur place est donc primordial. »
Selon vous, quelles sont les valeurs partagées par le monde agricole et le corps des pompiers ?
« C’est avant tout la solidarité et l’entraide. Mais aussi la mobilité et le sens du devoir. On l’a vu lors des grands incendies dans le sud de la France ou en Gironde, où certains agents de chez nous sont partis prêter main-forte. »
Si vous deviez résumer le lien entre les pompiers et le monde agricole en Seine-Maritime ?
« C’est un travail main dans la main. En ce qui concerne le milieu naturel, les agriculteurs sont sur leur terrain et apportent leurs moyens ; de notre côté, nous apportons la technique et la maîtrise des secours. Chacun apporte sa pierre à l’édifice, et travailler ensemble est un avantage énorme pour le territoire. »
Que diriez-vous à un jeune du milieu agricole qui hésite à s’engager comme pompier volontaire ?
« Je lui dirais de franchir le cap ! La formation est exigeante et prend du temps, mais c’est une aventure humaine. Il faut savoir trouver le bon équilibre avec sa famille et son métier, mais quand on veut s’investir, c’est enrichissant. »
Propos recueillis par Mélina Taullé
Clément SAUVAGET, pompier volontaire caporal
La confiance en son binôme est essentielle
À 24 ans, Clément Sauvaget mène un rythme soutenu. Agent d’espaces verts et de la voirie la journée, il enfile sa tenue de salarié agricole le soir pour assurer des remplacements en élevage laitier. À cette double activité s’ajoute un engagement de cœur : ce jeune papa est caporal chez les sapeurs-pompiers volontaires de La Mailleraye-sur-Seine.
Qu’est-ce qui vous a donné le déclic pour devenir pompier ?
« C’est parti d’une expérience personnelle avec ma grand-mère. Ça a déclenché quelque chose. Dès l’âge de 13 ans, j’ai poussé la porte de la section des Jeunes sapeurs-pompiers (JSP) de La Mailleraye. Pendant quatre ans, tous les samedis après-midi, j’y ai appris les bases du métier. J’ai enchaîné avec des stages complémentaires et me voilà aujourd’hui caporal dans un centre qui compte 37 volontaires. »
Entre votre travail de jour, vos heures dans une ferme le soir et votre fille de 11 mois, comment faites-vous pour assurer vos gardes ?
« Quand on aime ce qu’on fait, on ne compte pas ses heures. Au centre de secours, nous tournons sur un système de trois équipes. Pour concilier cela avec mon métier principal d’agent de voirie, j’ai la chance d’avoir une convention de disponibilité signée entre mon employeur et le Sdis 76. Si une grosse urgence tombe sur mes heures de travail, je peux partir en intervention. Et le soir, je bascule en remplacement sur les exploitations. »
Vous avez une formation agricole (CAP et BPREA). Que vous apporte cette culture du monde agricole quand vous partez en intervention ?
« Une vraie lecture du terrain. Lors d’un incendie sur un bâtiment agricole, la situation est très complexe. La paille brûle très vite, mais ce qui est redoutable, ce sont les engrais ou les produits chimiques qui présentent des risques d’explosion. Comme les stockages bougent d’un mois sur l’autre dans une ferme, ma connaissance du milieu me permet d’alerter tout de suite mes coéquipiers sur ce qu’on peut trouver à l’intérieur. Je l’ai aussi vécu de l’autre côté : quand j’étais apprenti, j’ai dû sauter dans un engin agricole pour déchaumer en urgence afin de couper la route à un feu de plaine. Quand on connaît la vitesse à laquelle le feu avance sur les chaumes, chaque seconde compte. »
À ce sujet, quel réflexe devrait avoir les agriculteurs ou les témoins qui contactent le 18 ?
« Il faut garder son calme et donner des détails très précis ! Dire exactement où l’on se trouve (avec un point GPS ou un lieu-dit exact) et préciser immédiatement ce qui menace de brûler autour. Savoir s’il y a des cuves, des animaux ou des habitations proches permet au régulateur d’envoyer le bon nombre de camions dès la première minute. C’est fondammental. »
Quels sont les traits d’esprit qui rassemblent agriculteurs et pompiers volontaires ?
« Le courage, la solidarité et surtout la confiance. Sur un sinistre, vous devez avoir une confiance aveugle en votre binôme. C’est pareil dans une exploitation quand on travaille à plusieurs dans des conditions difficiles. Quand les sécheresses frappent, voir les agriculteurs arriver spontanément avec leurs tonnes à eau pour nous prêter main-forte, c’est la preuve d’une solidarité exceptionnelle. »
Propos recueillis par Mélina Taullé