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Pourquoi crée-t-on de nouvelles variétés de pommes de terre ?

La création variétale a été au cœur des échanges d'une journée de l'innovation en pommes de terre organisée par Arvalis le 28 janvier dernier à Amiens.

Sur les dix dernières années, depuis 2017, 63 nouvelles variétés ont ainsi été inscrites  au catalogue.
Sur les dix dernières années, depuis 2017, 63 nouvelles variétés ont ainsi été inscrites au catalogue.
© Pexels

« Si nous n'avions pas eu le progrès génétique, nous n'en serions pas là... S'il n'y avait encore sur le marché que la Bintje, certaines régions de France, comme la Champagne, auraient arrêté la production de pommes de terre. Nous aurions aussi des frites plus courtes et ce n'est pas ce que veut le consommateur. » Ces mots sont ceux du représentant de l'un des leaders mondiaux de la transformation de la pomme de terre. Et c'est à ce titre que Loïc Piat, responsable R&D pomme de terre Europe chez McCain Alimentaire, participait à une table ronde sur la sélection variétale en pommes de terre, avec d'autres acteurs de la filière, qu'ils soient producteurs, metteurs en marché ou chercheurs.

Une base génétique large

Complexe, parfois méconnue, la création variétale en pommes de terre est « dynamique », selon Clément Mabire, responsable scientifique Sipre de la station du Comité Nord Plants pommes de terre à Bretteville-du-Grand-Caux. Et cocorico, cette recherche « est essentiellement européenne ». Le fait que quelque 1 128 variétés soient aujourd'hui inscrites au catalogue européen des variétés ? « C'est beaucoup, mais en réalité très peu de ces variétés sont produites », explique Clément Mabire. Si l'on continue de les choyer et de leur porter un intérêt, « c'est pour disposer d'une base génétique large, qui permet ensuite des croisements intéressants. » Quant à l'intérêt de créer de nouvelles variétés, pour le scientifique, la réponse est évidente, donc imagée : « Dans le secteur de l'automobile, on ne roule plus en 4L... En pommes de terre, c'est la même chose, les contraintes et les besoins sont en constante évolution ».

Des critères évolutifs

L'inscription d'une variété au catalogue officiel « garantit l'identité d'une variété », rappelait pour sa part Aurélie Mailliard du groupe d'étude et de contrôle des variétés et de semences (Geves). Pour être inscrite, « une nouvelle variété doit apporter un progrès par rapport à ce qui existe et doit satisfaire aux besoins de la filière. L'inscription, c'est la porte d'entrée au marché. » Cette année, quatre nouvelles variétés ont été retenues au catalogue français : deux variétés de consommation à chair ferme (Fineline et Vindika) et deux variétés de consommation (Dodge et Maud). Sur les dix dernières années, depuis 2017, 63 nouvelles variétés ont ainsi été inscrites au catalogue : 17 variétés de consommation à chair ferme, 37 variétés de consommation et 9 variétés féculières.

Au fil des décennies, les critères de sélection ont (évidemment) changé. La tolérance aux maladies ? Selon Clément Mabire, « jusqu'à il y a encore quelque temps, c'était un bonus. On s'est concentré pendant dix ans sur le rendement et la qualité du produit fini. Mais aujourd'hui et pour demain, il va falloir que nos variétés soient résistantes aux maladies, aux virus, au mildiou. L'enjeu est de faire en sorte que ces critères soient de série ». En ce qui concerne la tolérance à la sécheresse, Clément Mabire reconnaît que le sujet « n'est pas simple... » « Mais ce n'est pas parce qu'on ne maîtrise pas le sujet qu'on ne fait pas de recherche dessus », assure-t-il.

Face aux interrogations concernant le temps nécessaire à la création d'une variété, la réponse est claire : « On peut gagner un peu de temps avec la prédiction génomique, mais ce qui est incompressible, c'est la réaction du phénotype aux conditions de culture. » Or, si on compresse ce temps d'observation des réactions, « on prend plus de risques et on pourrait avoir plus d'accidents... »•

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