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Multi-performance en polyculture-élevage : l’exemple du Gaec Valleran.

En avril 2017, le Gaec Valleran, situé à Saint-Georges-sur-Fontaine, a intégré un groupe Déphy Écophyto, animé par la chambre d’agriculture de Normandie. En trois ans, les exploitants ont réduit l’usage de produits phytosanitaires sur les cultures et limité le recours aux antibiotiques en élevage bovins. Rencontre avec Jean-François Valleran, un des associés du Gaec.

Quels étaient vos objectifs et vos motivations en intégrant ce groupe ?

Jean-François Valleran : Je viens d’avoir 60 ans et depuis quelques années j’essaie de changer mes techniques pour aller vers une démarche plus écologique. Mon déclic a eu lieu grâce à l’eau : nous sommes sur un bassin de captage qui alimente la ville de Rouen. Dans le passé, il y a eu des prélèvements qui ont montré des dépassements de seuil. On était tous très surpris de voir que nos herbicides terminaient dans l’eau potable. On s’est dit qu’on devait changer, améliorer nos pratiques. Si je n’avais pas été informé des dépassements de seuil de certains herbicides dans l’eau potable, je ne suis pas certain que je me serais engagé dans une réflexion globale de mon système de production.

De même,  les échanges avec la métropole de Rouen-Normandie et le syndicat des bassins versants (SBV) Cailly-Aubette-Robec ont été constructifs. Nous nous sommes sentis investis et écoutés. Pour moi, le groupe est indispensable dans cette démarche. Nous partageons nos expériences et nos observations. On s’inspire les uns les autres. Au final, nous avançons plus vite et avec moins d’échec.


Quelles ont été les évolutions de votre système sur les dernières années ?

J.-F.V. : J’ai repensé le travail du sol. Avant, je pratiquais un labour systématique. À présent, je gère le labour à la parcelle. Je le pratique sur les parcelles dont la pression adventices est importante. Puis, je ne laboure plus la parcelle pendant au moins 4 ans afin de réduire le stock semencier dans l’horizon de surface. J’essaie de gérer le salissement sur la durée, j’adapte ma rotation. Par exemple, sur des parcelles avec une problématique ray-grass ou vulpin, je vais mettre plusieurs cultures de printemps, afin de casser le cycle de ces graminées. Pour moi, les herbicides, s’ils restent indispensables, doivent être envisagés en dernier recours. Au vu de leur prix et de leurs efficacité, il est préférable d’avoir agi en amont.  De même, j’adapte mes périodes de semis. Je sème le colza associé à un trèfle assez tôt afin de me passer d’insecticide à l’automne.

Concernant le blé, depuis l’année dernière, je me passe de régulateur. Pour cela, j’ai baissé un peu les doses de semis et je fais attention à mon premier apport d’azote pour éviter le « sur-tallage » et ne pas « nourrir » les adventices. Depuis trois ans, j’ai réduit l’utilisation de fongicides en utilisant des produits de biocontrôle. Sur mes blés, j’utilise une macération de laminaire associée  à du soufre, et je fais un unique fongicide. De ce côté-là, les conditions climatiques nous ont aussi bien aidés ces deux dernières années. Au final, je reste pragmatique : je ne fais pas la course au rendement mais à la belle marge nette.


Avez-vous également fait évoluer vos pratiques en élevage ?

J.-F.V. : Oui tout à fait, nous avons réduit de 70 % l’usage d’antibiotiques durant les trois dernières années. Nous utilisons l’homéopathie, et nous gardons les médicaments classiques en dernier recours.  Comme pour les cultures, nous agissons en amont afin d’éviter les problèmes. À titre d’exemple maintenant, les veaux disposent de leur enclos et de leur niche individuelle, ce qui a permis de réduire considérablement les diarrhées.


Quelles ont été les principales difficultés que vous avez rencontrées ?

J.-F.V. : Je n’ai pas rencontré de difficulté particulière. D’après moi, il faut être un peu curieux, se renseigner auprès d’autres agriculteurs, des conseillers et échanger dans les groupes. Il faut surtout être prêt à remettre en question nos façons de travailler et bien anticiper les choix, c’est comme cela que je vois mon métier.


Comment voyez-vous les prochaines années pour votre exploitation ?

J.-F.V. : J’étudie la possibilité de m’orienter vers l’agriculture de conservation des sols. Le fait d’avoir réduit le recours au labour m’a permis d’observer des effets intéressants sur la structure de mes sols et sur leur équilibre biologique. Mais, pour ma part, la retraite arrive à grand pas. Je serai ainsi satisfait de laisser la place à mon fils et de transmettre la ferme avec une autre manière de cultiver que ce que l’on nous enseignait quand j’ai commencé et qui semble, aujourd’hui, avoir atteint ses limites.

En chiffres

Forme : Le Gaec se compose de quatre associés dont Jean-François Valleran.

Taille : Le Gaec Valleran exploite 280 ha dont 220 ha en culture (colza, blé, orges, maïs, lin, pois) principalement sur des limons argileux.

Elevage : L’atelier bovin lait comprend 70 normandes, l’atelier allaitant compte 40 limousines.

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