Récoltes céréalières 2026 : les plus précoces en Normandie depuis 20 ans
Les situations météorologiques extrêmes de janvier à juin expliquent des rendements en baisse, mais pas catastrophiques, pour les céréales normandes. Arvalis revient sur la campagne et propose des explications.
Les situations météorologiques extrêmes de janvier à juin expliquent des rendements en baisse, mais pas catastrophiques, pour les céréales normandes. Arvalis revient sur la campagne et propose des explications.
Dans la majorité des cas, les rendements normands en céréales sont inférieurs de 10 % par rapport à la moyenne 5 ans. La qualité est très bonne, les protéines sont satisfaisantes (11,5 à 12 %), les PS sont très élevés (82 à 84). Dans un webinaire, Arvalis explique de quelle façon toutes les composantes du rendement ont été impactées par les conditions météorologiques de l'année. L'institut technique travaille pour cela autour de ces observatoires physiologiques normands (un dans le Calvados et un dans l'Eure).
Tout à bien commencé. Les semis ont été réalisés dans des conditions favorables entre début septembre et début novembre, et pour les désherbages d'automne. Entre septembre 2025 et février 2026, les températures ont toujours dépassé la médiane, avec une sortie d'hiver particulièrement douce. Les mois de novembre et décembre ont été plutôt déficitaires en eau. Le retour de fortes pluies en février a pu entraîner des phénomènes d'hydromorphie et des carences en azote. Les bons couverts observés à la sortie hiver ont été suivis d'une régression de talles importante à cause de ces forts abats d'eau.
Chaleur précoce : fait marquant de cette année
Un des faits marquants de l'année est l'exceptionnelle précocité en termes de stade, due aux forts excès de température. « Sur l'observatoire de Caen, pour un semis du 17 octobre en Chevignon, le stade épi 1 cm avait 12 jours d'avance par rapport à la médiane, Cette avance de stade s'est maintenue tout au long du cycle, s'est même accélérée au moment du remplissage et se termine à maturité avec 18 jours d'avance par rapport à la médiane, ce qui est énorme », explique Maëlle Le Bras, ingénieure régionale Normandie chez Arvalis.
Revenons sur les composantes de rendement et notamment le tallage en sortie d'hiver : la densité de plantes levées était très correcte mais, à partir de l'entrée en montaison, le nombre de talles était très faible (- 30 % de talles par rapport à la moyenne). Trois paramètres peuvent l'expliquer : les excès d'eau de l'hiver combinés à des périodes de gel, des apports d'azote tardifs dans certains secteurs faute de pouvoir rentrer dans les parcelles, et une phase de tallage plus courte et une montaison plus précoce.
Toutes les composantes du rendement affectées
Un nombre très faible de talles début montaison et une régression de talles courant montaison ont donc entraîné une densité d'épis par m2 particulièrement faible par rapport à l'historique (- 19 % dans l'Eure et - 34 % dans le Calvados). Cette régression est due à une mauvaise valorisation de l'azote du fait des conditions très sèches au moment des apports et à un stress hydrique précoce dans certaines situations. Durant la période de montaison, les rayonnements ont toutefois été très satisfaisants et les températures douces, ce qui a pu un peu contrebalancer les conséquences de la très faible pluviométrie. Les pluies de début mai ont par contre permis de valoriser les apports d'azote les plus tardifs.
Stade grain laiteux plus sensible aux excès de chaleur
Pour le PMG (poids de mille grains), les dynamiques de remplissage ont été relativement favorables malgré les fortes chaleurs. Cependant, ce n'est pas le cas sur toutes les parcelles où le PMG n'a pas suffi à obtenir un résultat satisfaisant. L'absence de maladies foliaires a été plutôt favorable au PMG. Au final, le faible rendement est surtout dû à la faible densité d'épis et une fertilité d'épis qui a peu compensé.
« Plus on a des excès thermiques tôt au moment du remplissage (grain laiteux), plus on a une pénalisation du PMG. Si ces excès sont plutôt autour du grain pâteux, voire plus, la sensibilité est plutôt moins importante. Ce qui permet d'expliquer que les rendements sont meilleurs en blé qu'en orge. Pour le blé, les deux canicules sont tombées avant et après la phase la plus sensible, ce qui n'a pas été le cas de l'orge où au moment de la canicule de mai, on était dans la phase extrêmement sensible, autour de grain laiteux », explique à nouveau Maëlle Le Bras qui ajoute qu'entre 25 et 30 °C, il y a peu d'impact sur le rendement. « Par contre au-delà de 35 °C, les impacts sont négatifs sur le remplissage ».
Ses excès thermiques sont évidemment à moduler en fonction de l'alimentation hydrique du sol. Le retour des pluies en mai, bien qu'insuffisantes a quand même permis une meilleure alimentation hydrique associée à un rayonnement favorable.
Compétition avec les adventices pour l'eau
« Il ne semble y avoir de corrélation statistique globale entre la précocité à épiaison des variétés et le rendement final. Le mieux reste de choisir des variétés de précocité différente chaque année. Au niveau de la date de semis, là aussi il ne semble pas y avoir de corrélation évidente avec le rendement cette année. Notre préconisation de date de semis ne change pas, avec une plage optimale du 15 au 30 octobre. Sur la densité de semis, la relation n'est pas là non plus, de manière générale. Par contre le salissement des parcelles est un facteur de corrélation avec le rendement et cette année il y avait encore beaucoup de parcelles sales, notamment en ray gras. La corrélation entre présence de ray grass et rendement est bien réelle et forte », précise Quentin Girard, ingénieur régional Normandie chez Arvalis
Cette année, avec le printemps sec, la compétition pour la ressource en eau était encore plus importante et donc la nuisibilité l'était beaucoup plus. En situation de forte infestation, le ray grass peut affecter toutes les composantes du rendement, le nombre d'épis, le nombre de grains par épi et le PMG. Il a également été observé davantage de folle avoine dans certaines zones en 2026. « La rotation joue un rôle important dans la lutte contre cette adventice qui lève entre février et mai. Il existe des solutions herbicides efficaces quand l'intervention est faite le plus tôt possible », ajoute Quentin Girard.
Les céréales ont bien supporté ce coup de chaud
Un nombre d'épis au m2 est en baisse pour le blé et pour l'orge à cause des excès d'eau de février puis à un stress hydrique qui a limité le tallage et régression de tiges. Couplé à une fertilité qui n'a pas compensé ? probablement à cause du stress hydrique, malgré un ensoleillement très correct. Et enfin un nombre de grains au m2 qui est variable selon la fertilité épi mais en tendance plutôt mauvaise. Le remplissage s'est dégradé à cause des fortes chaleurs mais n'a pas été aussi catastrophique au vu des conditions de stress thermique exceptionnelles. « Cette constatation est plutôt rassurante avec les années qui arrivent et le risque de revivre ces coups de chaud. Globalement, les céréales ont plutôt bien supporté ce coup de chaud », conclut Quentin Girard.•