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Quand installation rime avec évolutions et transitions

En août dernier les Jeunes agriculteurs Normandie partaient à la rencontre de jeunes installés en Seine-Maritime. L'un d'entre eux n'est autre qu'Emmanuel Roch. S'il est président de la structure, il est avant tout agriculteur. Il évoque ainsi son installation et les projets qu'il a menés sur son exploitation située dans le pays de Bray. 

Pas de quoi s'ennuyer lorsque l'on visite la ferme des Roch ! Si de prime abord l'exploitation de Sainte-Beuve-en-Rivière est typée laitière, elle recèle de nombreuses facettes. À la production de lait, viennent s'ajouter celles d'énergie photovoltaïque, de farine, d'huile, de lentilles ou encore de pommes de terre, le tout en agriculture biologique. À cela s'y greffent aussi l'agroforesterie et le séchage en grange qui apportent leur lot de spécificité à cette ferme qui poursuit son évolution.

Au commencement...

L'EARL Roch est avant tout une histoire familiale. Le grand-père d'Emmanuel s'y installe définitivement dans les années soixante-dix puis ses parents prennent la suite. Alors encore en BTS, Emmanuel les rejoint en mars 2011. En effet, il saisit l'opportunité de reprendre une exploitation attenante pour consolider la ferme familiale tout en ayant un parcellaire groupé. Seul hic, l'accessibilité des pâtures, la ferme est coincée entre une rivière et une route passante derrière laquelle se trouve le principal îlot. Qu'à cela ne tienne, le troupeau de 65 vaches laitières profite des 4 ha accessibles complétés d'un affouragement en vert en période estivale et de foin séché en hiver.

Un nouveau chapitre en 2019

En parlant valorisation de l'herbe, parlons du séchoir. Un projet qui est né sur les bases d'une autre idée avortée. Le projet originel d'Emmanuel c'était la méthanisation, qu'il voulait mener avec une autre exploitation tout en utilisant la chaleur produite pour le séchage. La méthanisation finalement abandonnée, l'envie de sécher continue de germer mais pas sans valorisation, impérative pour amortir le coût. C'est sur cette base que la conversion en agriculture biologique de l'exploitation débute en 2019. Mis en route la même année, le séchoir composé de trois cases de séchage en vrac et d'une plateforme de séchage à plat, produit également de l'énergie via sa toiture de panneaux photovoltaïques.

Une intrigue renouvelée

Toujours dans l'optique de mieux valoriser leur production et profitant du tournant de la conversion en agriculture biologique, les Roch s'intéressent à la transformation et aux circuits courts. Ils développent ainsi un atelier de transformation de farine et huiles, s'équipant du matériel nécessaire. C'est donc derrière le séchoir que nous pouvons découvrir le grenier, le moulin, le pressoir, l'ensacheuse... La gamme des Moulins de l'Eaulne (en référence aux nombreux moulins présents sur la rivière jouxtant la ferme) se compose de farine de blé, de lentilles vertes, d'huile de tournesol, de colza et de chanvre vendus auprès de la grande distribution locale. "Ma tante a également un réseau très développé dans l'Eure, elle écoule une bonne partie de la marchandise".

Dernièrement, les exploitants se sont lancés dans la production de pommes de terre. D'abord réalisée en jardinage personnel puis développée, l'activité permet aujourd'hui de fournir 200 à 300 kg/semaine de pommes de terre à un restaurant local, en plus d'une clientèle propre. Malheureusement la transformation et la vente directe sont très chronophages et demandent de multiples compétences. Difficile de poursuivre le développement dans ces conditions. "Je manque de temps et je n'ai pas la fibre commerciale", concède Emmanuel. "Et depuis, d'autres producteurs se sont également lancés. Il faut le prendre en compte."

Mais ce n'est pas pour autant que les projets s'arrêtent sur l'exploitation. L'agroforesterie y a également fait son apparition. Le rôle de l'arbre est repensé pour renaturaliser, améliorer la qualité des sols et faire face au changement climatique avec un futur ombrage des pâtures. Des linéaires d'arbres ont ainsi été plantés tous les 36 mètres. Il n'y a plus qu'à attendre que ça pousse. Enfin presque ! La taille des arbres est primordiale pour qu'ils gagnent en hauteur, mais là aussi , il y a encore un peu de temps à y consacrer.

Et ce n'est pas tout puisque les arbres de l'exploitation sont eux aussi valorisés. Équipée de chaudières à plaquettes, la famille Roch utilise le bois produit sur la ferme. Des collectivités pourront également en profiter par l'intermédiaire d'Eden.

Une transmission anticipée

Le départ en retraite des parents approchant, l'exploitation est ainsi inscrite au Répertoire départ installation (RDI) des Chambres d'agriculture afin de trouver un nouvel associé. Un des scénarii à exploiter.

La suite reste donc à écrire mais les différentes évolutions menées ne laissent pas de doute sur le fait qu'elle sera très intéressante.•

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