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Rémy Varin : l'orfèvre des voitures d'antan

Ancien agriculteur à Bretteville-du-Grand-Caux, Rémy Varin se consacre désormais à sa passion : redonner vie à des épaves automobiles du début du XXe siècle. Il est ce qu'on appelle un artisan autodidacte qui fait revivre le patrimoine roulant.

Avant de faire briller les chromes et les cuivres, Rémy Varin a consacré sa vie à la terre. Agriculteur de métier, il a longtemps géré son exploitation laitière de Bretteville-du-Grand-Caux. Mais son influence a dépassé les limites de ses champs : figure engagée, il a porté la voix de ses pairs notamment en tant que président cantonal de la FNSEA 76 pendant 12 ans et comme vice-président de la Chambre d'agriculture. Cette vie de responsabilités, menée avec son épouse Flore, s'est prolongée jusqu'à la transmission de la ferme à ses trois fils.

Pour lui, la retraite a été l'occasion de concrétiser un vieux rêve : « J'avais déniché deux châssis avant d'être à la retraite, je les avais mis dans un bâtiment en attendant d'avoir le temps. C'était mon projet depuis petit. » Aujourd'hui, leurs trois fils ont repris la ferme, et lui a repris les outils.

L'art de partir de "rien"

Dans son garage, le spectacle est saisissant. On y voit des squelettes de métal que peu de gens sauraient identifier. « Quand je pars, je pars de ça », dit-il en désignant un châssis nu. « Là, c'est tout ce que j'ai de la voiture. Tout le reste, il faut le faire. » Sa méthode est celle d'un historien autant que d'un mécanicien. Il ne répare pas, il reconstruit à l'identique : « Je vais dans les musées, je prends des photos, je regarde la conception, je cherche les cotes exactes. Pour une banquette, je vais compter le nombre de boutons pour refaire exactement la même. »

Sa première restauration, une Citroën B2 de 1923, a été sauvée d'un tas de déchets où ses enfants allaient chercher des pièces de vélos.

Aujourd'hui, Rémy Varin se spécialise dans les véhicules d'avant-guerre (1914), une période durant laquelle chaque constructeur cherchait encore sa propre voie technique. Sa collection comprend des pièces rares : une Donnet de 1930, une Baby Cid de 1911 ou encore une Renault de 1913, sans oublier la Citroën de 1923.

Étape par étape

Du frêne pour la structure en bois au laiton qu'il usine lui-même, rien n'est laissé au hasard. « Je réalise tout : la carrosserie avec des patrons en carton avant de clouer la tôle sur le bois, la mécanique et même la sellerie. » Côté mécanique, si une pièce manque, il l'usine lui-même à partir d'un bloc de laiton ou de métal. Pour la sellerie, il coud les capotes et les sièges avec la machine à coudre de son épouse ou récupère de vieux ressorts de matelas pour un confort d'époque.

Pour Rémy Varin, pas question de tricher avec la modernité, « il y en a qui restaurent des voitures comme ça et qui adaptent un démarreur... selon moi, il faut garder l'origine. » À ses yeux, le charme réside dans le rituel du réveil : « On ouvre l'essence en actionnant la manivelle du moteur, c'est le seul démarreur. Même quand il gèle et que l'huile est épaisse, on donne quelques tours et ça part. Quand on remet en route, on sent que c'est vivant ! »

Le sens du collectif et du partage

La mécanique n'est pas une activité solitaire. À travers ses restaurations, il a reconstruit un tissu social, une « bande de copains » réparti dans toute la France. Il raconte avec enthousiasme comment ce réseau s'est créé : « on finit par avoir un réseau, on partage la même passion, alors on discute facilement. » Grâce à cet échange, notamment avec un ami possédant aussi une Renault, il a pu résoudre certains défis techniques.

Un patrimoine vivant

Chaque restauration représente environ deux ans de travail. Une fois terminées, les voitures sont soumises à la Fédération française des véhicules d'époque (FFVE) pour obtenir une attestation de conformité, étape indispensable pour obtenir une carte grise et circuler sur les routes.

Ces milliers d'heures de travail n'ont qu'un but : le plaisir et le partage. « Je ne fais pas ça pour les vendre. On peut me proposer n'importe quel prix, ce n'est pas de la marchandise pour moi ». « Ma plus belle récompense, c'est d'avoir pu conduire ma fille à son mariage avec ma Renault. »

Aujourd'hui, son savoir-faire dépasse les frontières du département et attire l'œil des cinéastes : « j'ai été sollicité pour un film qui se passe en 1915 ». « J'ai dit oui, confie Rémy Varin, mais à une condition : je conduis ! », sourit-il. Une belle reconnaissance pour cet ancien agriculteur qui, s'il a quitté les champs, n'a jamais cessé de s'investir avec la même ardeur.•

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