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« Refaire du lin un pionnier du textile en circuit court »

Mijuin, en référence à la période où les champs de lin sont en fleurs, est un atelier de confection et d'innovation dédié au lin en circuit court en Seine-Maritime.

L'atelier de confection Mijuin est né de la volonté de Pauline Beuzelin de participer à la relocalisation de la filière lin. La jeune femme, issue d'une famille de liniculteurs normands, a installé son atelier en février 2023, sur la friche industrielle de Malaunay, auprès d'autres artisans partisans de la production locale. Accompagnée de sept collaborateurs, elle s'est lancée dans la confection de vêtements en lin cultivé en Normandie, filé à la French Filature dans l'Eure et tissé chez Lemaitre-Demeestere dans le Nord.

Un projet de transition économique et social

Pauline a suivi des études en économie et en systèmes informatiques mais elle savait qu'elle monterait un jour un projet de transition économique et social. « Je travaillais dans l'informatique sur Paris. Durant l'été 2020, j'entends beaucoup parler de relocalisation de la filière lin. J'ai donc décidé de partir faire le tour de la Normandie à vélo avec une amie pour rencontrer les acteurs de la filière ». Le projet de confection consacré au lin en circuit court est apparu comme une évidence.

Pendant qu'elle accompagne durant 6 mois des gens en création d'entreprise chez Microsoft, elle rejoint l'incubateur normand Katapult, en partenariat avec l'Adress Normandie, qui lui permet de découvrir le monde de l'économie solidaire et sociale.

Une campagne participative sur Miimosa est lancée à l'automne 2021 pour permettre le lancement du premier vêtement pour femme et homme : une veste en lin inspirée des anciens vêtements de travail.

Entraide, exigence et frugalité

« J'ai repéré les compétences dont j'avais besoin et les premiers recrutements ont eu lieu en septembre 2022 : Chloé Vasseur a rejoint Mijuin pour gérer la partie direction du bureau d'études et la relation client ; Marion Desfosses a été recrutée pour ses compétences en confection et gestion d'atelier et Valérie Mottet nous a également rejoints. Elle a été couturière dans un atelier de confection dans la vallée du Cailly. Il y a eu beaucoup d'industries textiles le long de cette rivière. La friche où nous sommes installés a d'ailleurs été l'emplacement d'une filature. Delali est couturière de métier et Helena a intégré Mijuin en tant que cheffe de projet. Laurine et Jules, modélistes en alternance, ont également rejoint l'équipe ».

Mijuin a été agréé entreprise d'insertion par l'État. « Nous voulons être un modèle d'entraide plus que de productivité accrue », tient à préciser Pauline qui aimerait avoir la possibilité de travailler avec des réfugiées car beaucoup d'Ukrainiennes, Afghanes ou Syriennes ont de grandes compétences dans la confection.

Les valeurs de cette entreprise sont l'entraide, l'exigence et la frugalité. Il y a également une devise : "de la contrainte naît la créativité", c'est-à-dire toujours transformer les contraintes en opportunité : « Quand Emanuel Lang, tisseur installé en Alsace, nous a proposés, un tissu très dense et épais, un canvas en 100 % lin de 370 g/m2, nous avons été inspirés pour confectionner une veste de travail, solide, élégante et inusable ».

Une seconde campagne Miimosa a été lancée pour la création de la chemise, réalisée dans un fil plus fin que la veste. « Cette fois, toujours robuste, la chemise a été confectionnée à partir d'un tissu plus léger de 150 g/m2. Contrairement à notre filature partenaire alsacienne, la French Filature est dite "au mouillé". Le lin est étiré de manière à obtenir un fil très fin ».

Une visibilité grandissante

La Région Normandie a soutenu le projet de Pauline, car il encourage la création de valeur sur le territoire. Elle a été aidée financièrement dans le cadre du dispositif Emergence ESS. Mijuin était présent au Salon international de l'agriculture en février dernier, invitée par le Département de la Seine- Maritime. L'entreprise a aussi gagné en visibilité en remportant plusieurs concours : le concours organisé par Bpifrance sur les enjeux de réindustrialisation et le concours France Active qui soutient les entreprises qui apportent des réponses aux besoins sociaux, accompagne la transition énergétique ou environnementale, réduit les inégalités en créant de l'activité et des emplois. Le Réseau Entreprendre Normandie Seine et Eure lui a également remis un prêt d'honneur.

« Nous fabriquons aussi pour d'autres marques françaises, comme "A Demain". Nous aimerions développer cette activité avec des marques à positionnement de luxe accessible ».

Des projets avec le chanvre normand

En affichant une bonne rentabilité dès le premier exercice fiscal, Pauline est heureuse de montrer qu'il est possible de transformer du lin localement. Pour l'avenir, la prochaine grande étape sera le développement d'une gamme de vêtements en chanvre. Le fil de chanvre sortira de la French Filature. Mais la prochaine grande échéance sera l'agrandissement de l'atelier : « Nous avons besoin de plus d'espace pour travailler dans de bonnes conditions. Aujourd'hui nous sommes dans 60 m2 mais nous espérons rester sur le site et emménager dans un espace de 280 m2 qui nous permettrait d'installer un atelier de découpe et un espace de vente. J'aimerais également proposer du tourisme de savoir-faire ».•

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