Rencontre avec le nouveau président de JA Normandie
Paul-Henry Langlois vient de succéder à Emmanuel Roch à la présidence de JA Normandie. De la ferme du Château à Chavigny-Bailleul (27), il cultive sa plaine (blé, orge, colza, maïs, pois, lin...) et élève des volailles (poulets, pintades, dindes...). Il y cultive aussi un certain art de vivre et s'y forge ses convictions.
Paul-Henry Langlois vient de succéder à Emmanuel Roch à la présidence de JA Normandie. De la ferme du Château à Chavigny-Bailleul (27), il cultive sa plaine (blé, orge, colza, maïs, pois, lin...) et élève des volailles (poulets, pintades, dindes...). Il y cultive aussi un certain art de vivre et s'y forge ses convictions.
« Chez JA, si on ne dit pas NON, c'est que c'est OUI ». C'est selon cet adage que Paul-Henry Langlois a accepté, il y a environ un mois, sa nouvelle mission. « Une suite logique après Emmanuel Roch ». "PH. L" est entré dans la maison Jeunes agriculteurs il y a 6 ans, adoubé par Stéphanie Guicheux alors secrétaire générale. Curieux de nature, il en a tout d'abord apprécié la convivialité. Un de ses premiers chantiers a été la remise sur rails d'Agricult'Eure en Folie « qui a permis de souder toute une équipe ». Pas de plan de carrière ni d'ambitions particulières pour ce titulaire d'un Bac STAV (Chambray-27) et un BTS production végétal (Le Robillard-14) complétés par un CS aviculture (Les Herbiers-85), « je ne travaille pas pour moi. Je travaille pour les autres ». Il n'a pas spécialement cherché les responsabilités mais a accepté celles qu'on a bien voulu lui confier. C'est ainsi qu'il a gravi les échelons et notamment pris en charge le dossier Installation, pierre angulaire du syndicalisme jeune. « Je suis passé de la convivialité à quelque chose de plus syndical ». Pour quels résultats ? Avec lucidité, et en bon Normand, « je ne sais pas si c'est mieux mais on peut considérer que c'est moins pire », plaisante-t-il.
Deux à trois jours par semaine
Dans son nouveau costume, Paul-Henry sait ce qui l'attend. « Deux à trois jours par semaine, ce n'est pas rien, tout en restant joignable à longueur de journée. Il faut savoir organiser son temps ». S'organiser en adéquation avec son entourage immédiat, son père qui fut président cantonal de JA et l'employé de l'exploitation. Lucide encore, il n'attend pas « de reconnaissance, ce n'est pas mon moteur ». Alors à quoi carbure-t-il ? « J'ai la chance d'être quelqu'un de peu stressé et, quand je me lève le matin, je me dis que je fais le plus beau métier du monde. Syndicalement, je suis animé par le débat. On a le droit de ne pas être d'accord entre nous mais c'est à moi qu'incombe à la fin de faire la synthèse. Je suis président de cinq départements bien différents. On le voit bien à travers le dossier installation. Ce n'est pas un handicap, c'est une diversité, voire une richesse ». Un état d'esprit qui matche avec une de ses passions, le rugby. « On essaie d'aller voir quelques rencontres » mais sa pratique du sport s'arrête là ou plutôt « on fait notre sport au quotidien » et même plus. « Ce qui n'est pas fait la semaine, on le fait le week-end ».
Engagez-vous !
Optimiste de nature, Paul-Henry Langlois tient à faire passer un message à tous les jeunes. « Engagez-vous à n'importe quel niveau. N'ayez pas peur de dire oui. Chez nous, on a le droit de dire des bêtises. Assumer des responsabilités, c'est se confronter à des problématiques que l'on ne soupçonnait parfois pas. C'est une ouverture d'esprit et l'occasion de rencontrer des homologues qui vont parfois vous ramener les pieds sur terre ».
Son second message, c'est aux politiques qu'il souhaite le délivrer. « On n'est pas dans le court terme. Ayez une vision à long terme. Il faut nous redonner un cap pour les 10 à 20 ans à venir pour nous permettre d'anticiper. Arrêtez les guerres de posture ». Anticiper comme il l'a fait à son installation. D'abord sur 50 ha puis 100 ha aujourd'hui. « Il fallait trouver de la valeur ajoutée car ici, en termes de foncier, c'est compliqué. Et de la valeur ajoutée qui se marie bien avec les grandes cultures ».
Grandes cultures et volailles
C'est donc sur la volaille qu'il a jeté son dévolu. Une volaille (20 000 poulets, pintades et dindes) sous label de qualité et en proximité (débouchés en Normandie et sur Rungis). Trois lots par an avec trois semaines à un mois de vide sanitaire. Du tout plein ou tout vide et quatre bâtiments qui représentent un deux tiers temps de travail. « C'est beaucoup de surveillance mais je peux organiser ma journée comme je veux. Je n'ai pas d'obligation d'horaire. » Horaire souvent nocturne et quand la Gendarmerie de la route voit de la lumière, elle s'arrête pour s'assurer qu'il n'y a pas d'intrus dans le poulailler. Elle veille au grain aussi. Dans ce coin du sud d'Évreux où les rendements oscillent du simple au double, « de 50 à 100 q. On subit le changement climatique », cette diversification assure une forme de résilience. Résilience économique mais aussi agronomique. « Le fumier des volailles apporte de la matière organique ». Ça, c'est le fruit de la matière grise. PH. L sait s'en servir et même la partager.•