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Réflexions sur « la ruralité d’après ».

Il serait dommage de ne pas profiter de cette crise du covid-19 pour repenser de nouveaux modèles de développement des territoires.

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« Avec la crise du covid-19, le cri du monde rural a sûrement été mieux entendu », selon Bernard Farinelli, spécialiste du développement local.
© E. BIGNON

Le 14 mai, l’association nationale Nouvelles ruralités et la fédération nationale familles rurales ont organisé une visioconférence sur l’avenir des territoires ruraux après la crise du covid-19.Experts, universitaires et élus ont été sollicités pour exprimer leur avis sur les opportunités que doivent saisir les zones rurales dans le « monde d’après ». Ces dernières ont montré plus de résilience durant ces semaines de confinement.

 

Si le virus disparaît rapidement, rien ne changera vraiment

« Il y a eu beaucoup de discours sur « le monde d’après », avec des choses que l’on voudrait voir arriver. Il est urgent de reposer la question du territoire.  Avec la crise du covid-19, on a vu un développement du télétravail mais si le virus disparaît rapidement, rien ne changera vraiment », fait remarquer l’économiste Olivier Boubolga. « Si nous devons vivre avec le virus plus longtemps, il faudra changer nos pratiques quotidiennes en profondeur et là il y aura des impacts considérables sur les territoires. L’automatisation et la robotisation vont également s’accélérer si cela dure, et la question de la relocalisation de la production s’imposera ».

 

Rôle d’un territoire : répondre aux besoins des habitants

Pour l’économiste qui travaille sur les dynamiques territoriales, il est nécessaire de sortir de l’idée de compétitivité des territoires : « l’objectif d’un territoire devrait être de couvrir les besoins de base des habitants, en matière de santé, d’éducation, de mobilité… ».Bernard Farinelli est un ardent défenseur des campagnes vivantes : « l’évolution de la société, les circuits courts, le télétravail étaient des sujets déjà dans l’air.  Avec la crise du covid-19, le cri du monde rural a sûrement été mieux entendu. Les zones rurales ont été vidées et les grandes métropoles sont devenues folles. Aujourd’hui on parle de distanciation alors que tout a été fait pour favoriser la massification dénoncée aujourd’hui ». L’auteur de « L’avenir est à la campagne », spécialiste du développement local, rappelle qu’un tiers de l’espace rural français a été déserté. « Mais aujourd’hui, l’immobilier y est moins cher et si on accepte le télétravail ou une forme modulaire du travail, cela devient intéressant pour l’avenir des zones rurales.  J’ai l’impression que le confinement a touché les esprits. Toute une partie de la population a redécouvert une certaine forme de paix. Il y a un terreau de gens voulant vivre autrement et cela est profitable aux zones rurales ».Patrick Joly, sénateur de la Nièvre, pose aussi la question : la crise du covid-19 sera-t-elle déterminante pour les zones rurales ? « Je crains quand même que tout redevienne comme avant. Mais nous venons de constater les limites de la massification et de la concentration. Il serait dommage de ne pas saisir cette opportunité pour repenser l’aménagement des territoires. Nous avons constaté durant ces deux mois de confinement que ce qui restait de nos services publics était le squelette de l’ensemble de la société. Cela questionne sur la présence de l’Etat sur les territoires et sur la coordination de celui-ci avec les initiatives locales », s’interroge l’élu.

 

Accepter la production agricole

« La crise a également soulevé la question de la souveraineté. 50 % de notre alimentation vient de l’étranger. Bien sûr aujourd’hui, on entend beaucoup parler de la nécessité d’un recentrage des ressources locales mais cela soulève l’acceptation de la production agricole dans les territoires ruraux. Une famille qui vient s’installer à la campagne doit accepter la présence d’unités de productions si elle veut consommer local », fait remarquer le président de familles rurales Dominique Marnier.

 

La désirabilité du monde rural à développer

L’occasion est belle pour l’avenir des zones rurales. Tout le monde semble d’accord sur ce point. Mais pour attirer de nouveaux habitants et de nouvelles entreprises, pour faire revivre les territoires ruraux, il faut accélérer l’utilisation et l’acceptation des nouvelles technologies, mais également améliorer les services de proximité, rapatrier des industries stratégiques dans les zones rurales, renforcer les réseaux locaux et les structures coopératives. « Les habitants des zones rurales sont en retard en compétences numériques et en ce qui concerne un accès à internet de qualité. Dans le monde d’après, le développement de l’innovation sera déterminant pour l’avenir des zones rurales dans 5 à 10 ans », ajoute Andries Sanabria, économiste au développement rural à l’OCDE.

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